‹ Lettres de l'intendant Bigot au chevalier de Lévis [microforme]Chapitre 2 sur 15 · BTE DNA REG RER · texte numérisé non relu

BTE DNA REG RER

feroit pas peut-être plaisir à M. de Montcalm. Il pourra d’ailleurs ne pas suivre ce plan, d'autant mieux qu'un officier anglois qui est prisonnier chez les sauvages et qui voudroit nous toucher en sa faveur en a donné un autre, Je le remis à M. de Vaudreuil qui l’a adressé à M. de Montcalm. Aussitôt que nous aurons des nouvelles, je vous les ferai savoir.

Ilest très sûr que le 25 juillet, jour auquel l'ingénieur étoit devant la place et que trois déserteurs en sortirent, il n’y avoit que mille hommes de garnison en milice, qui ne demandoient qu’une occasion de nous joindre; mais les Anglois avoient deux bons régiments à portée de donner du secours, lesquels, joints aux bateliers qui devoient les descendre, feroient un furieux renfort, et je doute qu’ils n'aient pas été avertis par les sauvages des Cinq-Nations, qui se sont malheureusement trouvés en chemin pour venir ici, moitié par Niagara et l’autre en droiture pour Montréal, où ils sont, Il est sûr qu'étant informés de notre marche, ils auront dépêché les meilleures jambes pour informer l'ennemi, En ce cas, nous en tirerons l'avantage d’avoir fait diversion.

Nous gardons les Cing-Nations jusqu’à la semaine prochaine,

Honorez-moi, je vous prie, de la continuation de votre amitié, Soyez bien convaincu de ma reconnoissance et du sincère attachement avec lequel j'ai l'honneur d’être, etc.

Montréal, 10 août 1756.

J'ai reçu la lettre dont vous m'avez honoré le 5. Je suis bien persuadé de toute votre attention à faire exécuter vos ordres sur les consommations. Le dernier voyage de M. de Bleury vous aura procuré de bons articles, et, pour peu que vous soyez approvisionné, le va-et-vient de Saint-Jean à Carillon vous fournira suffisamment.

M. Perthuis, qui parle bon anglois, a interrogé les prisonniers de M. de Beaujeu. Il parott toujours, suivant les dépositions, que les Anglois en veulent à la Pointe; mais cela n'est pas décidé pour cette année, A savoir si le comte Loudon trouvera tout assez préparé pour faire cette entreprise. Un de ces prisonniers, et qui paroît dire la vérité, prétend qu'il n’y sera employé que sept à huit cents hommes, et que, si on ne fait pas cette opération cette année, on fera un fort à l'endroit où M. de Dieskau laissa les bateaux l’année dernière, à la faveur de l’armée qui en protégera la bâtisse, Pour moi, j'ai peine à croire que le comte Loudon, qui est sans doute un homme de guerre, reste oisif le reste de la campagne, surtout s’ils perdent Chouaguen, comme il y a apparence.

M. de Vaudreuil est dans le dessein de marquer à M. de Montcalm de lui faire passer deux bataillons, aussitôt Chouaguen pris. Tout sera prêt pour leur passage à la Prairie, et ils vous parviendront, partis de Chouaguen, en peu de jours.

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Il n’y avoit encore, le 27 juillet, à Chouaguen que huit ou neuf cents hommes, suivant la déposition d’un homme de Corlar même, qui dit que l’on ne pensoit pas à y renvoyer des bateaux depuis le coup que M. de Villiers avoit fait sur eux; que ces mêmes bateaux avoient remonté à Corlar et qu’ils y étoient encore, Je regarde Chouaguen pris, et s’il l’est, j'en aurai d'autant plus de plaisir que toutes les lettres venant du fort Frontenac portoient qu’il y avoit trois mille hommes ; et M. de Montcalm est parti dans cette incertitude, quoique nous fussions presque sûrs qu’il n’y avoit, le 25 juillet, que neuf cents hommes; et nous le lui avions dit. Si au contraire nous étions repoussés à Chouaguen, M. de Vaudreuil vous enverra toujours un bataillon de renfort et plus, si on voit quelque certitude que cela soit nécessaire ; il connoît la conséquence de vous renforcer,

