II* PARTIE. — LETTRE LV
doncy la millième partie d'un pouce serait rien ; ce qui est aussi absurde que de soutenir que la moitié d'une quantité ne soit rien. Or, s'il est absurde que la moitié d'une quantité ne soit rien , il est aussi absurde que la moitié d'une moitié , ou le quart de la quantité même, ne soit rien ; et ce qu'on m'accorde à l'égard du quart, on doit aussi me l'accorder à l'égard de la millième partie, et aussi à l'égard de la millionième partie. Enfin, quelque loin qu'on ait déjà poussé en imagination la division d'un pouce, il est toujours possible de la pousser encore plus loin ; et on ne parviendra jamais si loin, que les dernières parties soient absolument indivisibles. Ces parties deviendront sans doute de plus en plus petites, et leur grandeur approchera de plus en plus de zéro, mais elles n*^ atteindront jamais.
De là on a bien raison de dire, dans la géométrie, que toute grandeur est divisible à l'infini , et que dans une telle division on ne saurait jamais arriver si loin, qu'une division ultérieure soit impossible en elle-même. Or ici il faut toujours bien distinguer ce qui est possible en soi-même, de ce que nous sommes en état de faire actuellement. Notre pratique a bien des bornes. Après avoir divisé, par exemple, un pouce en mille parties, ces parties sont si petites, qu'elles échappent à notre vue, et une division ultérieure nous serait certainement impossible.
Mais on n'a qu'à regarder cette millième partie d'un pouce par un microscope qui grossit, par exemple, mille fois, et chaque particule nous paraîtra aussi grande qu'un pouce à la vue simple : d'où l'on