II* PARTIE. LETTRE XLVIII
Mais sans m'arréier à des temps si reculés, nous sommes suffisamment convaincus que, si nous ne voulions rien croire de tout ce que d'autres nous disent, ou que nous lisons dans leurs écrits, nous noas trouverions dans un fort triste état. Cependant il s'en faut beaucoup que nous devions croire tout ce qu'on nous dit, ou tout ce que nous lisons. Partout il faut user du discernement, nonseulement à l'égard de la troisième source, mais aussi à l'égard des deux autres. '
Nous sommes si sujets à nous laisser éblouir par les sens, et à nous tromper dans les raisonnements, que les mêmes sources que le Créateur nous a ouvertes pour nous conduire à la vérité nous précipitent très-souvent dans l'erreur. Ce n'est donc pas un reprocbe qu'on ait raison de faire plutôt à la troisième source qu'aux deux autres. Partout il faut que nous soyons également sur nos gardes ; et on trouve autant d'exemples que les hommes se sont ^rés en puisant dans la première et la seconde source, que dans la troisième. 11 en est de méilie de la certitude des connaissances que ces trois sources nous fournissent ; et on ne saurait dire que les vérités de l'une soient plus fondées que celles d'une autre. Chaque source est soumise à des égarements qui pourraient nous séduire; mais il y a aussi des précautions, qui, étant bien observées, nous fournissent à peu près le même degré de conviction. Je ne sais si V. A. est plus convaincue de la vérité que deux triangles qui ont la même base et la même hauteur sont égaux
DES SOURCES D £Rll£UE.
entre eux, que de celle-ci , que les Russes ont été à fierlin, quoique la première soit fondée sur le plus juste raisonnement, et que l'autre «l'ait d'autres fondements que la fidélité de nos rapports.
Donc, pour les vérités de chacune de ces trois classes, il faut se contenter des preuves qui conviennent à la nature de chacune; et il serait ridicule de vouloir exiger une démonstration géométrique des vérités d'expérience ou historiques. Cest ordinairement le défaut des esprits forts et de ceux qui abusent de leur pénétration dans les vérités intellectuelles , quand ils prétendent des démonstrations géométriques pour prouver toutes les véri-* tés de la religion, qui appartiennent en grande partie à la troisième classe.
Il y a aussi des gens qui ne veulent rien croire ni admettre que ce qu'ils voient de leurs yeux et quils touchent de leurs mains; tout ce qu'on leur prouve par les raisonnements les plus solides leur demeure toujours suspect, à moins qu'on ne le leur mette devant les yeux. On remarque ordinairement ce défaut dans les chimistes, les anatomistes et les physiciens, qui ne s'occupent qu'à faire des expériences. Tout ce que les uns ne sauraient fondre dans leurs creusets , ou les autres disséquer avec leurs scalpels, ne fait aucune impression sur leur esprit. On a beau leur parler des qualités et de la nature de l'âme, ils ne conviennent de rien» à moins qu'il ne frappe leur sens.
C'est ainsi que le genre d'étude auquel chacun s'applique a une influence si forte dans sa manière