‹ Lettres de L. Euler à une princesse d'Allemagne sur divers sujets de physique et de philosophieChapitre 217 sur 253 · LETTRE LXXXVII · texte numérisé non relu

LETTRE LXXXVII

(80 mars 1783.)

Snr un autre moyen plus praticable pour remédier à ce défaut.

Lorsque les télescopes à réflexion sont venus en vogue , on a tellement décrié les lunettes à réfraction, qu'on devait croire qu'elles ne mériteraient plus d'antre sort que d'être rejelées entièrement. Aussi depuis ce temps a-t-on négligé tout à fait leur construction, dans la ferme pei*suasion que tous les soins qu'on se donnerait aussi pour les perfectionner seraient inutiles, attendu que le grand Newton avait démontré que les effets fâcheux de la diverse réfrangibilité des rayons étaient absolument inséparables de la construction des lunettes.

Selon ce sentiment, toutes les lunettes ne nous sauraient représenter les objets qu'avec une confu-

DE l'aB£RAàTIO]H t)E RÉFRANGIBILITÉ. 4â3

sioii insupportable, et cela d'autant plus que le grossissement serait plus grand. Cependant , quoiqu'on trouve des lunettes extrêmement défectueuses à cet égard, on en trouve aussi quelquefois de très43onneSy qui ne cèdent en rien aux télescopes à réflexion tant vantés. Cest sans doute un très-grand paradoxe; car, si ce défaut qu'on reprecbe aux lunettes était bien fondé, on n'en devrait trouver aucune qui en fût exempte ; par conséquent cette exception , dont Pexpérience nous assure, mérite toute notre atten» tioii.

11 s'agit donc d'approfondir la véritable raison pourquoi quelques lunettes représentent assez nettement les objets , pendant que d'autres ne sont que li-op assujetties au défaut causé par la différente réfrangibilité des rayons. Je croîs en avoir découvert la raison , et je vais la proposer à V. A. par les réflexions suivantes :

I. II est très-certain que le verre objectif représente une infinité d'images de cbaque objet, qui toutes se trouvent rangées sur l'espace de diffusion , et dont chacune est teinte de sa propre couleur, comme je l'ai prouvé dans ma lettre précédente.

II. Chacune de ces images devient un objet paf rapport au verre oculaire qui en représente chacune sépai'ément avec la couleur qui lui est propre , de sorte que l'œil découvre par la lunette mie infinité d'images disposées dans un certain ordre, selon la réfraction des verres.

ni. Et si, au lieu d'un verre oculaire, on en emploie plusieurs, i! arrivera toujours la même chose.

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