LETTRE XV
(21 juillet 1761.)
Du caractère distinctif des deux espèces de rélectricité,
positive, et négative.
V. A. se souvient que non-seulement le verre devient électrique par le frottement , mais que d'autres matières, comme la cire d'Espagne et le soufre, ont la même propriété, en tant que leurs pores sont aussi fermés; de sorte que, soit qu'on y fasse passer trop d'éther, ou qu'on les en dé[>ouill€ d'une partie, elles se conservent pendant quelque temps dans cet état, sans que l'équilibre soit sitôt L'établi.
Ainsi, au Heu d'un globe de verre on se sert aussi de globes de cire d'Espagne ou de soufre, qu'on fait tourner autour d'un axe pendant qirtls frottent contre Un coussin, de la même manière que j'ai eu Hionneur d'exposer h l'égard d'un globe de verre. Par ce moyen on rend ces globes égalemeut électriques; et en leur appliquant une barre de fer qui ne les touche que par de minces filets, ou franges de métal, iocapablès d'endommager le gtobe, l'électricité se communique aussitôt à cette barre, d'où on peut ensuite la transmettre en d'autres corps à «volonté.
Cependant on découvre ici une différence hier re|Kar(|uai|le. Un globe de verre étant rendu élec-
DE l'ÉTINC£LLE ÉLECTRIQUE. 141
trique de cette façon , devient surchargé deUier, et la ban*e de fer, ou d'autres corps qu'on y met en communication, en acquièrent une électricité de même nature, ou bien Téther s'y trouve dans une trop grande compression, dont l'élasticité est augmentée. Cette électricité est nommée positive, ou électricité en plus. Mais quand on traite de la même manière un globe de cire d'Espagne ou de soufre, il en naît une électricité directement contraire, qu'on nomme négative ou électricité en moins, puisqu'on remarque que par le frottement ces globes devierW nent dépouillés d'une partie d'éther renfermé davB leurs pores.
V. A. sera suiprise de voir comment le mêatê'' frottement peut produire des effets tout à fait op-posés; mais cela dépend de la nature des corps frottants et frottés, et de la roideur de leurs moindres particules qui contiennent les pores. Pour expliquer la possibilité de cette différence, il est d'abord évident que lorsque deux corps sont fortement frottés l'un contre l'autre, les pores de Tun doivent ordinairement souffrir une plus grande compression que ceux de l'autre, et alors Téther contenu dans les pores qui souffrent une plus grande compression est exprimé et forcé de s'insinuer dans les pores de l'autre corps, qui sont moins comprimés.
Cela posé, il faut dire que, dans te frottement du verre par un coussin, les pores du coussin souffrent une plus grande compression que ceux du verre, et que par jH^nséquent l'étber du cous-
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^n passe liaDs le verre, et y produit une ëlectricil positive ou en plus, comme j'ai déjà eu Thonneu de l'expliquer à V. 4. Mais quand on substitue m globe de cire d'Espagne ou de soufre au lieu d verre, ces matières étant susceptibles d'une plu grande compression dans leurs pores que la matièr eu ooussin dont on les frotte , une partie de Fëthe contenue dans ces globes en sera exprimée, et oUi gée d'entrer dans le coussin , d'où ces globes de dr d'Espagne ou de soufire seront dépouillés d'un ]pjtartie de tour ëther, et obtiendront par conséqueo 4kfl» électricité négative ou en moins.
Ûe la même nature est l'électricité que reçoit uo Iparra de fer ou de métal , mise en communicatioi ayec un globe de cire d'Espagne ou de soufre ; c de telle nature sera aussi l'électricité qu'on com munique à un homme placé sur une masse de poix ou suspendu par des cordes de soie. Quand ci touche un tel homme ou autre corps éleçtrisé d cette «lanière, ayant ses pores ouverts, on y ob serve a peu pr^s les mêmes phénomènes que dan le cas de l'électricité positive ou en plus. L'attop chemèdl y est sjulsA accompagné d'une étincelle e d'une piqûre de part et d'autre. La raison en 9 évident^; car l'éther, qui s'échappeJci des corp ^ui se trouvant dans leur état natUf^l pour entrei dans les corps électrisés, étant géné^ doit être 9c campagne d'une agitation qui cause la lumière. Ce pendant on remarque une sensible différence dans la figure de Fétineelle , selon que l'électricité «H positive ou native. ||
PBODUCriOV DE« DEUX ÉUBCTRICIT^. 143
Si la barre AB {Jig. 8) a une électricité positive et qu'on lui présente le doigt C, la Ivmière qui sort de la barre parait sous la forme d'une aigretl^ mtiy et auprès du doigt on voit en p un poifiCfamioeux.
liais 9 la barre AB {Jig. 9) a une électrip^ n^r gative, et qu'on lui présente le doigt C, c^esl du doigt que sort l'aigrette lumineuse mn^ et on voit le point lumineux p auprès de la barre.
Voilà le principal caractère par lequel on dislioigiie l'électricité positive de la négative. Toujours ou réiher ^échap|»e, l'étincelle a la -figure d'une aigrette; mais où Féther entre dans on corps, l'étincelle est un point lumineux. ^