LETTRE XXII
(Ib Mât I76I.)
Sur la possibilité de prévenir et de détourner les funestes effets
de la foudre.
On demande s'il ne serait pas possible de prévenir ou de détourner les funestes effets de la foudre? V. A. eoonait l'importance de cette question : et combien d'obligations ne m'auraient pas tant d'honnêtes gens, si je pouvais leur indiquer un moyen sur pour se mettre à l'abri de la foudre !
La connaissance de la nature et des effets de l'électricité ne me laisse pas douter que la chose ne soit possible, fêtais autrefois en correspondance avec un ecclésiastique de Moravie, nommé Proco-
ou TONNERRE. 169
pius Divisch, qui m'a assuré avoir détourné, pendant un été tout entier, tous les orages de l'endroit où il demeurait et des environs, et cela, par le moyen d'une certaine machine construite sur les principes de l'électricité. Quelques personnes, qui sont venues depuis de cette contrée, m'ont assuré qaela chose était bien vraie et constatée.
Quand même la chose réussirait, il y a cependant bien des personnes qui douteraient qu'il fût permis de se servir d'un tel remède. En effet, les anciens païens auraient regardé comme un impie celui qui aurait entrepris d'arrêter Jupiter dans le maniement de ses foudres. Les chrétiens, qui sont assurés que la foudre est un ouvrage de Dieu, et que la divine Providence s'en sert souvent pour punir la méchanceté des hommes, pourraient également dire que c'est une impiété de vouloir s'opposera la justice souveraine.
Mais, sans m'engager dans cette question épineuse, je remarque que les incendies, les inondations et les autres calamités sont également des moyens que la Providence met en usage pour punir les péchés des hommes : cependant personne ne s'avisera de nous imposer la loi de n'opposer aucune résistance aui incendies et aux inondations. De là je tire la conséquence qu'il sera toujours très-permis de nous garantir contre les effets de la foudre, pourvu que nous y puissions réussir.
Le triste accident qui est arrivé à M. Richmann , à Pétersbourg , nous fait voir que le coup de foudre que cet homme s'est attiré aurait sans doute frappé
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charge paisiblement, et tout ]e monde regarde cela comme un très-bon signe, qui absorbe plusieurs coups de foudre,
En mer, on observe également souvent, sur le sommet des mâts,^des lumières qui sont connues parmi les marins sous le nom de Ca$U9r et Pollux; et quand on voit ces signes , on se croit à l'abri dW coups de tonneiTe.
La plupart des philosophes ont rapporté ces phénomènes parmi les superstitions du peuple; mais nous reconnaissons maintenant que ces sentiments du peuple ne sont pas destitués de fondement : ils sont au contraire infiniment mieux fondés que la plupart des rêveries idês philosophes.
LETTRE XXllI.
(18 août 1761.)
Sur le fameux problème des longitudes. Description générale . de la terre , de son axe, ses deux pôles, et Tcquateur.
V. A. jugera sans doute qu'il est enfin temps de quitter l'électricité; aussi n ai-je plus rien à ajouter sUr ee sujet : mais je ne suis pas peu embarrassé pour trouver uue matière qui soit digne de l'attenlioïl de V. A.
Je crois que, pour décider dans ce choix, je dois avoir égard aux matières qui intéressent davantage nos connaissances, et dont les écrivains font souvent mention ; ce sont des matières sur lesquelles on peut
DES TERl^ES DK GÉOGRAPHIE. 173
prétendre que des personnes de qualité soient suffisamment instruites.
y. A. ayant sans doute entendu parler souvent du fameux problème des longitudes , sur la solution duquel les Anglais ont promis de grands prix y je crois que mes instructions ne seront pas mal placées, quand je les emploierai à mettre V. k. au fait de cette question importante. Elle est assez étroitement liée avec la connaissance du globe de notre terre ^ pour qu'il ne soit pas permis de l'ignorer : c'est ce qui me fournira une occasion d'expliquer quantité d'articles intéressants, sur lesquels Y. A. sera bien aise d'être éclaircie.
Je commencerai donc par donner une description générale de la terre, qu'on peut regarder comme un globe, quoiqu'on ait trouvé, dans ces derniers temps, que sa véritable figure est un sphéroïde tant soit peu aplati ; mais la différence est si petite, que nous la pouvons bien négliger à présent.
Nous devons remarquer premièrement sur le globe de la terre les deux points placés sur sa surface, que l'on nomme les deux pôles de la terre. C'est autour de ces deux points que le globe de la terre tourne chaque jour, comme on fait tourner un globe qu'on tient fixe entre les deux pointes d'un tour; ce mouvement est nommé le mouvement journalier ou diurne de la terre, dont chaque tour s'achève en ^ heures environ. Ou bien, si nous voulions parler selon leÀ apparences , V. A. sait que le ciel tout entier, que nous regardons comme une boule creuse au milieu de laquelle la terre se trouve , parait
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tourner autour de la terre dans le même temps a4 heures : ce mouvement se fait aussi autour deux points fixes dans le ciel, qu'on nomme pôles du cieL Maintenant, si nous concevons i ligne droite tirée d'un de ces pôles du ciel jusc Fautre , cette ligne passera par le milieu de la lei
Or, y. À. comprend aisément que les appareil doivent être les mêmes, soit que la terre tou autour de ces pôles, le ciel restant en repos; que le ciel tourne autour de ces pôles , la terre meurant en repos. L'une et l'autre considérai nous conduit également à la connaissance desp< de la terre, sur laquelle est fondée non-seulen l'astronomie , mais aussi la géographie.
Que \9ijig* la représente le globe de la terre, d les pôles soient les points A et B ; l'un de ces p A est nommé le pôle austral y ou méridional ^ aussi le pôle antarctique. L'autre pôle B est noa boréal ou septentrional , ou bien le pôle arctiq c'est ce dernier qui est le plus proche des endr que nous habitons.
Je remarque que ces deux pôles sont directeoo opposés l'un à l'autre ; ou bien , si l'on tirait ' ligne droite de l'un à l'autre AB, au dedans di terre , elle passerait précisément par le milieu c'est-à-dire par le centre de la terre. Cette li droite AB porte aussi son nom, et est nommée 1' de la terre y qui, étant prolongé de part et d'ai jusqu'au ciel , y marquera les points qu'on nom les pôles du ciel , et auxquels on donne )es mêi noms qu'à ceux de la terre.