L'officier prisonnier des sauvages, dont vous me faites l’honneur de parler, est encore au Sault-Saint- Louis, Il en impose dans ses dépositions ; il fait monter les forces angloises au double, La gazette de la Vieille-Angleterre ne les fait monter en toute la Nouvelle qu’à douze mille, en comptant le secours du général Loudon ; ce qui me feroit croire volontiers qu’il n’y aura pas plus de huit mille hommes à l'expédition de la Pointe. Ils en ont à garder les frontières de la Virginie, de la Pensylvanie ; suivant les nouvelles que nous avons de la Belle-Rivière, ils s’y tiennent sur la défensive et ne pensent point à y attaquer.

Nous avons reçu un exprès de France, de la part de la cour, pour nous informer que le Roi a pris le parti de s'emparer de l’île de Minorque pour se dédommager

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des pirateries des Anglois. La lettre est du 20 mai, et elle espère que l’on s'emparera de la citadelle, Vous verrez par mes nouvelles particulières qu'elle n'étoit pas prise le 21 mai, et que l’escadre de M, de La Galissonnière s’étoit battue contre l'amiral Lency (sic).

Monsieur le garde des sceaux nous envoie l'ordre du Roi pour autoriser à armer en course,

L’Angleterre nous a déclaré la guerre le 17 mai, La cour ne le savoit pas encore lorsqu'elle nous a écrit, On m'a adressé la déclaration dont je vous envoie copie,

Autre nouvelle bien intéressante est le traité que nous avons passé avec la reine de Hongrie, offensif et défensif,

J'ai l'honneur d’être avec le plus sincère et parfait attachement, etc.

BiGor.

P. S.—L'officier anglois fait prisonnier par M. de Beaujeu vient d’être interrogé. Ce n’est pas grand’chose, et il paroît être meilleur habitant que militaire. Il croit fermement que le comte Loudon a mené dix mille hommes de troupes de la Vieille - Angleterre, sans compter les femmes et enfants. On le lui a fait accroire ; il est sûr que ce milord est arrivé,

J'ai fait voir au chirurgien-major de la place l’état des remèdes qu’on vous a remis et que vous m'avez adressé, Il prétend qu’il y a abus dans cette consommation de la part des chirurgiens.

Il vient d’être envoyé à Carillon deux coffres de remèdes, Le sieur Feliz m'a dit qu’il alloit encore faire

un envoi des drogues demandées, qui ne sont pas comprises dans les deux coffres,

M. Drouillon, porteur de la présente, qui arrive de France et qui avoit été fait prisonnier à la Belle- Rivière en 1754, m'a prié d’avoir l'honneur de vous le recommander,

Montréal, 14 août 1756.

J'ai reçu la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire le 10 du courant,

J'ai celui de vous renvoyer l'état des instruments de chirurgie que vous m'avez adressé, Il est répondu par le chirurgien-major de la place. Vous verrez, Monsieur, qu'il en a été envoyé suffisamment pour l’armée, Il y a à cet égard, comme sur les remèdes, beaucoup d'abus. Le sieur Arnoux m'a dit, à son retour de Saint-Frédéric et de Carillon, qu'il n’y manquoit rien de ces deux objets, et qu’il étoit inutile d’y en faire passer. Je sais d’a.lleurs que le nommé Bertenet, attaché à la Reine, a perdu, étant ivre, son étui portatif avec tous ses instruments. Il en a demandé le remplacement ; on le lui a refusé, et il voudroit que le Roi les lui rendit, Ce sont des dépenses bien exraordinaires ; c'est à lui à s’en fournir,

Il sera cependant envoyé incessamment d’autres remèdes, et le plus qu’il sera possible,

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Nous attendons avec impatience des nouvelles de M. le marquis de Montcalm.

