CXVII.— A Mademoiselle Pascal
Il faut préférer la volonté de Dieu ^ toutes choses.
49 août 4650.
Je viens de recevoir votre lettre, et j'y fais réponse aussitôli en faveur de notre père saint Bernard^ afin de nous joindre à vous en cette solennité qui nous sera commune quand il plaira à Dieu. Cependant, ma chère sœur, vous commencerez d'être sa fille, si vous préférez la volonté de Dieu au désir que vous avez d'êlre de son ordre. Adressez-vous donc à lui^ et qu'il promette à Dieu pour vous que vous ne désirez rien dans le ciel et que vous ne voulez rien sur la terre, sinon qu'il soit le Dieu de votre cœur, et qu'il soi ta jamais votre seul et unique partage. Il n'y a point de religion, ma chère sœur, ni aucun genr^de vie qui donne cela, et cependant sans cette dispoai* tion foute la piété extérieure est vaine, et même Tintérieure^ qui consiste en des mouvemens de dévotion, s'ils n'asiujetis-
GXYI1I.»^A MAWMOinUM FAMÀL. 17B
Mnt entiërem6nt rftme à Dieu, pour ne yivre que de ta Tolonté qui doit être notre nourriture^ selon ce que dit Notre-Seigneur de lui-même : Ma viande est que je foise la volonté d$ mon Père.
Pour cette personne, il vous faut ramentevoir souvent cette vérité, que si Dieu n'édifie les âmes, on travaille en vain ; c'est pourquoi il faut plus prier pour elles, que non pas leur parler de Dieu^ sinon par Texemple qui est une sorte de langage que tout le monde entend et qui instruit mieux que tous les autres discours.
CXVIIL~A Mademoisalla Pascal.
Sur le refas que monsieur son père lui avait fait de lui permettre d'entrer en religion. — Et sur la soumission qu*elle doit avoir à ce retardement.
45 septewbre 4650.
Il faut recevoir la réponse que monsieur votre père vous a faite comme un arrêt de Dieu qui s'est réservé un autre temps pour vous faire la grâce d'accomplir ce quMl vous a fait la grâce do'^ésirer. Il y a des âmes qui seroient infidèles à Dieu si elles ne se bâloient d'exécuter les inspirations qu'il leur donne^ et vous le seriez, au contraire, si vous ne vous soumet^ tiez au retardement à quoi Dieu vous oblige, non-seulement extérieurement, mais aussi du cœur, en vous soumettant paisiblement aux ordres de Dieu et rendant cette nécessité volon* taire; afin qu'il soit vrai de dire que la loi n'est point imposée aux justes, parce que ne voulant que ce que Dieu veut, ils accomplissent ses lois et ses préceptes avec une entière liberté et sans aucune contrainte. Que si cela ne peut être encore en vous de la sorte, au moins rendez-vous-y de la manière que Notre-Seigneur Jésus-Cbrist nous Ta enseigné, lorsque prenant la personne des imparfaits, il dit à son Père : Que ma volonté ne soit pas faite, mais la vôtre ; témoignant qu'il sentoit une volonté qui répugnoit à Tordre de Dieu qui étoit qu'il soufl'rU.
Il ne faut plus que cette personne pense qu'à rendre ses devoirs à celui qui lui tient la place de Dieu, et qui a le pouvoir de la crucifier en la tenant attachée où elle est, ÔQ de la délivrer en lui donnant permission de ne vivre plus qu'à Dieu seul.
476 urnun db la mère aghèb.
Nous attendons des nouvelles de votre disciple. Je crains que votre absence n'éteigne son étincelle, car elle est encore bien peu allumée, et peu enracinée dans la vertu. C'est ce qui fait beaucoup hésiter pour entreprendre de servir les âmes, parce que si Dieu n'a commencé à les toucher puisnniment et à s'en rendre le maître, toutes les peines qu^on prend ne font que les ébranler et les persuader pour un temps^ jasqu'à ce qu'il arrive quelque tentation qui renverse cet édifice qui n'avoit point de fondement. Je prie Dieu qu'il n'en soit pas ainsi de cette personne, mais qu'il la fasse entrer dans le premier degré de la vertu chrétienne, qui est d'être immobile dans le dessein de lui plaire.