‹ Lettres de L. Euler à une princesse d'Allemagne sur divers sujets de physique et de philosophieChapitre 48 sur 253 · DE LA VISIBILITÉ DES CORPS OPAQUES · texte numérisé non relu

DE LA VISIBILITÉ DES CORPS OPAQUES

En effet, tout revient à découvrir délie cause capable de produire une agitation ; car, dès que les particules mentionnées seront mises dans un mouvement de vibration, Féther répandu dans l'air en reçoit d'abord une semblable agitation, qui, étant œDtinuée dans nos yeux, y constitue ce que nous nommons rayons^ d'où la vision est excitée.

D'abord je remarque que les particules des corps ue sont pas mises en mouvement par elles-mêmes, mais qu'il faut pour cet effet une force étrangère; de même qu'une corde tendue demeurerait toujours en repos, si elle n'était pas frappée par quelque force. Cest aussi le cas où se trouvent tous les corps pendant la nuit ou dans les ténèbres; car, puisque nous ne les voyons point, c'est une marque certaine qu'ils n'engendrent point de rayons et que leurs particules sont en repos; c'est-à-dire que, pendant la nuit ou dans les ténèbres, les corps se trouvent dans le même cas que les cordes d'un instrument qui n'est pas touché, ou qui ne rend aucun son; au lieu que tant qtie les corps sont visibles, ils sont à comparer avec des cordes qui réson* nent actuellement.

Or, puisque les corps deviennent visibles dès qu'ils sont éclairés , ou que les rayons du soleil ou de quelque autre corps lumineux y tombent, il faut bien que la même cause qui les éclaire excite aussi leurs moindres particules à ce mouvement de vibralion propre à engendrer des rayons, et à exciter dans nos veux te sentiment de la vision. Ce seraient donc les rayons de lumière , en tant qu'ils

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tombent sUr un corps, qui font frémir les moindre particules pour les rendre visibles.

Cela parait d'abord fort surprenant, attend ^'eu exposant nos mains à la plus forte lumièn nout n'en ressentons point la moindre impressioi Mais il faut considérer que notre sens d'attoucht ment est trop grossier pour sentir ces subtiles < légères impressions ; au lieu que le sens de la vu< étant incomparablement plus délicat, en est bie vivement frà]f>pé. Ce qui nous fournit une preui incontestable que les rayons de lumière, lorsqul tombent sur un corps, ont assez de force pour ag aùT les moindres particules pour les faire frémi Et c^est précisément en quoi consiste Faction doi j^ai besoin pour expliquer comment les corps, étai éclairés, sont mis en état de produire eux-mêmes d< rayons par le moyen desquels ils nous deviennei visibles. 11 suffit que les corps soient éclairés o exposés à une autre lumière, pour que leurs moii àves particules en soient agitées, et mises par là e état d'engendrer elles4némes des rayons qui noi les rendent visibles.

La belle harmonie entre l'ouïe et la vue pori cette explication au plus haut degré de certitude On n'a qu'à exposer un clavecin à un grand brui et l'on verra que non-seulement ses cordes en soi «lises en vibration , mais on entendra aussi le so de chacune presque dé la même manière que si el était touchée effectivement. Le mécanisme de < phénomène est aussi aisé à comprendre, dès qu'c reconnoit qu'une conïe agitée est capable de cou

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