Conservez-moi, je vous price, une part dans votre souvenir et soyez bien convaincu de l’inviolable et parfait attachement avec lequel j'ai l'honneur d’être, etc,

Montréal, 19 août 1756.

M. de Vaudreuil vous fait le détail de la prise de Chouaguen, ainsi je n’aurai que l'honneur de vous en informer, Elle n’a coûté que deux hommes et dix ou douze Canadiens blessés, Le seul coup malheureux que nous ayons eu est la mort de M. Des Combles, ingénieur, qui fut pris pour Anglois par un de nos sauvages du Lac et le plus affidé, et qui, en conséquence, lui tira un coup de fusil dont il mourut peu de temps après. M. de Vaudreuil vous fait part sans doute des secours qu'il va vous envoyer. Il demande à M. de Montcalm un bataillon à faire partir sur-le-champ et ensuite les deux autres.

Québec, 25 août 1756.

J'ai reçu la lettre dont vous m'avez honoré le 17 août, Je suis bien mortifié de votre incommodité et j'appren-

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drai avec grand plaisir que vous ne vous ressentez plus de votre foulure,

L'accident arrivé à nos trois soldats n’est pas extraordinaire; on doit s'attendre à de pareils événements pour ceux qui se sépareront du gros de la troupe. Il n'est point douteux que l’Anglois n'ait, comme nous, néanmoins en plus petite quantité, des découvreurs qui vont et viennent, Nous sommes sûrs qu'ils ont des compagnies matachées et habillées en sauvages ; ils en ont même parmi eux qui sont Agniers. J'espère encore qu'ils ne vous attaqueront pas, et, si les autres bataillons vous joignent, je serai fort tranquille, Ce sont les vivres seuls qui m'inquiéteront,

Je n'ai pu avoir du monde pendant mon séjour à Montréal que pour vous approvisionner tel que vous vous trouvez à présent, Lorsque j'y suis arrivé, on ne pouvoit qu'avec bien de la peine faire face à votre consommation journalière, quoique vous ne fussiez pas deux mille hommes,

J'écris fortement à M. de Vaudreuil, en le priant de faire commander plus de monde pour les transports de Chambly à Sainte-Thérèse. Ce premier fort est plein de vivres, Je lui observe qu'il vaut mieux laisser faire la récolte des paroisses de ce canton comme elles pourront, que d’exposer votre armée à être prise par famine, en cas d'interruption de communication ; et je lui ajoute que vous me demandez pour deux mois de vivres. Je suis persuadé que M, de Vaudreuil fera de son mieux pour faire trouver du monde.

Je suis bien convaincu que M. de Vaudreuil s'en

db rapportera toujours à vous et à ce que vous lui proposerez,

nu: J'avois déjà ordonné au sieur Almain de se tenir à

“ès Carillon, et il me répond qu'il s’y conformera et que

Il vous l'avez demandé,

pub, Je marque à Montréal d'envoyer les scies pour le

qui À moulin que M. de Lotbinière demande, ainsi que

dos quelques autres articles.

sen Je doute que vous puissiez avoir de la mélasse au

core delà du nécessaire à l'hôpital, parce qu’il faut porter, par

tail. préférence, des farines et vivres. Ainsi l’arrangement \]

à 1é de donner de la mélasse en place de l’eau-de-vie ne pourra guère avoir lieu,

su à J’arrivai hier de Montréal. Ma présence étoit néces-

vos saire ici, mon absence ayant retardé plusieurs parties

ep du service, Nous mettons après-demain à l’eau notre

rate frégate,

Québec, le 11 juin 1757.

