‹ Lettres de l'inconnueChapitre 11 sur 13 · PRES · texte numérisé non relu

PRES

Mil

qui Bavez tout, Prospero, mon cher magicien, dites-moi donc, je voua prie, pourquoi les anciens représentaient l'Amour avec an bandeau

. La Fortune, je le comprend .

r tmour '•' il lus logique, ce me semble,

; li. e absohunenl muel el de lui Laisser

vue.

i 0 ma gazelle bien-aimée — chante Sadi, le

persan — ne parle pas, ne parle jamais!

— dar<l'' pour moi seul ton regard el ton bou-

: j'aurai dans le cœur tous Les trésors

conde. — •)•• resterai cloué à tes genoux,

dans une extase éternelle; — les siècles passeront sur mon front avec la légèreté de l'hirondelle.

« L'amour naît par les yeux, — se scelle par les lèvres, — et meurt par la parole. »

C'est pour cela, cher ami, que vous et moi ayant trop parlé, l'amour entre nous a été tué dans son œuf épistolaire, — car malheureusement la parole écrite reste, et parle autant que dure le papier.

Le culte de l'amour demande : 1° l'idole: 2° l'adorateur.

Et de nous deux, c'est à qui ne veut pas être idole. Le rôle d'idole est un rôle passif qui ne va ni à ma nature ni à la vôtre. Nous aimons trop à regarder nos pieds, — vous mes bas rayés, moi vos bottes de sept lieues. Et puis, — nous nous arrachons l'encensoir des mains, et une fois que nous le tenons, c'est le pauvre thuriféraire qui s'y casse le nez.

Remarquez que je vous écris de Naples. Nous y sommes depuis deux jours. Nous n'avons encore rien vu. La façon de voyager dans ce pays-ci est originale , mais trop émaillée de soubresauts et

LETTRES

. — \h' c'esf bien joli en peinture le ces façons de charrettes qu'on appelle des tli • \\ani de pouvoir nous remettre

en mouvement, il nous faudra bien deui jours de repos, à manger «lu macaroni, et à boire du lacrj ma-christi.

J'ai seulement entrevu ce ciel bleu de l. Robert, il est assez ressemblant.

Figurez-vous... qu'il y a derrière cotre hôtellerie une treille napolitaine très-jolie. — J'ai • iute ma matinée à ma fenêtre, à contempler une façon de lazzarone qui dort dessous. — Il d'un plastique irréprochable. — Vingl it-être moins, \ u Le climat. — 1 au lait léger. — La peau Qne et du-

ine une ombre de moustache. — Les a noirs, bouclés, du Bacchus indien. — Ce manant dort avec nue souplesse... adorable : la trois-quarts, sur ses deux bras demi-nus nuque, les sourcils bien arqués, et de longs cils noirs, nue frange soyeuse qui ombre jusqu'aux pommettes; ses lèvres vermeilles laiss m entrevoir nne rangée de 'lents... qui brillent et scintillent, car à travei

pampres de la treille le soleil se joue sur ce visage au repos... C'est comme un Enclymion diurne, l'antipode de l'autre, — j'aime mieux celui-ci !

Ah! quel paradis, pensais-je, qu'une localité où un homme pareil a le loisir de dormir tout le jour durant. — Voir îNaples et mourir, dit-on ; quel bonheur d'y vivre, au contraire! — Quel admirable panorama que ce lazzarone et cette treille sous ce ciel bleu! — et je me dis que si ce dormeur venait à se réveiller, peut-être ferais-je bien de m'endormir gracieusement dans l'encadrement de ma fenêtre, — pour voir à mon tour l'effet que je produirais sur lui.

Vous allez me trouver bien folle, carissimo mio... mais — réfléchissez que le dormeur n'est qu'une créature brute et primitive, aussi me suisje sentie devenir tout à fait bête en le regardant — et

{Le reste manque.)

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