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à la vue. Les diverses couleurs difTèrent entre elles d'une manière semblable à celle dont les sons graves et aigus diffèrent entre eux. Or, nous savons que le grave et Taigu dans les sons dépendent du nombre des vibrations dont l'organe de l'ouïe est frappe pendant un certain temps, et que la nature de chaque son est déterminée par un certain nombre qui marque les vibrations rendues dans une seconde : d'où je conclus que chaque couleur est aussi astreinte à un certain nombre de vibrations qui agissent sur Torgane de la vision.
11 n'y a que cette différence que les vibrations qui produisent les sons résident dans l'air grossier, pendant que celles de la lumière et des couleurs sont transmises par un milieu incomparablement plus subtil et plus élastique que celui de l'air. Il en est de même des objets de l'un et de l'autre sens. Ceux de l'ouïe sont tous les corps propres à rendre des sons, c'est-à-dire, ceux qui sont susceptibles d'un mouvement de vibration ou de trémoussement, lequel, se communiquant à l'air, excite ensuite dans notre organe le sentiment d'un certain son qui convient à la rapidité des vibrations.
Tels sont les instruments de musique; et, pour m'arrêter principalement au clavecin, ou attribue à chaque corde un certain son, qu'elle rend étant frappée. Ainsi une corde est nommée du son C, une autre du son D, et ainsi de suite. Une corde est dite être C , lorsque sa tension et sa structure est telle, qu'étant frappée elle rend environ loo vibrations par seconde; et si elle rendait plus ou moins
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(le vibrations dans le même temps , elle aurait le nom d'mi autre son plus aigu ou plus grave.
V. A. se souviendra que le son d'une corde dépend de ces trois choses : i^ de sa longueur, a^ de son épaisseur, 3^ de la force dont elle est tendue ; et plus elle est tendue, plus le son devient aigu. Aussi, tant qu'une corde conserve cette même disposition, elle conserve aussi le même son; mais dès quelle souffre quelque changement , elle change aussi de son.
Appliquons tout cUsci aux corps en tant qu'ils sont des objets de notre vue. Les moindres particules qui composent le tissu de leur surface peu- Tent être regardées comme des cordes tendues, en tant qu'elles sont douées d'un certain degré de res^ sort et de masse ; de sorte qu'étant convenablemMt frappées, elles en reçoivent un mouvement de vibration, dont elles achèveront un certain nombre dan» une seconde ; et c'est aussi de ce nombre que dépend la couleur que nous attribuons à ce corps.
De là un corps est rouge lorsque les particules de sa surface ont une telle tension, qu'étant ébranlées elles rendent précisément autant de vibrations dans une seconde, qu'il en faut pour exciter en nous le sentiment de la couleur rouge. Un autre d^é de tension qui produirait des vibrations plus ou moins rapides exciterait aussi le sentiment d'une autre couleur, et le corps serait aloi*s ou jaune, ou ▼ert, ou bleu, etc.
Nous ne sonunes pas encore parvenus à pouvoir assigner à chaque couleur le nombre de vibrations
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qui en constituent l'essence, et nous ne savons pas même quelles sont les couleurs qui demandent um plus grande ou une plus petite rapidité dans le mouvement des vibrations; ou bien, il n'est pas encon décidé quelles couleurs répondent aux sons grava et aux sons aigus. Mais il suffit de savoir que chaqui couleur est attachée à un certain nombre de vibra tions, quoique ce nombre nous soit inconnu , e qu'on n'a qu'à changer la tension ou le ressort de moindres particules qui tapissent la surface d'ui corps, pour lui faire changer aussi de couleur.
C'est ainsi que nous voyons que les plus belle couleurs des fleurs changent bientôt et s'évanouis sent ; et la raison s'en trouve évidemment dans h défaut du suc nourricier, d'où les moindres particu les perdent leur vigueur ou leur tension. Une sem< blable cause s'observe aussi dans tous les autres changements des couleurs.
Pour mettre cela dans un plus grand jour, sup posons que le sentiment de la couleur rouge de mande une telle rapidité dans le mouvement des vibrations, que looo s'achèvent dans une seconde que l'orange en exigç iia5, le jaune ia5o, le veri i333, le bleu i5oo, et le violet 1666 : car, quoiqui ces nombres soient sans doute faux, cela ne fait riec à mon dessein. Tout ce que je dirai de ces faux nom bres se pourra dire de la même manière des nom bres véritables , quand ils seront peut-être un joui connus.
Cela posé, un corps sera rouge lorsque les moin dres. particules de sa surface se trouvent dans uni
telle disposition, qu'étant mises en vibration elles en achèvent looo par seconde; un autre corps sera orange lorsque ses particules seront disposées à rendre iiâ5 vibrations par seconde : et aitisi de suite. De là on comprend qu'il y a une infinité de couleurs moyennes entre les six couleurs principales que je viens de rapporter ; et de là on voit aussi que si un corps était tel , que ses particules étant ébranlées rendraient i4oo vibrations par seconde , ce corps aurait une couleur moyenne entré le vert et le bleu, puisque le vert répond au nombre i333, et le bleu au nombre i5oo.