Je souhaite être le premier qui vous fasse son compliment sur le bâton de maréchal de France que le Roi vient de donner à M. le duc de Mirepoix; le mien est des plus sincères, Personne ne prend plus de part que moi à ce qui vous intéresse, Je suis persuadé que le public et le militaire en auront été charmés ; il est généralement aimé.

Le Roi en a fait huit qui sont : le marquis de Senneterre, le marquis de la Tour Mauboursg, le duc de Biron, le comte de Lautrec, le duc de Luxembourg, le comte d’Estrées, milord Clare et le duc de Mirepoix.

Québec, le 28 juillet 1757.

J'ai l'honneur de vous adresser une lettre à votre adresse, Elle m'a été très recommandée. Il y a dedans une croix de Saint-Louis. Je profite avec grand plaisir de cette occasion de vous donner de nouvelles preuves du sincère et respectueux attachement avec lequel je suis, etc.

Québec, le 27 décembre 1757.

Je saisis avec grand plaisir l’occasion que me procure la nouvelle année de vous renouveler les assurances de mon attachement, Personne ne sauroit vous souhaiter de meilleur cœur et avec plus d'affection l’accomplissement de ce que vous méritez. Honorez-moi, je vous prie, de la continuation de votre souvenir et de vos bontés ; je ferai de mon mieux pour les mériter,

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Québec, le 7 février 1758.

A votre seule considération, j'envoie à M”° veuve Cabanac deux cents livres, quoique cela soit peu de chose, vu le prix où tout est porté. Je ne peux faire mieux à cause des conséquences, C’est d’ailleurs à M. le marquis de Vaudreuil à avoir soin des veuves d'officiers ; cette partie ne me regarde pas; il a des fonds pour cela ; ils diminuent bien en temps de guerre et, par conséquent, la part de cette dame doit être dans ce cas.

Honorez-moi, je vous supplie, de la continuation de vos bontés et de votre souvenir. Vous m'avez fait espérer que j'aurai l'honneur de vous voir à Québec; je vous le rappelle, Je crains bien que le séjour de M. de Montcalm ici ne vous retienne à Montréal,

Québec, le 13 mars 1758.

Je n’avois demandé à M. Péan si vous aviez reçu la lettre que j'avois eu l'honneur de vous écrire au premier jour de lan, que dans la crainte que vous m’eussiez cru capable de manquer aux attentions que je vous dois par devoir et par inclination. Je vous suis trop attaché pour laisser échapper une occasion de vous renouveler mes sentiments et de vous prier de m’honorer de vos bontés.

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Je suis bien sensible au plaisir que vous m'avez fait de m'envoyer votre mémoire sur les limites. Recevez-en, je vous prie, mes remerctments. Je l’ai lu avec attention et personne n’en a eu connoissance, Il ne pouvoit être que très bien dressé, l’étant par vous, et il m'a paru, compliment à part, très juste, précis et convenable aux deux couronnes. La nature semble avoir fixé lès limites que vous proposez,

Les quarante lieues que vous réservez pour être en friche, tant en deçà qu’au delà de la hauteur desterres, nous seroient très avantageuses, parce que le bois est notre fort, et qu’il est au contraire de l'intérêt de l'Anglois de défricher sur ses frontières, et je doute qu’il accorde cet article. Mais il ne nous sera pas possible, à cause de l'éloignement, de fournir, comme vous le proposez, en commun avec l’Anglois, le long de la Belle-Rivière, des marchandises aux sauvages dans les quarante lieues qui doivent nous servir de limites en decà et au delà des Apalaches.

