‹ Lettres de L. Euler à une princesse d'Allemagne sur divers sujets de physique et de philosophieChapitre 57 sur 253 · LETTRE X · texte numérisé non relu

LETTRE X

(4 joillet 1761.)

De rélectricité positive , et de 1 électricité négative. Explication

du phénomène de l'attraction.

De ce que je viens d'exposer, V. A. comprendra facilement qu'un corps doit devenir électrique, lorsque l'éther qui est contenu dans ses pores devient ou plus ou moins élastique que celui qui se trouve daos les corps environnants; ce qui arrive lors-» qu'une grande partie d'éther a été introduite dans les pores de ce corps, ou lorsqu'une partie de l'éther qui- y est contenue en est chassée. Dans le premier cas, l'éther y devient plus comprimé, et par conséquent plus élastique; dans l'autre cas, il

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y devient plus rare et perd aussi de son élastic Dans l'un et l'autre cas il n'est plus en équili! avec l'éther de dehors; et de ce qu'il fait des forts pour se remettre en équilibre, c'est ce • produit tous les phénomènes de l'électricité.

De là V. A. voit qu'un corps peut devenir él trique en deux manières différentes, selon que ther contenu dans ses pores devient plus ou mo élastique que celui de dehors; d'où une dou électricité peut avoir lieu : l'une, où l'éther trouve plus élastique ou plus comprimé, est no mée V électricité en plus y ou bien Y électricité pc tive; l'autre, où l'éther est moins élastique ou p raréfié, est nommée \ électricité en moins, ou éi tricité négatii^e. Les phénomènes de l'une et l'autre sont à peu près les mêmes; on n'y remj que qu'une légère différence, dont je parlerai da la suite.

Naturellement les corps ne sont pas électriqu puisque l'élasticité de l'éther tend à l'entretenir équilibre : ce sont toujours des opérations violen qui troublent l'équilibre de l'éther et rendent corps électriques; et il faut que ces opéra tic agissent sur des corps à pores fermés, afin q l'équilibre étant une fois dérangé, il ne se ré blisse pas au même instant. Aussi voyons-nc qu'on se sert du verre, de l'ambre, de la cire d'I pagne , ou du soufre, pour y exciter Télectricité.

L'opération la plus facile et la plus connue d depuis longtemps, est de frotter un bâton de c d'Espagne avec tin morceau de drap de laine; ap

DM L'iLfiCTRICITE POSITIVE ST NÉGATIVE. 1 17

quoi Ton voit que cette cire d'Espagne attire de petits morceaux de papier et d'autres corps légers. L'ambre , étant frotté , produit les mêmes phéno* mènes; et puisque les anciens avaient donné à cette matière le nom d^electrum, c'est de là que cette force excitée par le frottement est encore nommée électricité ^ les plus anciens physiciens avant déjà observé que cette matière, étant frottée, acquiert une force d'attirer à soi les corps légers.

Cet effet provient sans doute de ce que l'équilibre de l'éther est troublé par le frottement. 11 est donc juste que je commence par expliquer cette expérience si commune. L'ambre ou la cire d'Espagne a ses pores assez fermés ; or, ceux de la laine dont on frotte sont assez ouverts : pendant le frottement, les pores de l'un et de l'autre sont compri<« mes, et par là l'éther qui y est contenu est réduit à un plus haut degré d'élasticité. Selon que les pores de la laine sont susceptibles d'une plus ou moins grande compression que ceux de l'ambre ou de la cire d'Espagne, il arrivera, ou qu'une portion d'éther passe de la laine dans l'ambre , ou réciproquement de l'ambre dans la laine. Dans le premier cas, l'ambre devient électrique en plus, et dans l'autre en moins; et puisque ses pores sont fermés, cet état se conservera pendant quelque temps, au lieu que la laine, quoiqu'il y soit arrivé un semblable change ment, se remet d'abord en son état naturel.

Par les expériences qu'une telle cire d'Espagne électrique fournit, on conclut que son électricité est en moins ; de sorte qu'une partie de son éther

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ail passe pendant le frottement dans la laine. Dell V. ▲. comprend comment un bâton de cire d'Espa gne est dépouillé d'une partie de son éther par 1 frottement dans la laine , et qu'il doit devenir élec trique par ce moyen. Voyons maintenant quel efTets doivent en résulter, et s'ils conviennent ave ceux qu'on observe actuellement.

Soit AB {Jig, a) un bâton de cire d'Espagne, an quel on a enlevé par le frottement une partie d l'éther coptenu dans ses pores; l'éther qui reste étant moins comprimé, aura donc moins de fore pour se répandre, ou bien il aura une moindre élai iicité que l'éther qui se trouve dans les autres corj et dans l'air qui l'environne : mais puisque les pon de l'air sont encore plus fermés que ceux de la cii d'Espagne, cela empêche que l'éther contenu dat l'air ne passe point dans la cire d'Espagne pour ét^ blir l'équilibre; du moins cela n'arrivera qu'apn un temps assez considérable.

Qu'on présente maintenant à ce bâton un pet corps très-léger C, qui ait ses pores ouverts, l'élhi qui y est contenu trouvant une issue libre, pui qu'il a plus de force à se répandre que ne lui oj pose l'éther enfermé dans le bâton en c, s'échaq pera actuellement, et se frayera un chemin au tr vers de l'air, pourvu que la distance ne soit p; trop grande, et entrera dans le bâton. Ce passa} ne se fera pas pourtant sans beaucoup de difficulté puisque les pores de la cire d'Espagne n'ont qu'ui très-petite ouverture; et par conséquent il ne se pas accompagné d'une véhémence capable de me

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tre l'ëther dans un mouvement d'agitation , pour exciter une lumière sensible. On ne verra qu'une faible lueur dans l'obscurité, si l'électricité est assez forte.

Mais on remarquera un autre phénomène qui n'est pas moins surprenant ; c'est que le petit corps C sautera ^vers ce bâton : comme s'il y était attiré. Pour en expliquer la cause, Y. Â. n'a qu'à considérer que le petit corps C, dans son état naturel, est de tout côté également pressé par l'air qui l'environne ; mais puisque, dans l'état où il se trouve à présent, l'éther en échappe et perce par l'air selon la direction Ce, il est évident que l'air de ce côté pressera moins sur le petit corps qu'ailleurs, et que la pression dont il est poussé vers Ce l'emportera sur les autres pressions , et le poussera actuellement vers le bâton de la même manière que s'il en était attii*é.

Cest ainsi qu'on explique d'une manière intelligible les attractions qu'on observe dans les phénomènes de l'électricité. Dans cette expérience , l'électricité est trop faible pour produire des effets plus surprenants. J'aurai l'honneur de détailler ceux-ci plus amplement dans la suite.

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