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Lettres de l'inconnue

A mesure que j'avançais dans la lecture des Lettres à une Inconnue, il se formait dans mon esprit cette conviction que l'inconnue était un mythe, et que par le fait ces lettres ne sont que des notes, des tablettes personnelles, une façon de mémoires d'outre- tombe. Eh bien! je me trompais, l'inconnue a existé.

Il y a dans la 328e lettre :

« Chère amie, je suis malade depuis un mois, il m'est impossible de rien faire, même de lire. Je souffre beaucoup et je n'ai que peu d'espérance. Gela durera peutêtre longtemps. J'ai mis de l'ordre dans un des rayons de ma bibliothèque et je vous

garde les Lettres de '/ de Sévigné, en douze volumes el un petit Shakspeare; quand nous viendrez à Paris je vous les enverrai. — Merci de [»» n>« i- à nmi. »

Ki dans celle du 23 septembre L870, la dernière.

Chère amie, je suis bien malade, si malade que c'est une rude affaire d'écrire. Il y a peu d'amélioration. Je vous écrirai bienlôt, j'espère, plus eu détail. Faites prendre ( hezmoi, a Paris, les Lettres de M deSévigné ei un Shakspeare. J'aurais dû les porter « uez \(.us. mais j«' suis parti.

Adieu, je vous embrasse. »

mots deux fois soulignés, les Lettres

de M de Sévigné, me furent comme nue

réplique qui réveilla aussitôt en moi un

souvenir engourdi depuis m>is ans.

Après tous les événements de L870-I871,

en rentrant chez moi, j'avais trouvé tout bouleversé, beaucoup d'objets avaient disparu, entre autres douze cartons, contenant des manuscrits, des projets, des notes, etc.. toutes les lettres reçues par moi depuis vingt ans. — et dans le nombre, des autographes auxquels je tenais comme à mes yeux. •

Je me mis aussitôt à battre ma banlieue, à trois kilomètres à la ronde, pour tacher de recueillir quelques épaves, — peines perdues. — Mais, en fouillant chez un Auvergnat, dans un bouge plein d'objets de toutes sortes, parmi des habits, des vieux souliers, des poêles graisseux, un amas de tuyaux, de chaises et de meubles éclopés. j'aperçus un tas de paperasses sur lequel je me lançai avec avidité. Mais, hélas! ce n'étaient pas les miennes! et je n'y découvris rien qui me fût personnel.

Je remarquai toutefois des liasses de

lettres, toutes pliées dans le même formai; plusieurs de ces liasses déficelées gisaient éparses; — une seule était encore presque intacte, serrée entre deux carions par des liens «-n caoutchouc, le tout enveloppé avec soin dans un papier gris scellé à la cire bleue; le cachet avait été rompu, probablement pour vérifier l'intérieur. — Sur l'enveloppe <>n lisa.it :

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