‹ Lettres de la duchesse de Broglie-- 1814-1838Chapitre 10 sur 33 · Le duc de iKival · texte numérisé non relu

Le duc de iKival

Sois assez bonne, chère, pour m'écrire ce que tu entendras dire des Dix années d'exil * et ton impression.

A Madame Anisson du Perron.

Cauterets 22 août 1822.

Chère amie, j'ai reçu enfin une petite lettre de toi, je t'ai écrit une fois d'ici, je m'y trouve mieux qu'à Bonne, car le pays est beaucoup plus beau, et je suis vraiment ravie de ce que je vois. J'ai été à Gavarnie, au pont d'Espagne, partout où il faut aller, Gavarnie est une vue bien originale, cela ressemble au Colysée; les montagnes forment un cirque, on les dirait de marbre; mais ce cirque a douzecents pieds de haut, et de tous les côtés tombent des cascades. Voilà, pour le ter-

li Ouvrage posthume de madame de Staël.

rible, mais ensuite la vallée d'Argelès est ravissante de fertilité et de douceur, on sort des neiges et des déserts pour rentrer dans un climat d'Italie, et dans une abondance de toutes choses merveilleuse. On jouit donc beaucoup du pays, mais, du reste, la vie est triste et ennuyeuse; après avoir tout vu, je ne serai pas fâchée de partir pour retrouver Coppet.

M. de Lascours a passé plusieurs jours avec nous; cela a été ma plus grande ressource sociale. Je serai à Coppet le 20 septembre.

M. Mole aura probablement déjà passé; je regrette beaucoup de ne pas l'y voir. Dis-lui bien des choses de ma part, et aussi que j'aurais bien désiré lui faire les honneurs de Coppet. S'il y est après le 20, je crois bien que nous ne tarderons pas notre arrivée plus que cette date. Victor est, grâce à Dieu, beaucoup mieux. Je jouis de lui voir une excellente mine; je suis aussi plus heureuse d'être plus en intimité avec lui ; nous travaillons toujours dans la même chambre, ce qui m'est fort doux. Parle-moi de toi, de ta santé, de ta disposition; je te remercie d'être jalouse et.

en revanche, je te prie de m'aimer toujours et de ne pas me faire d'infidélités. Voici une lettre pour Prosper. Adieu, chère amie, je t'embrasse bien fort.

A Madame Anisson du Perron,

Coppet 16 septembre 1822.

Chère amie, je t'écris deux mots en arrivant à Cbppet ; je n'ai pas pu t'écrire de la route, car j'étais si fatiguée que tout ce que je pouvais faire, c'était d'écrire quelques mots à Victor. Je suis pourtant arrivée à bon port, mais bien éreintée. J'ai trouvé le pays plus beau que jamais, il me semble que je ne le connaissais pas, cela me donne une plus grande envie de t'y voir; il me semble que de nous promener sous ces beaux arbres en voyant le lac te ferait du bien; il y a ici pour moi bien des pensées mélancoliques qui seraient

LETTRES DE LA DUCHESSE DE BROGLIE. iOl

en accord avec toi. Je n'ai point encore de nouvelle de Victor S son absence me pèse bien, mais il me semble que la vie d'ici me plaira; pourtant il ne faut rien dire avant d'avoir essayé la solitude pour quelque temps. Les bonnes gens du village m'ont reçue avec une affection qui me va au cœur; j'aime nos paysans suisses, ils sont très attachés quoique l'on sente pourtant le pays de l'égalité. C'est une chose qui, je l'avoue, me plaît beaucoup, comme je t'avouerai les larmes qui me sont venues aux yeux en retrouvant sur les enseignes libei^té et patrie^ et sur les bornes des grandes routes la loi défend. Pardonne-moi mes enfantillages républicains ; le fait est qu'aujourd'hui en France, nous n'avons aucun sentiment de monarchie ni de république, notre gouvernement ne va ni à Tàme ni au cœur de personne et les opposants non plus. Chère amie, tout cela t'ennuie sans doute. Je voudrais te voir entreprendre un voyage, ranimer ton imagination par des objets nouveaux, et puis, après cela, essayer d'une vie calme et

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