LETTRE LXXXVI
( S7 mart 1703.)
Sar un moyen de remédier à ce défaut , en employant des objectifs composés de verre et d*eau.
Il faut bien distinguer cette nouvelle diffusion ou multiplication de l'image qui vient de la diverse réfrangibilité des rayons y en ce qp'ils sont de différentes couleurs, de la précédente qui provenait de l'ouverture du verre , et de ce que les rayons qui passent près des bords forment une autre image que ceux qui passent par son milieu. Aussi faut-il remédier à ce nouvel inconvénient d'une tout autre façon qu'au premier.
V. A. voudra bien se souvenir que j'ai proposé deux moyens pour remédier à l'inconvénient précédent : l'un consistait dans l'agrandissement de la distance de foyer, pour diminuer la courbure des faces du verre ; ce remède nous avait conduit à des lunettes si extrêmement longues, lorsqu'on souhai* tait un grand grossissement. L'autre remède consistait dans la combinaison de deux verres, l'un convexe et l'autre concave, pour tempérer la réfraction.
DE LABEllRATlON DE HÉFRA.NGIB1LITK. 449
de façon que tous les rayons transmis par les verres se reunissent dans le même point, et que l'espace de difTusion fût réduit à rien.
Mais ni Tun ni Tautre de ces remèdes ne nous apporteaucun secoui^dans ce nouvel inconvénient , causé par la différente réfrangibilité des rayons. Le premier produit même un effet tout contraire, puisque plus on augmente la distance de foyer du verre, plus l'espace par lequel les images colorées sont dispersées devient considérable; la combinaison de deux ou plusieurs verres n'est pas non plus d*aucun secoui's, et on a trouvé, tant par l'expérience que par la théorie, que les images de différentes couleurs demeurent toujours séparées, quelque grand que soit le nombre des verres par lesquels on fait passer les rayons, et que la différence devient d'autant plus grande que la lunette doit grossir davantage.
Cette circonstance a tellement effrayé le grand Newton, qu'il a désespéré de remédier à ce défaut, qu'il croyait absolument inséparable de tous les instruments dioptriques où la vision se fait par des rayons réfractés. Par cette raison , il a pris le parti de renoncer entièrement à la réfraction, et a formé le dessein d'employer des miroirs au lieu des verres objectifs, puisque la réflexion est toujours la même pour tous les rayons : cette idée nous a procuré ensuite ces excellents télescopes à réflexion dont on admire les effets surprenants, et dont je parlerai exprès une autre fois, cjuand j'aurai rapporté tout ce qui regarde les instruments à réfraction.