‹ Lettres de L. Euler à une princesse d'Allemagne sur divers sujets de physique et de philosophieChapitre 239 sur 253 · DU ILLUSIONS OPTIQUES · texte numérisé non relu

DU ILLUSIONS OPTIQUES

les yeux, ni le nez, ni la bouche; et c'est conformé* ment à cette apparence que le peintre représente ces objets. Quant à ceux que nou^ devons estimer fort près de nous, le peintre leur donne les plus vives couleurs , et prend la peine d'y exprimer soigneusement toutes les minuties. Si ce sont des personnes, nous y distinguons les moindres linéaments du visage, les plis de l'habit, etc.; alors une telle représentation semble, pour ainsi dire, sortir hors du tableau, tandis que d'autres y panûssent enfon^ oées et reculées fort loin .

V. C'est donc tiniquement sur cette illusion que tout l'art de la peinture est fondé. Si nous étions accoutumés à juger selon la vérité, cet art tout entier ne saurait plus avoir lieu, non plus que si nous étions aveugles. Le peintre aurait beau faire valoit toute son adresse dans le mélange des couleurs^ nous dirions : Voilà sur cette table, ici une tache rouge, là une bleilé, ici un trait noir, là quelques lignes blanchâtres; tout se trouve sur la même sur*^ face, il n'y a nulle part ni enfoncement, ni élévation , et ainsi aucun objet réel ne saurait être représenté de cette manière; on ne saurait alors le regarder autrement que comme on regarde une écriture sur le papier, et l'on se fatiguerait peut-être inutilement à vouloir deviner là s^nification de toutes les taches diversement coloréesi Dans un tel état de perfection, ne serions-nous^pas aussi fort à plaindre d'être privés des plaisirs que nous j^ocure tous les jours un art à la fois si amusant et si instructif?

&[)2 m* PARTIS. LETTRE XCIX.

cieU lorsqu'il est ^^rcÂn, n'est Uqoc auti^ chose qw l» i*ésult«t de toutes ces particules dispersées dans rutroosphère, et principaleaiept de celles qui sont fort éloignées de nous; et ainsi on peut bien dire que toutes ces particules sont bleues de leur na- Uire f mais d'uo bleu extrêmement clair y qui ne de* YmoA assez foncé et sensible que lorsqu'elles sont ei^ très-grand nombre, et qu'elles joignent enswpble leurs rayons selon la même direction,

IV. L'art peut produire un effet scomblable. On n'a qu'à dissoudre une petite quantité d'indigo dans une grande quantité d'eau; alors, en laissant toi9iber cette eau par gouttes, on n'y remarque pB» la moindre teinture t et si l'on en verse dan& un petit gobelet , on n'y verra qu'une couleur bleuâtre très-faible. Mais si l'on en remplit un grand vais* seau, et qu'on le regarde de loin , on y observe un bleu très-foncé. La même expérience peut se faire aussi avec d'autres couleurs. C'est ainsi que le vin de Bourgogne en très -petite quantité parait à peine un peu rougeàtre, et que si l'on regarde une grande fiole qui en soit remplie, la couleur rouge paraîtra bien foncée.

Y. Toute eau, lorsqu'un grand et profond bassin en est rempli , parait toujours avoir une certaine couleur, quoiqu'une petite quantité soit tout à fait claire et limpide. Ordinairement cette couleur est vei'dâtre plus ou moins, ce qui fait dire que les dernières particules de l'eau sont verdâtres, mais d'une couleur extrêmement déliée; de sorte qu'il en fa^ regarder un gros volume avajjt de s en aper-

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