‹ Lettres de L. Euler à une princesse d'Allemagne sur divers sujets de physique et de philosophieChapitre 241 sur 253 · LETTRE C · texte numérisé non relu

LETTRE C

(IftmainOi.)

Sur ce que nous observerions si l'air était parfaitement transparent, et de la situation déplorable dans laquelle une telle parfaite transparence de l'air nous jetterait.

Sur cette teinture de l'air qui nous environne, sans laquelle nous ne jouirions pas de ce beau spectacle du bleu du ciel, je remarque de plus que nous serions bien malheureux si l'air était parfaitement transparent et dépouillé de ces particules bleuâtres; de sorte que nous devons plutôt y reconnaître el admirer la bonté infmie et la sagesse du Créateur.

Pour en convaincre parfaitement V. A., supposons que Fair soit tout à fait transparent el semblable à l'éther, lequel j comme nous le savons , transmet tous les rayons des étoiles sans en arrêter aucun, et ne contient point de telles particules qui soient elles-mêmes éclairées par les rayons , attendu qu'une telle particule ne saurait être éclairée sans intercepter quelques rayons qui y tombent. Si Fair se trouvait dans un pareil état , tous les rayons du soleil le traverseraient librement, et aucune lumière n'en serait renvoyée dans nos yeux; nous ne rece-

1>U BLEU DU CIEL. bi)3

ce voir y puisqu alors les rayons de plusieurs particules se joignent ensemble pour produire le même ^et.

VI. Comme il parait probable, par cette obser^ vation, que les dernières particules de Teau sont verdâtres, on pourrait soutenir que la même raison par laquelle la mer, ou Teau d'un lac et d'un étang nous paraissent vertes, est celle par laquelle le ciel nous parait bleu. Car il est plus vraisemblable que toutes les particules de Tair aient une légère teinture de bleu, mais qui soit si faible, qu'elle ne devienne visible que quand on regarde une masse immense, comme toute l'étendue de l'atmospbère, qu'il ne Test d'attribuer cette couleur aux vapeurs qui voltigent dans l'air, et qui n'y appartiennent pas.

VII. En effet , plus l'air est pur et dégagé d'exhalaisons , plus le bleu du ciel a de l'éclat ; ce qui prouve suffisamment qu'il faut en chercher la raison dans les particules propres de l'air. D'autres matières étrangères qui se mêlent avec l'air, comme les exhalaisons, deviennent au contraire nuisibles à ce beau bleu, et ne font qu'en altérer extrêmement l'éclat. Lorsque de telles vapeurs chargent trop l'air, elles causent ici-bas des brouillards, et nous dérol)ent entièrement le spectacle de la couleur bleue : û elles sont plus élevées, comme cela airive ordinairement , il s'en forme des nuages qui couvrent souirent le ciel tout entier, et nous offrent une tout autre couleur que ce bleu de l'air pur; c'est donc une louvelle qualité de l'air, outre celle de la subtilité.

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lumière de Fétoile n'y saurait exciter de sensations. Je ne parle pas de l'impossibilité qu'il y aurait à tenir l'œil ouvert, en voulant regarder vers N; cela est trop sensible pour ne pas être entendu.

Mais en opposant au soleil un corps opaque qui eh interceptât les rayons , on ne manquerait pas de voir rétoile N, quelque proche qu'elle fût du soleil; V. Â. comprendra aisément dans quel triste état nous nous trouverions alors. Ce voisinage du plus grand éclat et des ténèbres les plus sombres blesse» rait notre vue, au point que nous en deviendrions d'abord aveugles. On peut en juger par l'incommodité que nous ressentons en passant subitement d'un lieu obscur dans un autre fort éclairé.

Cest donc à ce grand inconvénient que remédie la nature de l'air, en tant qu'il contient des particules tant soit peu opaques, et susceptibles d'illumination. Alors, dès que le soleil se lève au-dessus de l'horizon, et même déjà un peu auparavant, toute l'atmosphère en devient éclairée, et tious présente ce beau bleu dont j'ai eu l'honneur de parler à Y. A.; de sorte que nos yeux , quelque part que nous les dirigions, en reçoivent quantité de rayons engendrés dans les mêmes particules. Ainsi, en regardant vers M, nous y apercevons une très^grande clarté, ou bien ce brillant bleu du ciel.

C'est cette même clarté qui nous empêche de voir les étoiles pendant le jour; et la raison en est évidente. Cette clarté surpasse de beaucoup de fois celle des étoiles, et toie moindre s'évanouit auprès d'une auti*e beaucoup plus grande; car les nerfs de

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