‹ Lettres de la mère Agnès Arnauld, abbesse de Port-RoyalChapitre 104 sur 246 · CXIII.— A MademoiseUe Paical · texte numérisé non relu

CXIII.— A MademoiseUe Paical

Elle Teiborld à la soumission aux ordres de Dieu^ à tenir caché le Uleot quVIle a pour la poésie, et à servir le prochain selon les occasions que Dieu loi en offre.

22 juillet 4050.

Nous avons reçu vos lettres du 8 et du 12 de ce mois. Elles nous font voir, ma obère sœur^ que Tlieure n'est pas encore venue. II la faut attendre de Dieu avec une entière soumission à ses ordres, desquels dépend tout noire bien. Vous ne doutes pasque Dieu ne puisse tout ce qu'il veut; mais nous voudrions que sa puissance précédât sa volonté pour faire en notre faveur ce que nous voulons^ croyant qu'il le veut aussi; ce qoi n'est pas toujours de la sorte, parce qu'il donne souvent des volontés dont il ne donne pas Texécution, ce qu^il manifeste par les empéchemens qu'il fait naître; et lors il faut accepter les refardemens du même cœur que Ton accepteroit Peffet de son désir. Je prends cela^ ma chère sœur, pour une marque que Dieu se fle en vous, c'est-à-dire à la grâce qu'il vous a donnée, qu'il sait bien être assez forte pour ne point fléchir, et assez persévérante pour ne point manquer.

J'ai demandé à M. Singlin son sentiment sur ce que vous me mandez. Pour la première, il dit qu'il ne faut point que des religieuses travaillent pour la vanité, qu'il vaut mieux que vous y travailliez peu à peu pour vous occuper. Pour la seconde, il vaut mieux que cette personne cache le talent qu'elle a ' pour cela que de le faire valoir, car Dieu ne lui en demandera point compte, puisque c'est le partage de notre sexe que l'humilité et le silence.

C'est aujourd'hui un jour signalé * pour demander à Diett qu'il opère là conversion de ces deux personnes, à quoi vous

* Pour la poésie. M"* Pascal ayant mis en vers Thymne de TAscension, Jem», noêtra redemptio, on Fethoru à éofitîaoer. M ait ^e M eat icrapale, et éeriiît à la mère Agnès, qui lui ttt cette réponse. Ajiflt reçu ee MUMnl, elle renonça à la poésie.

* 22 juillet, fête de sainte Madeleine.

VOUS appliquez.Vous ne perdez pas voire temps dans le inonde si vous contribuez à une œuvre si excellente; après quoi Dieu vous convertira entièrement vous-même pour récompense d'avoir servi votre prochain selon les occasions qu'il vous en offre. Je vous supplie très-humblement, ma chère sœur, de demander cette grâce à Dieu pour nous^ puisqu'elle n'est accomplie qu'en la vie éternelle^ où nous serons délivrés de la source du péché qui habite toujours en nous, et qui empêche par son poids que nous ne soyons parfaitement converUes et adhérentes à Dieu.

GXIV.— A la sœur Anne-Marie de Sainte-Engénie Amaold d'Andilly >.

En lui envoyant une image de sainte Anne, elle Tengage à faire réflexion

sur la venu de cette sainte.

^ C(j27;tit7feM650.

Ha très-chère Qlle^ Depuis que ma sœur Anne* vous a écrit, l'on m'a donné une image de sainte Anne que j'ai été bien aise de vous envoyer^ afin que vous ayez vos trois saintes, et particulièrement la principale de vos patronnes, qui est celle à qui vous avez été offerte à votre baptême pour conserver votre première grâce sous sa protection. Je vous supplie de faire une petite réflexion sur la principale vertu de celte sainte qui a été l'acceptation de l'humiliation à quoi Dieu l'a réduite pour la disposer à la plus grande de ses faveurs, après celle de la sainte Vierge. Si toutes les âmes qui sont stériles dans la vertu avoient la même humilité que cette sainte, Dieu les béniroit enfln, et leur feroit porter des fruits de la grâce; mais il faut persévérer dans la prière comme elle a fait, car les dons de Dieu sont si précieux qu'ils veulent être demandés avec grande instance. Je vous supplie, ma chère fllle, de prier Dieu qu'il me fasse les mêmes grâces, dont j'ai plus de besoin que vous. Je suis entièrement à vous pour vous aimer de tout mon cœur.