Les Anglois, étant, pour ainsi dire, chez eux, y feront tout le commerce, et il est à craindre que les sauvages de ce continent, nous perdant de vue et ne recevant leurs besoins que de l’Anglois, ne se déclarent contre nous à la première guerre, :

J'aurois préféré que le commerce se fît le long et sur le bord de la Belle-Rivière, et qu’on permît aux Anglois d'y venir, quoique sur nos terres, pourvu qu’ils n’y fissent pas d'établissement et que notre fort subsistât, sous condition en outre qu’ils ne pourroient passer en decà de la Belle-Rivière,

z fait Il ne seroit pas en effet possible aux Trançois de z-en, fournir aux besoins des sauvages de ce continent sans ntion les Anglois, en admettant même la traite le long et sur t être le bord de la dite rivière. Ces sauvages d’ailleurs font paru, des pelleteries que nous ne leur prenons pas, à cause e aux de leur bas prix en France et de la difficulté du transmites port. Ils pourroient se détacher de nous, si nous les privions du moyen de s’en défaire ou si nous les forcions re en d'aller les passer chez les Anglois, dessus ou au delà des erTes, Apalaches,.

is est Le: limites que vous proposez du côté de l’Acadie êt de sont aussi de convenance pour les deux couronnes ; doute mais j'aurois souhaité que nous eussions pu bâtir des a pas forts de notre côté, à un éloignement honnête de l’isthme omme qui resteroit neutre, puisque les Anglois en ont dans long l’Acadie, Un fort nous y seroit nécessaire pour protéger vages et engager des habitants de venir peupler cette frontière ;

ir de si nous n’y en avions pas, personne ne s’y établiroit, () Vous m'avez permis de vous dire ma facon de penser; je la soumets à la vôtre. Au reste mes réflexions sont

un petit objet,

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Québec, le 25 mars 1758.

Je suis bien flatté que vous n'ayez pas désapprouvé mes petites réflexions sur votre mémoire, L'observation que vous faites, qu’il convient de ne point bâtir de fort sur le bord de la mer dans notre frontière de l’Acadie,

est des plus justes. Cette idée ne m'étoit point venue, Les bois sont les meilleurs forts que le pays puisse avoir,

Je souhaiterois, Monsieur, trouver des occasions plus essentielles de vous prouver mes sentiments, et ce que je fais pour vous procurer un secrétaire ne mérite pas tous les remerctments que je reçois de vous. Honorezmoi, je vous prie, de la continuation de votre amitié ; je ne négligerai rien pour la mériter.

Québec, le 26 mai 1758.

Je n'ai su que depuis peu la perte que nous avions faite de M. le maréchal de Mirepoix. J’ai d’abord pensé au chagrin que vous en auriez et j'y ai pris toute la

part possible, C'est une perte pour l'Etat, à laquelle tout le monde aura été sensible. Comme citoyen, je le regrette beaucoup, mais encore plus par rapport à vous, parce que vous lui étiez fort attaché et qu’il vous payoit de retour. Personne ne prendra jamais plus de part que moi à ce qui vous regarde. Faites-moi la grâce d’en être persuadé,

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Québec, 14 juin 1758.

Monsieur le marquis de Vaudreuil ne pouvoit mettre en meilleures mains la petite armée qu’il vous a donné à commander, et je suis même garant que tout le monde pense de même, Je fais ce que je peux, Monsieur, pour que rien ne vous manque. J'ai déjà écrit en conséquence et j'ai fait passer tous les canots d'écorce des Trois-Rivières à Montréal, et j'ai fait acheter dans cette dernière ville ceux qu’on a pu trouver. Il me reste seize bateaux du cent à vous faire passer d'ici; les troupes qui sont encore à Québec vous les mèneront. Il doit y avoir déjà à Montréal assez de farine, graisse et vivres rendus pour votre opération, ainsi que des étoffes pour vos équipements.

Je fais partir demain M. Meslié, écrivain de Roi, pour faire fonction de commissaire sous vos ordres ; il emmène deux commis entendus pour les vivres.

Vous me ferez grand plaisir si vous voulez bien m’honorer quelquefois de vos nouvelles. Personne ne prendra plus de part que moi à tout ce qui pourra vous arriver,

Faites-moi, je vous prie, la grâce de m'accc.der un peu de part dans votre souvenir, je le mérite par le sincère et respectueux attachement que je vous ai voué et avec lequel j'ai l'honneur d’être, etc,

BiGot.

