CXXXVII1. — A LA R. MÈRE PRIEURR DB L'ABRATE DE GIF
mère ^ à laquelle je ne doute point que tous ne preniez autant de part que nous^ et que vous la teniez pour votre vraie mère, puisqu'elle le seroit si Dieu vous vouloit donner le désir de votre cœur qui est subsistant devant lui^ encore qu'il n'ait pas son effet devant les hommes. Aidez-moi donc^ ma très-chère mère, à remercier Dieu de nous avoir conservé le don d'une per« sonne qui nous est si précieuse et si nécessaire, et à demander à Dieu Tabrègement de sa maladie; car encore que les médecins la croient hors de danger, elle souffre néanmoins beaucoup des restes de son mal, et est dans une si grande foiblesse que je ne sais quand nous pouvons espérer la voir debout.
Il me semble que Dieu attend quelque chose de nous en suite de cette épreuve, et que nous devons entrer dans un renouvellement de vie, pour mériter que Dieu répare son corps qui est si atténué.
J'aimerai toujours le jour auquel nous avons eu le bonheur de votre connoissance. Comme Dieu n'a rien de précieux hors de lui-même que ses élus, nous devons avoir le même sentiment, et n'estimer rien tant que Tamitiédes personnes qui sont à lui. Dieu veuillç bénir, ma très-chère mère, la liaison qu'il a faite de nos cœurs, afin qu'elle serve à augmenter sa sainte charité en nous! Je comprends, s'il vous platt, ma sœur Gertrude, qui m'est bien chère parce qu'elle aime bien à faire la volonté de Dieu et à mortifier la sienne propre. Je demeure. Ma très-chère mère,
Votre très-humble servante.
Sœur Agnès, R'* ind.
CXXXVIII.~A la Révérende Mère Prieure de Tabbaye de Gif.
Pour la consoler sur la mort de madame de Momay deVillarceaox, abbesse
de Gif, arri?éc le 24 octobre 4654.
De Port'Ray€U, ce 24 octobre (4654).
Ha révérende mère. Encore que nous soyons assurées que vous avez la bonté de croire que nous prenons toute la part que nous sommes obligées de prendre en votre affliction^ nous
1 La mère Angélique.
ne laisserons pas, s'il vous plall, de vous témoigner par celleci le ressentiment que nous avons de la perte que vous avez faite, et de vous assurer que nous offrons nos petites prières à Dieu afin qu'il lui plaise d'y remédier en répandant une grâce nouvelle sur votre monastère pour remplir le grand vide qui y est par la privation d'une si bonne mère, puisque lui seul, qui est infiniment plus aimable que les créatures, se peut mettre à leur place, et guérir par ce moyen la plaie qu'il a faite dans vos cœurs en vous ôtant celle-ci . Nous ne manquerons pas aussi, ma révérende mère, après avoir demandé à Dieu le repos de feu Madame, de le supplier de protéger votre maison, et que ce soit sa sainte protection, et non la faveur et Tambition des hommes, qui vous donne une abbesse, et qu'elle soit selon son cœur.
Ce sont les sentimens que nous avons à votre égard, et que notre mère nous a commandé de vous témoigner, ce qu'elle auroit fait elle-même si la grande foiblesse qui lui reste de sa maladie ne l'en avoit empêchée \ Elle vous salue très-humblement et toute la sainte communauté, et vous offre tout ce-qui est en son pouvoir pour votre service. Et moi, je vous supplie très-humblement de me croire autant que je suis. Ma révérende mère.
Votre très-humble et très-obéissante servante en N. S.,
Sœur Agnès de Saint-Paul, R«« ind.
Je vous supplie très-humblement que ma très-chère sœur Madeleine de Saint-Maur ' trouve ici les assurances de la com- ' passion que j'ai de sa douleur, et que je la visite en esprit plusieurs fois le jour pour essuyer ses larmes, s'il m'éloit possible, et pour les offrir à Dieu afin qu'elles lui soient agréables. ,
1 Voyez Lettres de la mère Angélique, tome 1 , p. 591 , leUre cgclxii. * La sœur Madeleine de Saiol-Maur de Chiveray, saur de madame d*AumoDt.
CXmX. — A UNE SUPÉRIEURE DE LA CONGRÉGATION. 199
:.•— A une Snpérieiire de la congrégatioii,
Qui avtit écrit deux lettres à M. Sioglin, mais que celui-ci n'avait pas reçues. — Ëioges de M. Singlin.
28 octobre 4 654 .
Notre mère * a reçu celle qu'il vous a plu lui écrire du 23 de ce mois, mais elle ne vous peut répondre^ étant encore trop foible de sa grande maladie. Elle m'a commandé de vous dire qu'elle a communiqué votie lettre à M. Singlin» qui lui a dit n'avoir point reçu vos lettres du 12 ni du 13 de ce mois. Si elles lui avoient été rendues, il auroit fait le possible pour y répondre^ quoiqu'il ne puisse pas toujours satisfaire à tout ce qu'on désire de lui, ayant des occupations continuelles, de sorte que s'il ne peut quelquefois vous écrire, vous Tatlribuerez s'il vous plait à impuissance, et non au refroidissement de sa charité, qui ne manque jamais aux âmes que Dieu lui a données, n'en ayant jamais abandonné pas une, si elles ne l'ont quitté les premières, ce qui arrive à peu de personnes; celles qui sont si heureuses que de l'avoir, le conservent précieusement comme un trésor que Dieu leur a découvert. Je ne puis» ma très-chère mère, m'em pécher de m'étendre un jfcu làdessus, ne pouvant parler de ce très-digne directeur qu'avec de grands ressentimens du bien que nous en recevons, ne pouvant attribuer qu'à la grâce que Dieu met eu lui tout le bien qui est en notre monastère. Nous vous sommes bien obligées, ma très-chère mère, des prières que vous avez faites avec votre communauté pour notre mère; nous vous supplions très-humblement d'en vouloir faire quelques-unes pour notre élection qui se fera bientôt, si notre mère a assez de force pour cela. Elle vous salue très-humblement, comme je fais, en Notre-Seigneur Jésus-Christ.
^ La mère Marie-Angélique Ârnauld, abbesse de Port-Royal.