‹ Lettres de L. Euler à une princesse d'Allemagne sur divers sujets de physique et de philosophieChapitre 229 sur 253 · II. 3i · texte numérisé non relu

II. 3i

482 III' PARTIE. LETTRS XCIT.

nous voyons la lune plus grande à FhorizoD; ce qui ferait sans doute impossible , attendu qu'elle nous paraît effectivement plus petite , comme on peut le prourer par la mesure de l'angle Tisuel. Bbis foule la difficulté se réduit maintenant à cette question : Pourquoi jugeons-nous ou estimons-nous alors la hme plus grande ? ou bien il but rendre raison de cette estime bizarre. La chose n'est pins surprenante en elle-même , puisque nous connaissons nrille c» où nous jugeons des objets fort grands , malgré que nous les voyons sous de très petkâ angles.

V. Or, il n'est plus difficile de répondre à cette question. Nous n'avons qu'à dire que lorsque la lune se lève ou se couche, nous la jugeons plus éloignée de nous que lorsqu'elle est montée à une certaine hauteur. Dès qu'on convient de cette estime, qu'elle qu'en puisse être la cause, il s'ensdit nécessairement que nous devons aussi juger la lune d'autant plus grande : car toujours plus nous estimons éloigné un objet, plus nous l'estimons grand, et cela précisément dans le même rapport. Dès que je m'imagine, par quelque illusion que ce soit, que la mouche qui passe devant mes yeux se trouve à la distance de loo pas, je suis obligé , presque malgré moi, de la juger autant de fois plus grande que loo pas surpassent la véritable distance de la mouche à mes yeux.

VI. Nous voilà donc réduits à une nouvelle question : Pourquoi estimons-nous la lune plus éloignée de nous lorsqu'elle se trouve dans l'horizon ? et pourquoi cette illusion est-elle si générale, que personne

DE Là GHANDEUR DES ASTRES A l'hORIZOIC. 483

n'on est exempt? car c'est une illusion bien étrange àê ^imaginer que la lune soit alors beaucoup plus éloignée de nous. Il est ïnen vrai qu'alors la lune est en effet un peu plus éloignée , comme je l'ai fait ¥oir dans nm lettre précédante ; mais la différence est si petite qu'elle ne saurait être sensible. Outre cela, le soleil, quoiqu'il soit loo fois plus éloigné que la lune, ne nous parait pas plus éloigné, et notre me rapporte même les étoiles fixes presque à la même distance.

Yll. Ainsi , quoique la lune étant à l'horizon soit effectivement un peu plus éloignée , cette circonstance n'entre pour rien dans la question présente ; et cette estime universelle par laquelle tout le monde juge alors la lune plus éloignée qu'elle ne l'est réellement doit être fondée sur des raisons tout à fait dîfSnrentes , capables d'éblouir tout le monde. Car, puisque cette estime est indubitablement fausse , il fiuit que les raisons qui nous y déterminent soient bien frappantes.

VIII. Pour expliquer ce phénomène, pourquoi noua estimons la lune plus éloignée en la voyant dans l'horizon , plusieurs philosophes ont soutenu que la raison en était , parce que nous découvrons alors beaucoup d'objets entre nous et la lune, comme

des villes, des villages, des forêts et des montagnes, ce qui est cause, selon eux, que la lune nous parait alors beaucoup plus éloignée; au lieu que lorsqu'elle est fort élevée, nous n'observons aucun corps entre nous et elle, et ainsi, disent-ils, eDe doit nous paraître plus proche. Mais cette explication, quelque

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