De cette manière notre connaissance sur les couleurs est incomparablement plus parfaite que celle du peuple , et même des philosophes , dont ceux qui se vantent être les plus clairvoyants se sont égarés jusqu'à envisager les couleurs comme de pures illusions, en leur refusant toute réalité (i).
(i) Nous avons déjà annoncé (note sur la lettre XIX, 1^ partie, 1. 1, p. 80) que les découvertes modernes confirment les idées d*£uler sur l'inégalité de durée des vibrations lumineusefl| correspondantes aux diverses couleurs du spectre solaire. Miais les nombres , choisis par Euler pour fixer les idées , sont hors de toute proportion avec les nombres véritables. Au moyen des phéBomènes d'interférence dont il est question dans la note citée, onipu mesurer avec précision, quoique d'une manière indirecte , les longueurs d^ondulations correspondantes aux diverses couleurs du spectre, c'est-à-dire Tintervalle qui sépare, sur le trajet d*un rayon himineux , deux particules d^éther qui se troureut dans la même phase de leur monrement vibratoire ; et comme la longueur d'une onde n'^t autre chose que l'espace décrit par la lumière pendant la durée d'une vibration , il suffit
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de comparer les longueurs d'ondulations k la vitesse de la lun { 1. 1 , p. 8), pour déterminer approximativement le nombre vibrations dans un tempi donné. C'est ainsi qu'on a cons le tableau suivant :
Cooleors
Longaeor des oodes dans rdr,
Nombre des TibraUons
principales.
en miUioniknes de milliinèlre.
par millionièofie éê seconde.
Violet
Indigo
Bleu
Vert
Jaune
Orangé
Rouge
6io
Si les rayons colorés dont la réunion constitue la lui blanche , et que le prisme sépare à cause de leur inégale ré gibilitc , étaient effectivement des rayons simples , il sérail turel d'admettre avec Euter que la sensation de chaque co a pour cause immédiate la longueur d^ondulation ou la < de vibration propre à chaque rayon simple; mais les c rienoes du docteur Brewiter et d'autres physiciens mod taident à faire rejeter cette explication. Suivant le docteur I ster, le spectre solaire résulte de la superposition de trois i très , rouge y jaune et bleu ; et les diverses nuances du sp solaire résultent de ce que les couleurs rouge , jaune et 1 ont des intensités inégales dans l'étendue de leurs spei'trei pectifs. Les rayons rouge , jaune et bleu , qui correspoi à ime même ligne du spectre solaire [voyez la note si page i33 du tome I^'), ou à une même longueur d'ondula ne peuvent point être analysés ou séparés par la réfraction ; on en opérera l'analyse , si l'on place sur leur trajet un n qui laisse passer le rayon d'une couleur, en absorbant ou gnant les rayons defs deux aiitres couleurs. C'est sur des lyses de ce genre que le docteur Brewster fonde sa théori
uniadopte, la cause qui distingue les sensations de couleur reste inassignable dans l'état de la science.
On sait d^ailleurs que les rayons solaires fournissent , outre le spectre irisé et visible (c'est-à-dire, outre les trois spectres à couleurs fondamentales du docteur Brewster), un spectre caloriGqiie et un spectre à action chimique , tous deux dépassant les limites du spectre visible , Fun dans un sens , l'autre en sens opposé, et pouvant même avoir tous deux leur maximum d'intensité hors des limites du spectre visible , selon la nature du prisme réfringent. C'est le spectre à action chimique qui opère ce curieux phénomène de la fixation des images , devenu si célèbre dans ces derniers temps par la découverte de M. Daguerre.
Suivant nous, la différence bien tranchée des spectres calorifique, chimique et lumineux, ajoute singulièrement à la probabilité de rhypothèse du docteur Brewster, ou de toute autre qui tendrait à expliquer la dégradation continue des couleurs par la superposition de spectres à teintes tranchées, dont Tin^ tensité seulement varierait avec continuité. Le fait de Tinégallté d'action des différents spectres sur la rétine une fois admis (quoique la cause en soit inconnue , comme celle de Tinégalité (Faction des rayons calorifiques et chimiques) , on n*a plus dfe peine à comprendre comment il se fait que les longueurs d'ondulation , pour les deux extrémités du spectre visible , ne varient guère que dans le rapport de 2 à 3 ; tandb que , si la longueur des ondulations éthérées déterminaient la couleur, comme les longueurs des ondulations sonores déterminent le ton , il serait (brt extraordinaire que l'échelle des couleurs perceptibles se trouvât si raccourcie, par comparaison avec l'échelle des sons perteptibles. ,
En définitive , les ondulations éthérées donnent lieu à des phénomènes incomparablement plus complexes et plus merveilleux que ceux qui résultent des ondulations sonores; et pourtant il s'en faut bien que l'acoustique soit une science épuisée. L'assimilation des ondes lumineuses aux ondes sonores, telles qu'fiuler la concevait , ne peut subsister que pour certains caractères généraux des mouven^ents vibratoires; içlle s'évanouit <lès qu'on arrive aux détails.
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