P.S.— IL y a quatre navires arrivés à l’Ile-aux- Coudres de la troisième division, il y a des vivres dans

trois pour le munitionnaire. Elle a été escortée jusques hors des caps par un vaisseau de quarante canons et deux frégates, sans quoi le convoi auroit été pris, de forts corsaires ne les ayant pas abandonnés,

L'arrivée de la troisième division me fuit désespérer de la seconde,

Il y a aussi deux navires de Bayonne arrivés pour le munitionnaire.

Québec, 10 juillet 1758.

J'ai été bien mortifié de voir que M. de Vaudreuil avoit été obligé de retarder votre expédition ; il falloit qu’il fût au plus pressé. Dans quelque lieu que vous soyez employé en chef, soyez convaincu, je vous prie, de toute l'attention que j'aurai à ce que votre armée soit pourvue le mieux qu'il sera possible, Je pense d'avance à bien approvisionner Niagara, pour qu’on y trouve une ample subsistance en temps et lieu.

Nous avons en rivière trois frégates du Roi, dont deux étoient sorties de Dunkerque pour escorter trois navires chargés de riz et de blé. Elles se sont battues, au sortir de la Manche, contre deux vaisseaux de guerre qui les abandonnèrent pour courir après les trois marchands. La nuit survint, et ils les cherchèrent inutilement le lendemain; et les frégates, en faisant route pour Québec, ont trouvé deux malouins sortis de

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Brest avec trois mille quarts de farine et soixante milliers de poudre; elles les ont escortés. Nous avons aussi en rivière deux rochelois chargés de vivres pour le Roi.

Un corsaire de Granville qui alloit faire la pêche à Gaspé, a pris un anglois chargé de marchandise fine, qu’il estime cinq à six cent mille livres. Il a abandonné la pêche et conduit la prise ici.

Il y a aussi un bâtiment parti de Louisbourg le 18 juin, qui dit que les Anglois ont tenté à s'emparer de l'île de l'entrée du port; mais qu’ils y ont échoué; qu'ils ont perdu mille hommes et leurs voitures. Il leur en arriva autant la dernière guerre; M. d’Aillebout y commandoit. J'attends avec impatience l’arrivée de ce bâtiment, parce que j’y aurai des lettres. Les Anglois faisoient une batterie à la tour de la Lanterne, vis-à-vis cette île, pour la canonner; cela n’aboutira à rien. Ce bâtiment a entendu, toute la nuit de sa sortie de Louisbourg, un combat à coups de canon.

Voilà toutes nos nouvelles. Je souhaite bien ardemment en apprendre de bonnes de chez vous.

Québec, 13 juillet 1758.

Avec quel plaisir n’ai-je pas appris toute la part que vous avez eue à la victoire complète que les troupes du Roi viennent de remporter sur les Anglois. Vous n’aviez pas besoin d’une pareille journée pour vous faire une

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réputation, elle étoit établie; mais elle s’est bien confirmée. L’éloge que l’on fait de votre fermeté et de votre sang-froid est général, Vous avez été d’un grand secours à M. le marquis de Montcalm. J'ai l'honneur de vous en faire mon compliment de grand cœur, et de vous en être tiré sain et sauf. Vous devez être bien fatigué, Que votre zèle ne vous emporte pas trop. Je vous souhaite une parfaite santé, et faites-moi la grâce d’être bien convaincu que personne ne prend plus de part que moi à ce qui peut vous regarder,

Québec, 21 août 1758.

J'aurai grand soin de mettre sur le premier vaisseau

pour France, qui sera un du Roi, les lettres que vous m'avez fait l'honneur de m'adresser, et je ferai tenir à Péan, par la même occasion, celle que vous lui écrivez.

