‹ Lettres de la mère Agnès Arnauld, abbesse de Port-RoyalChapitre 116 sur 246 · CXXXVI.~A MademoiseUe Pascal · texte numérisé non relu

CXXXVI.~A MademoiseUe Pascal

Sur la mort de M. Etienne Pascal, son père, le 24 septembre 4654.

De Port-Royal, ce 26 sept, (4 654 ).

Ha très-chère sœur, J'aurois cru vous surcharger d'une lettre si je Tavois faite en même temps que vous receviez les visites de M. Singlin; maintenant que je vous vois seule, je vous assurerai par celle-ci que vous nous avez toujours été présente dans la douleur que vous avez soufferte et que vous souffrez encore d'une si grande séparation, daM laquelle on vous doit permettre tous les ressentimens qui ne vont point à l'excès, et qui n'empêchent point le parfait hommage que vous devez à Dieu dans cette rencontre. Je crois que c'est votre disposition, ma très-chère sœur, et que vous vous serez souvenue du mystère de la mort de Jésus, qui vous est arrivé en partage par une providence particulière de Dieu, afin qu'ayant envisagé tant de fois cette mort précieuse qui ne devoit jamais arriver en la personne de celui qui donne la vie à toutes choses, vous fussiez moins surprise de voir mourir ceux qui sont obligés à la mort, et par la nature, et par la conformité qu'ils devroient désirer d'avoir à relui qui est mort pour eux. Je crois, ma chère sœur, que vous ne cherchez que des con* solations solides, et que vous les trouvez en la vue de Jésus*

Christ crucifié et délaissé de son Père éternel^ après quoi il est juste que nous souffrions quil nous retire les nôtres, et que nous disions ensuite avec Jésus-Christ : Que la volonté de Dieu soit faite et non pas la vôtre. Vous eussiez bien eu le courage de quitter ce bon père, s'il eût voulu vous le permettre^ pour vous donner à Dieu ; et il a ordonné que ce seroit lui qui yoos quitteroity qui est un sacrifice plus rude que celui que vous vous étiez proposé^ et auquel il vous oblige de mourir deux fois, et en sa personne et en la vôtre. Je sais^ ma chère sœur^ que vous êtes trop à Dieu pour lui manquer de soumission en cette occasion qui vous est si importante et si unique; c'est pourquoi je le supplie de vous imprimer dans le cœur ces paroles du prophète : Je me suis tu et n'ai pas ouvert la bouche^ parce que c'est vous , mon Dieu, qui l'avez fait. Ce sera dans ce silence que vous serez écoutée de Dieu pour lui demander miséricorde pour celui que vous regrettez. Nous vous accompagnerons dans ce devoir autant qu'il nous sera possible^ puisque Dieu nous a rendue,

Ma très-chère steur , Votre très-humble et très^affectionnée serrante^

Sœur Agnès, K^ ind.

Notre mère ^ m'a commandé de vous assurer de la part qu'elle prend à votre douleur^ et qu'elle ne manque pas de vous offrir à Dieu afin que vous la portiez comme il faut pour rendre à Dieu ce que vous lui devez, et pour servir en sa présence celui qui est le sujet de votre affliction.

CXXXVII.— A la Révérende Mère Renandot, supérieure des Religieuses de Liesse, près l'hôpital des Incurables.

Au sujet de la maladie de la mère Angélique.

Lufuii saint Denis, 9 octobre (4654).

Ha très-chère mère^ Je n'ai pu jusqu'à ce moment me donner la consolation de répondre à la vôtre, mais Ton n'aura pas manqué de vous faire savoir le meilleur état de notre

* lia mère Angélique : elle était à Paris depuis le 45 juillet environ ; et ne retourut à Port-Koytl-des-Champs que le 42 janvier 4652.

Page 1