‹ Lettres de L. Euler à une princesse d'Allemagne sur divers sujets de physique et de philosophieChapitre 231 sur 253 · LETTRE XCV · texte numérisé non relu

LETTRE XCV

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Achemioeinent à la vraie explication de ce phénomène. La kme paraît être plus cloi^oiée de nous lorsqu'elle est à l*horiioB, que lorsqu'elle se trouve uu haut du ciel.

Nous voilà donc encore fort éloignés de l'explication de cette illusion universelle par laquelle tous les hommes, sans en excepter aucun, jugent la lune beaucoup plus grande lorsqu'elle parait dans l'horizon, que lorsqu'elle est fort élevée. J'ai déjà remai^ que que ce phénomène est d'autant plus bizarre, que le diamètre apparent de la lune est alors même tant soit peu plus petit : de sorte qu'on devrait dire que nous ne voyons pas alors la lune plus grande, mais que nous la jugeons plus grande.

os LA. GAANDëUR des ASTRES A L*HORIZON. 485

Aussi ai-je observé que très-souvent notre jugenent diffère beaucoup de la vision raéme. Nous ne aissons pas, par exemple, de juger un cheval ëloi- ^é de loo pas plus grand qu'un chien à la distance Tun pas, quoique la grandeur apparente du chien oit sans contredit plus grande; ou bien, ce qui evient au même, quoiqu*au fond de l'œil l'image lu chien qui y est dépeinte soit plus grande que elle du cheval. Dans ces cas notre jugement a égard

la distance; et comme nous jugeons le cheval leaucoup plus éloigné que le chien , c'est la véri- Me raison pour laquelle nous le jugeons aussi (lus grand.

Il est donc très-vraisemblable qu'une pareille cironstance^ lieu dans la vision de la lune, et que lous jugeons la lune dans l'horizon plus éloignée. ue lorsqu'elle est fort élevée. Dans l'exemple du heval, ce jugement de la distance était fondé s^ur la érité; mais ici, comme il est absolument faux, 'est une illusion fort étrange qui doit pourtant voir un certain fondement, puisque tout le monde n convient , et qu'on ne saurait l'attribuer à un ur caprice. Quel sera ce fondement? C'est de quoi t vais entretenir V. Â.

I. D'abord tout le monde se représente le bleu u ciel comme une voûte aplatie dont le sommet DUS est beaucoup plus proche que le bas , où elle i confond avec l'horizon. Ainsi un homme placé ir une plaine AB (^. 1 16), qui s'étend aussi loin ue sa vue, aperçoit la voûte du ciel, qu'on nomme ^mmunéraent firmament, sous la figure AEFB, où

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les distances CA et CB sont beaucoup plus grandes que celle du zénith à C.

IL Cette idée est aussi, sans contredit, une illusion fort grossière, puisqull n'y a rien au-dessus de nous qui soit borné ou fermé par une telle voûte. Tout y est plutôt vide; et l'étendue de ce vide est iaunense, puisqu'il va jusqu'aux étoiles fixes les plus éloignées, dont la distance surpasse toute la force de notre imagination. Que V. A. me pardonne ce mot vidcy dont je me sers pour l'opposer aux corps gros> siers terrestres. Car, eu effet, près de la terre, c'est notre atmosphère qui occupe l'espace, et plus loin c'est cette matière beaucoup plus subtile qu'on nomme l'éther.

III. Cependant, quelque imaginaire ^ue schI en elle-même cette voûte, die est très-réelle dans notre imagination, et tous les hommes, les savants aussi bien que les idiots , sont également dupes sur cet article-là. C'est presque à la surface de cette voûte que nous nous représentons le soleil et la lune avec toutes les étoiles, comme si c'étaient des clous brillants qui y fussent attachés; et j malgré la connaissance que nous avons du contraire, nous ne saurions nous empêcher de nous livrer à cette fausse illusion.

IV. Cela posé , lorsque la lune se trouve à l'horizon ^ nous la rapportons dans notre imagination au point À ou B de ladite voûte imi^inaire; et c'est par là que nous estimons alors sa distance d'autant plus grande, que nous jugeons être la ligne CA ou CB plus grande que CZ. Mais quand la lune en montant

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s'approche du zénith, dous l'estiinoDs s'approcher de BOUS ; et si elle atteignait le zénith , nous jugerions alors aa distance la plus petite.

V. Cette illusion sur la distance entraîne nécessQ^ renient l'autre sur la grandeur. Puisque la lune, étant rapportée en Â, nous parait beaucoup plus éloignée de C que si elle était dans le zénith , nous sommes en quelque manière forcés d'en conclure que la lune même est d'autant plus grande, et cela dans la même raison que la distance CA nous parait surpasser la distance CZ. Peut-être que tous les hommes ne seront pas trop d'accord sur cette propor* tien : l'un dira que la lune à l'horizon lui parait deux fois plus grande, un autre trois fois, et la plupart se déclareront pour quelque milieu entre deux et trois ; mais pour la chose même , tous se réuniront.

VI. A cette occasion, il sera à propos de remettre sous les yeux de Y. A. la démonstration de cette conséquence : Comment le jugement de la grandeur est une suite nécessaire de l'estime de la distance ?

Quand la lune est près de l'horizon , nous la voyons sous un certain angle, lequel soit MCA (/^. 117), le spectateur étant en C; et quand elle est fort élevée, soit NCD l'angle sous lequel nous la voyons. Or, il est très-certain que ces deux angles MCA et NCD sont bien à peu près égaux entre eux, la différence étant insensible.

Vil. Mais, dans le premier cas, puisque nous estimons la lune beaucoup plus éloignée, en la rappoi^

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