‹ Lettres de L. Euler à une princesse d'Allemagne sur divers sujets de physique et de philosophieChapitre 51 sur 253 · DE LA VOIX^ HUMAINE · texte numérisé non relu

DE LA VOIX^ HUMAINE

la nature des sons. Entre les bonnes qualités d'un clavecin, on exige que tous les sons s^ent à peu près la même force ; et c'est toujours un grand défaut lorsque quelques-unes des cordes sont pincées avec plus de force que les autres. Or, le grave et Taigu ne se rapportent qu'aux sons simples, dont toutes les vibrations se suivent régulièrement et par intervalles égaux; et ce n'est que de ces sons, qu'on nomme simples, qu'on se sert dans la musique. Les accords qu'on y emploie sont des sons composés , où un amas de plusieurs sons produits à la fois, où parmi les vibrations doit régner un certain ordre , qui est le fondement de l'harmonie. Mais quand on ne dé* couvre aucun ordre dans les vibrations, c'est un bruit confus dont on ne saurait dire avec quel son du clavecin il est d'accord; comme, par exemple, le bruit d'un canon ou d'un fusil.

Mais parmi les sons simples, il y a même encore une différence très-remarquable, qui semble être échappée à l'attention des philosophes. Deux sons peuvent être également foits, et d'accord avec le même son du clavecin ; et malgré cela ils peuvent être très-différents à l'oreille. Le son d'une flûte est tout à fait différent de celui d'un cor, quoique tous les deux conviennent avec le même ton du clavecin, et soient également forts. C'est ainsi que chaque son tient quelque chose de l'instrument qui le rend, et on ne saurait presque dire en quoi cette qualité consiste (i) : aussi la même corde rend-elle des sons

(i) Cette qualité eët ce qu'on nomme le timbre. Imaginons me série de battements inégaux , laquelle se reproduit pério-

96 m* PARTIE.. — LETTRE V.

différents à cet égard ^ selon qu'elle est frappée, touchée ou pincée; et Y. A. sait très-bien distinguer les sons des cors, des flûtes et d'autres instruments.

diquement avec une grande rapidité, par exemple, loo fois dana une seconde : le ton du son produit sera le ton C (tome I, page la), et il ne changera pas , quel que soit Tordre suivant lequel se succèdent , dans chaque série ou période , les battements inégaux. Au contraire, le timbre du son produit chaBgera, seloi l'ordre dans lequel se succéderont les battements forts et faibles, ou suivant les rapports qu*on établira entre les intervalle de succession des battements. Des expériences de M. Cagniard Latour, faites avec l'appareil auquel il donne le nom de sirène et qu'on voit dans tous les cabinets de physique, justifient trèsbien cette explication du timbre. U résulte de là qu'on ne pea pas concevoir une série simple ou une échelle des timbres, ana lugiie à l'échelle ou à la série ascendante des tons ; puisque, \ chaque hypothèse sur le nombre et sur les intervalles de soc cession des battements , en peuvent correspondre une infinit d'autres sur les renforcements alternatifs , et réciproquemeDi D'ailleurs, chaque battement ou explosion isolée est un bruiiq^ n'a , à proprement parler, ni ton , ni timbre appréciable , mai qui pourtant affecte l'oreille d'une manière propre : de faço que, daifs les mêmes hypothèses sur le nombre, sur l'ordre d succession , et sur la loi de renforcement des battements coi sécutifs , un changement dans le mode de production de chaqi bruit ou battement élémentaire devrait donner lieu à distii guer de nouvelles sortes de timbre dans les sons produits.

Il y a sujet de croire que la distinction des voyelles , dans l voix humaines , correspond à une sorte particulière de timbr dont la cause rentre dans Tune de celles qui viennent d'ét indiquées. Mais les expériences manquent pour nous apprend à laquelle des causes indiquées tient ce timbre sui generis, a se combine encore avec d'autres , par exemple avec celui q nous fait distinguer la voix d'une personne connue, quelle q soit la voyelle qu'elle chante , et sur quelque ton qu'elle la ckan

Page 1