M. le marquis de Montcalm a la bonté de me faire part de ce qui se passe, Je serois bien mortifié de vous occasionner cette peine. Je réserve vos bontés pour moi pour d’autres occasions.

Nous avons au Bic l'Outarde, flûte du Roi, avec le Don-Royal, navire de La Rochelle. Ils sont partis le 28 juin de Rochefort avec l’Aigle, de cinquante canons, armé en flûte, et sept navires marchands de La Rochelle, Ils sont tous chargés de vivres et de marchandises, Ils se sont tous séparés trois jours après leur départ. Je n'ai

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point encore reçu nos lettres de l'Outarde ; je compte que ce sera pour demain, Il n’y a pas une nouvelle par le navire le Don-Royal, qui a envoyé ses lettres au commerce; elles sont toutes du mois d'avril,

Le commandant du port Toulouse dans l'Ile-Royale, nous a envoyé un petit bateau pour nous informer de la situation de Louisbourg. Voici un extrait de ce qui s’est passé, que je trouve mieux que celui de cet officier; * il vient d’un homme que le munitionnaire y avoit envoyé pour faire quelques affaires; mais le capitaine d’une goélette que j'y ai envoyée d'ici est entré dans son canot à Louisbourg le 25 juillet. Il me portera bientôt ou m'enverra la réponse à mes lettres à MM. Drucour et Prévost.

Honorez-moi, je vous prie, de la continuation de vos bontés, je le mérite par l'attachement que je vous ai

voué, Bicor.

P. S.— Je ne perds point de vue de faire passer le plus de vivres qu'il sera possible sur le lac Ontario.

Du 22.

Je viens d’avoir des lettres de l'Outarde, M. de Moras s’est retiré le 24 mai ; M. de Massiac, lieutenant général de la marine, l’a remplacé ; M. Le Normand est adjoint, Nous en changeons comme de chemises; aussi nos affaires vont fort mal par terre et par mer.

* L'extrait dont il est ici parlé ne se retrouve point à la suite de cette lettre. Il était sans doute sur une feuille séparée qui a été perdue,—NoTE DE L'ÉDITEUR.

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Les Anglois ont brûlé tous les navires de Saint- Servan, dont il y avoit trente frégates de trente ou quarante canons, désarmés, faute de matelots, Les corderies, bois de construction, tout a été consumé. Ils ont sommé Saint-Malo de se rendre, et ils l’auroient escaladé sans un gros orage qui survint. M. d’Aiïguillon est venu à son secours avec huit mille hommes, Les Anglois rembarquèrent; ils avoient seize mille hommes de descente,

Le chevalier de Rohan a été pris montant un vaisseau de 74 etallant du Port-Louis à Brest. Les Anglois, à ce qu'on prétend, doivent se promener le long de nos côtes et en faire autant,

L’Aigle qui étoit le commandant (sic), aura nos lettres du nouveau ministre.

Le comte de Maillebois a fait un mémoire contre le maréchal d’Estrées, Le Roi a envoyé cette affaire aux maréchaux de France. Le premier a été reconnu calomniateur, renfermé dans une citadelle un an et un jour, et le maréchal, son père, a perdu ses charges et a été exilé.

Vous saurez tout cela par vos lettres,

M. de Paulmy a été pareillement exilé.

Québec, 6 septembre 1758.

M"° Péan me charge d’avoir l’honneur de vous adresser l’incluse. Je m’en acquitte avec d'autant plus de plaisir que cela me procure l’occasion de me rappeler à votre souvenir,

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Je ne vous parlerai point de tout ce qui vient de nous arriver sur le Jac Ontario, que je regarde perdu pour nous jusqu’à ce que nous le reprenions, Vous en êtes instruit comme moi.

