‹ Lettres de la mère Agnès Arnauld, abbesse de Port-RoyalChapitre 10 sur 246 · II. — Al' PAPE · texte numérisé non relu

II. — Al' PAPE

contredire la créance qu'ils ont de la réelle présence de Jésus- Christ en rEucharistie^ tant ils commettent d'irrévérences èslieux sacrés où il repose : pour l'honneur et ornement de la sainte Église qui ne fait pas^ ce semble^ assez de montre du précieux trésor qu'elle possède^ qui éclatera à toute la terre quand cette lumière sera posée sur le chandelier d^un Ordre particulier : pour le secours de la même Église qui n^est jamais sans Fassistance de son Époux^ mais qui manque à s'en prévaloir^ n'ayant pas encore commis des ânaes pour lui faire continuellement la cour et l'empêcher de s'endormir sur les nécessités de son Épouse, au nom de laquelle elles crieront incessamment : Sauvez-nous^ Seigneur, car nous périssons ; afin que la sainte Eglise^ comme Taurore^ aille toujours croissant en piété^ en ce qu'après avoir institué une fête solennelle pour la vénération du Très-Saint-Sacrcment^elle ajoutera un Ordre qui lui sera tout consacré et qui , au nom de tous les fldèles^ rendra à Jésus-Christ la juste rétribution de sa perpétuelle résidence en ce divin mystère^ par une continuelle assistance aux pieds de son avitel : au n de donner sujet à sa majesté de répéter plus amoureusement ces paroles : Mes délices sont d'être avec les enfans des hommes, quand* il aura des âmes qui ne chercheront autres délices que de raccompagner : que Jésus-Christ semble demander au chef de son Église qu'il le fasse chef d'un Ordre, parce qu'il veut établir une nouvelle Jérusalem en la terre, de laquelle il soit lui-même la lampe, sans ({u'il soit besoin de prendre lumière des autres religions, (car) il cherche des tabernacles non point faits de moins (dliommes), mais vivans et spirituels.

Pour ces fins, il plaise à Sa Sainteté dégager les âmes qui lui présentent cette très-humble requête de l'obligation qu'elles ont à l'Ordre de Citeaux, auquel elles ont fait leur pi^fession, et tâché depuis plusieurs années de vivre en bonne observance* ce qui leur a été très-difficile pour le peu d'assistance qu'elles ont reçu des supérieurs dudit Ordre^ et qui se pourroit encore plus malaisément continuer, à cause des relâchemens qui s'augmentent de jour à autre en icelui; joint le droit de nomination qu'a le roi sur les abbayes de cet Ordre, qui est cause que les réformes, établies de longue main, périssent en un

A LETTBES DE LA HàRB AGRÉ».

moment par la succession des abbesses qui y entrent plus sur la considération de la grandeur de leur extraction qu autres respects, qu^eu égard au mérite de leur vie; duquel inconvénient cet Institut, fondé en élection et triennalité^ sera exempt, comme aussi Dieu aidant de tout danger de relaxation, étant établi sur la pierre ferme qui est Jésus-Christ, qui ne permettra pas que ces âmes jeûnent jamais de ses grâces, Tajant toujours avec eux. Que si elles étoient si malheureuses que de se départir de Tobligation d'être des victimes volontaires^ continuellement immolées a Tamour de Jésus-Christ qui sWre incessamment par un excès de charité en ce Très-Saint-Sacrement pour être tout à elles, il faudroit que TÉglise trouvât de nouvelles censures pour fulminer contre une infidélité si détestable^ et que Dieu fit un nouvel enfer pour punir Tingratitude incomparable de ces créatures qui auroient cruciflé le Seigneur de la gloire séant au trône de son inestimable dilectîon. Qu'il faut espérer au contraire que ces âmes^ gratlGées de la sainte Église de l'honneur d'une si heureuse condition, reluiront comme flambeaux au milieu de la nation perverse qui a oublié son Dieu qui est au milieu d'elle.

Et partant, prosternées derechef aux pieds de Sa Sainteté^ elles la supplient en toute humilité de leur accorder cette grâce d'être autant à Jésus-Christ que Jésus-Christ est à elles, et qu'il y ait quelque proportion entre l'infinité divine et la petitesse humaine, en ce que Dieu emploie toute sa puissance» qui n*a point de bornes, [>our gratifier les hommes, et qu'il y aura quelque nombre de personnes qui seront à lui de toute l'étendue de leur pouvoir. Que Sa Sainteté pourra aisément conclure, par le moyen de la rare doctrine dont le ciel Ta favorisée, qu'il d'y a rien si juste que cet Institut, parce que ce n'est pas une invention humaine, mais un projet divin, la merveille des œuvres de Dieu, qui doit être plus adorée que discutée, et quil ne faut pas douter si cet esprit est de Dieu, puisque c'est Dieu même. Ce qu'étant ainsi, Sa Sainteté est très-humblement suppliée de ne différer point Toctroi de cette grâce, pour obliger ces âmes de reconnoltre en Téternité la faveur qu'il leur aura faite d'ajouter quelques momens au temps qui leur sera donné pour un emploi qui sera leur félicité commencée.

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