* La sœur Anne-Marie de Sainte-Eugénie, cinauième GUede M. Amauld d^Andillj, oée en 4634 , fit profession en 4658. Elle est morte à t*ort-Rojal« des-Champs le 7 octobre 4 660.

* La s(Bor Aone-Eugénie de Plncarnation Arnauld.

GXV. — A MÂBBIIOISBUE PASCAL. ^73

CX¥.— A Mademoiselle Pascal.

11 faut suivre Dieu. Elle Pexhorle k attendre les moments de Dieu, et à renoncer à tout ce qui pourrait la retenir encore dans le monde.

5 août 4650.

n faut suivre Dieu et se soumettre aux empéchemens que sa providence permet qui arrivent. Il y a autant de mal à vouloir prévenir la volonté de Dieu comme il y en auroit à ne la pas suivre quand elle est présente. Peut-être avez-vous autrefois résisté à Dieu qui vous appeloit, et maintenant que vous voulez aller à lui il ne le permet pas, aOn de vous le faire davantage désirer. Hais il faut que ce désir soit de la nature de son principe ; et comme le Saint-Esprit, qui en est Tauteur, est un esprit de paix et de douceur^ il faut aussi que vous conservifi celte volonté dans la tranquillité de votre âme en réprimant ses mouvemens. Je ferai volontiers à Dieu cette protestation que vous voulez, et que je ne doute point que vous ne lui fassiez dans le secret de votre cœur, encore que vos sens y répugnent, ou bien il ne faudroit plus que vous disiez votre Pater, où Ton demande à Dieu que sa volonté soit faite en la terre comme au ciel. Celte demande enferme le renoncement à toutes les volontés que nous pouvons avoir qui ne sont pas conformes à celle de Dieu. Je crois aussi, ma chère sœur, que vous ne voudriez pas que les choses allassent autrement que Dieu ne l'ordonne, puisque ce ne sera pas la religion qui vous rendra telle que Dieu vous désire, mais la volonté de Dieu qui vous fera être religieuse au temps qu'il a déterminé pour cela, lequel vous devez ignorer, comme ces heureux momens que Notre-Seigneur disoit à ses apôtres que le Père éternel avoit mis en sa puissance.

Je suis bien aise que vous ayez prévenu le sentiment de M. Singlin. Vous devez baïr ce génie * et les autres qui sont peut-être causes que le monde vous retient, car il veut recueil* lir ce qu'il a semé. Notre-Seigneur fera de même quand il lui plaira ; il demandera le fruit de la divine semence qu'il a jetée

1 Le sénie de la poésie.

dans votre cœur qui se sera beaucoup multipliée par la patience. Cest tout ce qu'il vous demantle pour le présent.

GXVI,-'A Ma4«moi8«Ua Pascal,

Sur divers sujets.

46 août I6S0.

Pour ce que vous demandez, vous verrez vous'-méme ce qui sera le mieux ; il est difficile de vous donner conseil li-dessus, sinon, en général^ qu'il ne faut rien aigrir, ni aussi rien ramollir, mais imiter la sagesse de Dieu, qui dispose toutes choses avec force et suavité.

Pour ce qui est de cette personne, il me semble que cela va bien lentement, et que c^est peu d'avoir Tesprit persuadé, si Dieu en même temps ne s'empare de son cœur pour )ui faire bair ce qu'elle a aimé et la séparer d'une vie toute mon** daine, etc.

Ne nous faites plus tant d'honneur et de déférence, je vous en supplie. Nous n'usons point céans du mot de Révérence ; on dit simplement, ma mère ; et moi je vous dis avec pins dt vérité que de cérémonie, que je suis...

Page 1