XLV'II
Le 6 octobre 1759.
J'ai reçu la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire du 2, avec l’état de demande de M. de Caire, On va y faire travailler, et on enverra ce qui se trou vera de fait.
M. de Vaudreuil, à son passage aux Trois-Rivières, convint avec M. de Longueuil, qu’on pouvoit se passer d’enclore de pieux la ville ; la difficulté qu’on auroit eu d'en avoir auroit rendu la chose impraticable pour cette année,
Nous attendons la réponse à la lettre que vous avez écrite à M. Monckton depuis l’arrivée de M. de Bougainville, pour faire partir les deux goélettes. Le plus tôt retirer les bagages ne sera que le mieux. M. Bernier s'acquittera à merveille des commissions dont vous le chargerez. Ils se sont méfiés de M. de Bougainville, attendu que c’est un militaire, et ils ont cru qu'il venoit plutôt voir ce qui se passoit que traiter l'échange des prisonniers,
Je sais la difficulté de trouver des vivres aux Trois- Rivières comme partout ailleurs. Je n’en aurois pas accordé à M. de Pontleroy dans cette ville, s’il n’y eût pas été employé pour le service. Dans cette qualité, je lui ferai continuer ses rations comme à l’armée jusqu’à la sortie de la campagne ; je vais l'écrire à M. Tonancour.
Je donnerai un ordre au trésorier pour ne pas payer
le bon donné à Messieurs de Guyenne et la Sarre sur les six mille livres qui étoient à la disposition de M. de Montcalm.
Le 6 octobre 1759,
M. de Vaudreuil est décidé à faire hiverner ici les quatre bâtiments du Roi, dont les deux frégates qui sont aux Grondines sont du nombre. J'ai envoyé un Dussault pour juger de l'endroit de leur hivernement ; aussitôt qu’il aura fait son opération, il m'écrira, et
M. de Vaudreuil donnera l’ordre aux deux frégates du Roi de monter, et elles seront remplacées par deux du munitionnaire,
M. de Vaudray, à ce que me marque M. Querdisien, prétend qu’on a volé les effets qui sont venus pour Messieurs les officiers de terre, l’année dernière. S'ils l'ont été, cela ne peut être que par Messieurs les majors, puisque c’est sur leur billet, conformément à la distribution faite par M. le marquis de Montcalm, qu’ils ont été délivrés. Les recus de ces messieurs subsistent et il ne me viendra jamais en idée que ce soit...mais une sottise est bientôt lâchée. M. Querdisien me marque que vous avez eu la bonté de lui dire que vous en parleriez à ces officiers ; je vous en suis obligé. Si M. de Pontleroy m'eût donné un état des outils qui lui étoient nécessaires et de bien d’autres articles, lorsqu'il a été question de bâtir le fort de Jacques-Cartier, on auroit eu le temps de les faire faire, au lieu qu’ils ne pourront parvenir pour le présent qu’en partie ; ce qui retardera les ouvrages.
Le 10 octobre 1759.
J'ai recu les deux lettres que vous m'avez fait l’honneur de m'écrire le 5 du courant et une du 7.
On a bien de la peine à faire faire quelque chose aux habitants de ce gouvernement; j'espère cependant y
réussir, J'ai fait partir aujourd’hui le sieur Réaume pour faire battre du blé pour votre armée.
Personne ne seroit plus porté que moi à rendre tous les services qui pourroient en dépendre, et de faire les petits plaisirs, qui sont souvent des plus indifférents au service, à Messieurs les officiers de terre. Mais j'ai reçu des lettres de la cour au sujet de la finance, que je n'ai lues que depuis peu, dont sûrement j’exécuterai la teneur. Elles sont si dures que je ne peux douter que, sur les projets qu'on lui envoya l’année passée de changer la forme, on ne lui ait marqué que j'en mettois dans la poche autant que j'en voulois. Le projet est pitoyable, et celui qui l’a donné n’entendoit pas mieux cette partie que la cour. Mais comme on fait parler le Roi, qui m’ordonne de n'avoir de complaisance pour personne, trouvez bon que l’état-majoi ne soit pas mieux partagé pour les lettres de change que les particuliers. Je suis mortifié, je vous assure, d’être obligé de vous refuser.
M. de Vaudreuil m'a fait voir toutes les pièces que vous lui avez adressées au sujet des affaires traitées par M. Bernier. Il ne seroit pas éloigné, à ce qu’il m'a paru, d'entrer en pourparler de la tranquillité dont M. Destor vous avoit parlé, supposé que cela vînt d'eux.
Je vais chercher les deux plus grandes goélettes pour les équipages des officiers, et elles s’arrêteront chez vous pour prendre vos ordres,
M. de Vaudreuil a refusé le passage à des particuliers d'ici; je lui avois dit, le même jour que j'arrivai, que tous ces passages ne convenoient pas, que du moins je le pensois de même,