Si les Anglois se sont maintenus à Niagara, il faut

le reprendre et faire un coup de vigueur, S'ils l'ont ‘

abandonné, il faut les empêcher de s'établir à Chouaguen, et aller ensuite reprendre notre poste à Frontenac et y construire, M. de Vaudreuil m'a demandé mon avis: c’est ainsi, pour moi, que je pense. Il en coûtera beaucoup de fatigues et d'argent; mais qu'y faire. On ne peut abandonner Niagara, sans quoi toute cette partie seroit perdue pour nous,

M. de Vaudreuil attend M. de Montcalm pour savoir sa facon de penser, Ils verront ensemble le parti qu’il

conviendra de prendre.

BiuorT.

P.S.— J’ai donné vos lettres au commandant de l'escadre qui part demain, c’est-à-dire celles que vous m'avez adressées après le départ de M. Péan.

Québec, 11 septembre 1758.

J'ai mis sur un second vaisseau du Roi les duplicata que je viens de recevoir, et qui étoient joints à la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire le 28 du mois dernier, Les dernières nouvelles de Carillon

portent que l’armée angloise diminue au fort Georges. Si cela est, je présumerois qu’elle augmente sur le lac Ontario; ce qui y rendra nos affaires encore plus mauvaises,

J'avois bien prévu dans mon dernier voyage de Montréal que les Anglois pourroient paroître sur le lac Ontario, et, en conséquence, j'avois ordonné à La Force d'armer une troisième barque et de m'envoyer l’état de ce qui manqueroit au senau anglois, Ma lettre est du 830 juillet ; il me répond du 21 août que la troisième barque est armée, et il m'envoie l’état de ce qu’il faudroit pour armer le senau anglois.

Lorsque j'appris que les Anglois marchoïient au fort Frontenac, j'espérois que ces trois barques auroient combattu les berges ou se seroient rendues à Niagara. Rien de tout cela : elles ont été rendues avec le fort, Je ne comptois pas en avoir fait préparer une troisième pour les Anglois ; ils n’en ont néanmoins conservé que deux, et ont brûlé les autres, comme vous l'aurez su, C'est une affaire à réparer, J'attends une décision de la part de M. de Vaudreuil, qui doit en conférer avec M. de Montcalm, sur le lieu à rétablir.

J'ai mandé mon avis, qui est Frontenac, en plaçant mieux le fort; c’est l'affaire de l'ingénieur, Vous serez instruit de tous nos mouvements de ce côté-là, ainsi je ne vous en parlerai pas.

Je travaille à faire passer tout ce qui est nécessaire ; ce qui ne sera pas une petite affaire,

Biaor.

P. S.— M. de Vaudreuil m'a envoyé copie de la lettre qu’il écrit au ministre. Il lui demande seulement

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des forces qui le mettent en état de combattre celles des ennemis qui sont considérables ; il se réserve de fixer le nombre à la fin de l’année, Honorez-moi, je vous prie, de la continuation de votre amitié,

Québec, 14 septembre 1758,

Je ferai tenir à M. Péan, par la première occasion, la lettre que vous lui adressez et qui étoit jointe à celle dont vous m'avez honoré le 5,

J'espère que nos affaires seront rétablies le printemps prochain sur le lac Ontario, puisqu'on est presque sûr, suivant les dernières nouvelles, que les Anglois n'ont pas été à Niagara, Ils ont manqué une belle occasion de s’en emparer, et qu’ils ne trouveront plus. Si nos barques nous eussent resté, il n’y auroit pas eu grand mal : il ne nous en auroit coûté que de l'argent pour réparer les vivres et les marchandises et les munitions de guerre qu’ils ont enlevés.

Je vois, Monsieur, que vous restez commandant de l’armée par le départ de M. le marquis de Montcalm, Elle est aussi en sûreté en vos mains que dans les siennes, et nous ne pouvons que bien tomber en généraux, Je ne pense pas que vous soyez attaqué de cet automne, Vous en serez peut-être fâché par le plaisir et la gloire que vous auriez à battre une seconde fois M. Abercromby.

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