‹ Lettres de la mère Agnès Arnauld, abbesse de Port-RoyalChapitre 127 sur 246 · CLIX.^A LA SOEUR MARIE- DOROTHÉB DE L*mCARIfATIOIf · texte numérisé non relu

CLIX.^A LA SOEUR MARIE- DOROTHÉB DE L*mCARIfATIOIf

GLIX.— A la sœur Marie-Dorothée de rincamation Le Conte,

à Port-Royal-des-Gliamps.

Sur divers sujels.

Samedi 2 ffiars (4652).

Ma très-chère sœur^ Je n'écris point à notre mère * pour ne la pas surcharger d'une troisième lettre. M. Singlin nous a parlé d'une seconde fièvre qu'elle a eue^ dont vous ne nous faites point de mention : c'est ce qui nous permettra d'avoir de la défiance de voire fidélité, que je vous supplie qui soit tout entière en cette matière; car c'est une grande peine de ne savoir où l'on en est^ et je trouve de l'utilité à être devant Dieu dans la crainte et le tremblement qui oblige à des prières plus fréquentes, afin qu'il nous conserve ce qu'il nous a donné.

Je vous envoie les lettres de M. de la Place ' que j*ai enfin trouvées^ lorsque je ne les cherchois pas : c'étoit moi qui les avoit mises où elles étoient.

Il nous faudra faire bientôt imprimer des Commémoratiani communes^ n'en ayant plus. J'ai pensée pour celles de toutes les saintes vierges martyres» qu'il faudroit prendre la même oraison qu'on dit à sainte Ursule^ en passant le nom ; elle est plus belle que celle de notre ordre. On diroit :

Da nobis qiuBsumus, Domine Deu$ noster sanctarum Virginum et Marlyrum tuarum palmas incessabili devotione vene* rari^ etc.

Parlez-en à M. de la Place ^ et me recommandez bien à ses prières^ s'il vous plaît.

Je suis bien aise que vous ne vous soyez point appliquée à votre conscience; vous la connoissez assez en général^ et cela vous embarrasse d'y penser plus exactement; elle se portera mieux dans le silence^ qui ne sera pas pour l'excuser ni pour la cacher^ mais pour mettre votre confiance en un plus grand secours que celui que vous pourriez attendre de vos réfiexions sur vous-même^ espérant que Dieu fera tout par un regard sur

< La mèare Angélique.

* Le docteur Antoine Âmauld.

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voire âme, selon votre verset : Aspice in me, et miserere meiy etc. Mais pour n'es|)érer pas en vain en attendant tout de Dieu, vous ajouterez un autre verset pour marquer votre correspondance y qui est : Mihi autem adherere Deo bonum est. C'est ce que vous faites maintenant par la grâce de Dieu, et c'est pourquoi votre conscience se porte bien, et n'a plus que de la foiblesse, qui se fortifie par le jeûne et la demeure dans le désert.

Les lettres de M. de la Place sont dans les enveloppes de ma sœur Madeleine Candide.

Je suis bien aise que ma sœur Marie-Charlotte fasse bien aux enfans. Je crois que la fermeté de notre mère a été nécessaire pour soutenir sa mollesse, et avec cela sa gaieté y est assez propre. J'espère que Dieu donnera bénédiction à cet emploi, qui va bien depuis quelque temps aux deux maisons. Je vous supplie de me dire un petit mot de ma sœur Antoinette S pour le dire à ma sœur Marie de Saint-François \

Je suis toute à vous, ma très chère: prions l'une pour l'autre afin que nous soyons sauvées.

GLX.— A Mademoiselle Perdreau, à Blois.

Elle rengage d*attendre quelque occasion pour se faire amener ^ Port-Royal, et lui permet de faire un vœu ^ saini Joseph à cette iniention.

De Port'Roifal, ce \6 mars 4652.

Ma très-chère sœur, Notre mère étant à présent au monastère des Champs', nous lui avons envoyé votre letlre et joint nos prières aux vôtres pour lui demander la place que vous désirez d'avoir parmi ses filles^ ce qui n'a pas été difficile d'obtenir de sa charité^ en étant toute remplie pour les âmes

^ La sœur Antoinette de Sainte-Foi Le Roi, postulante converse; elle est morte le 3 avril 4 657.

* La sœur Marie de Saint-François Grimoult, religieuse du Paraclet, associée à Port-Royal en 1623, et tante de la sœur Antoinette. Elle est morte le 43 juin 4655.

> La mère Angélique était à Port-Royal-des-Champs depuis le 4 2 janvier 4652 ; mais à cause de la guerre des princes, le 24 avril 1652, elle renvoya à Paris une partie des religieuses qui étaient avec elle, et le lendemain, jour de saint Marc, elle revint également à Paris avec le reste des reli> gieuses, bien afQigées de quiiter une seconde fois Fabbaye des Champs.

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