CLX.— A HADEMOISEUE PERDREAU
que Dieu appelle à son service; et ayant vu en vous des marques d'une vraie vocation, son dessein a toujours été de vous recevoir lorsque Dieu vous donneroit la liberté d'exéculer ce qu'il demande de vous. 11 semble^ ma chère sœur, que ce temps soit arrivé, puisque monsieur votre directeur vous donne son consentement et sa bénédiction pour cela. Hais pour ce qui est de la difflculté de vous mettre en chemin, il faut attendre quelque occasion que la providence de Dieu fera naître^ pour ne rien faire ni avec précipitation ni avec indiscrétion. S11 étoit assuré que la cour se dût rapprocher, vous pourriez avoir place dans le carrosse de madame de Saint-Ange, femme du premier maître d'hôtel de la reine. Je vous envoie pour cela une lettre de madame sa mère, laquelle est de nos meilleures amies, qui en a écrit d^autres à madame sa belle-fille pour vous amener. Madame d*Aumont a eu la bonté de s'enquérir d'une autre voie, et nous ne négligerons rien de ce qui se pourra faire pour cela. Vous avez sujet de dire à Dieu plus particulièrement qu'une autre : Toutes mes aventures et les ivinemens de ma vie sont entre vos mains, puisque la moindre circonstance de votre vocation, qui est de vous rendre au lieu où vous devez être, ne dépend pas de vous, et qu'il faut que ce soit Dieu même qui vous rende le chemin libre, et qu^il soit voire voie comme il doit être votre vérité et votre vie. Si vous avez la pensée de faire un vœu à saint Joseph pour cette intention, j'espère qu'il vous amènera : c'est assez de promettre à Dieu que vous direz un an durant, tous les jours, une prière en l'honneur de ce saint; mais il faut accompagner ces vœux et ces désirs de la paix de votre cœur, à l'imitation des saints apôtres qui attendoient le don du Saint-Esprit étant assis, ce qui marque le repos et la tranquillité de leurs âmes. Je crois, ma chère sœur, que vous n'aurez pas de peine à vous rendre à cela, m'étant avis que votre esprit est assez paisible. Je supplie Notre-Seigneur J.-C. de vous y établir de plus en plus par sa grâce et par son amour.
Je suis en son amour.
Ha très-chère sœur »
Votre très-humble et très-affectionnée servante, *' Sœur Agnès de Saint-Paul, R. ind.
232 LBTTHES DC LA MÂRB AGNÈS.