CXXII.— A LA tCBUt SCZANNI Dl tAlHTI-CÉCItE
renouYelé le souyenir que j'ai de tous, et m'a donné la pensée de vous faire celle-ci^ pour me réjouir ayec tous de la grâce que vous avez reçue de la réception du saint babit^ que Notre» Seigneur a voulu qui fût en un jour si convenable que celui auquel la sainte Vierge lui fut présentée. Il me semble^ ma chère sœur^ que ce vous doit être une leçon pour toute votre yie^ considérant que Dieu vous a donné à imiter, non pas les travaux de la sainte Vierge dans sa vie laborieuse^ ni les angoifisea de son âme très-sainte transpercée du glaive de douleur; mais la simplicité de son enfance^ et la paix d'esprit qu'elle conservoit parmi des personnes si peu intelligentes des vérités de la loi nouvelle^ et toutes terrestres, sans se troubler de leurs désordres, comme s'il n'y eût eu an monde que Dieu et elle. C'est une grande perfection, ma chère sœur, et pour laquelle il n'est pas besoin d'avoir des talens naturels, mais seulement de renoncer à toutes les cupidités spirituelles, qui font qu'on se veut toujours produire au delà de son pouvoir, et même de son devoir. Car Dieu nous demande peu de choses extérieures, comme il se voit en la sainte Vierge^ qu'il a réduite à Tétat commun des enfans^ et n'a point voulu qu*elle manifestât rien des grâces si extraordinaires qu'elle avoit reçues, ni pour l'édification, ni pour la correction des autres; toute sa vertu étoit réduite à demeurer cachée en Dieu, et unie à lui dans le fond de son âme, non pas tant par des pensées^ que par un plongement (s'il est permis de se servir de ce terme) d'elle-même en Dieu, comme les poissons dans Teau^ à qui l'eau sert de rempart et de défense, de nourriture et de repos. C'est, ce me semble, de la sainteViergc, plus que de pas un autre saint, qu'on peut dire ce verset, qu'elle jouissoit d'une paix profonde y et quelle ne reticontroit rien qui la pût scandaliser, parce qu'elle ne s'occupoit de rien que de ce qui pouvoit entretenir sa paix et son adhérence continuelle à Dieu. Je^*
saÎDie Cécile le il. Mais ceUe lellre est du vingt-4rois novembre. Il parait <lofi€ quil y a erreur dans cette suscription. Mais le manuscrit étant d^une religieuse de Port-Koyai, on n'a pas cru devoir la changer.
La bceur Suzanne ue bainte-Gécile Robert était entrée k Portriiojral 1« 29 mal 4647; novice le t\ novembre 4047; proress»e le 6 mai 4649, et envojée peu après à Port-Koyal-deft-Champs. fc^fe est morte le 6 noyembre 4669.
VOUS supplie^ ma chère sœur, de lui demander cette grâce pour moi, comme je lui demanderai pour vous par l'iotercession de celle qui a été le modèle des religieuses dans les premières années de sa vie, comme elle Test de toute TÉglise dans la suite de ses actions toutes saintes. Je suis toute à vous, ma chère sœur. Nos trois sœurs vous saluent, et se recommandedt à vos prières.
GXXUI.— A Madame le Maître, sœur Catherine de Saint-Jean.
Pendant sa dernière maladie. — Ce qu*il tant faire quand on ne peat
pas beaucoup prier.
4 «' janvier 4 654 .
Ha très-chère sœur. Vous avez trop de bonté pour ne pas croire que nous sommes continuellement en esprit auprès de vous, pour compatir à vos maux, et prier Dieu qu'il répande ses bénédictions dans votre âme par la vertu de son précieux nom de Jésus. C'est le partage de ceux qui sont en l'état où vous êtes, et qui ne pouvant pas prier avec étendue, trouvent dans la seule prononciation de ce nom divin la plénitude des grâces qu'il vient apporter en la terre par la première effusion de son sang. Vous avez conformité avec ce divin Sauveur, ma très-chère sœur, par les souffrances qu'il vous fait porter; c'est pourquoi vous devez espérer qu'il vous la donnera aussi à la grâce qu'il vous a méritée. Rendez cet honneur à sa bonté qui est inflnie, de vous reposer tellement sur elle que rien ne puisse ébranler votre confiance. Séparez ce que vous êtes d'avec ce qu'il est en qualité de Sauveur, et dites-lui avec saint Augustin : « Seigneur, regardez, s'il vous plait, votre « œuvre en moi, et non la mienne; si vous regardez la « mienne, vous me damnerez; si vous regardez la vôtre, vous a me couronnerez. » L'on ne manque pas, ma Irè^hère > sœur, de vous inspirer de semblables sujets de confiance, mais il faut que Dieu vous parle au cœur pour vous faire entrer dans cet esprit d'adoption de ses cnfans, qui chasse la crainte par l'introduction de la parfaite charité. Il s'est donné à vous pour cela, ma très-chère, afln de vous mettre dans le cœur et dans la main (comme disoit notre bon père) un prix infini, pour opposer à la justice de Dieu qui n'a pu demander