CLXXXI. — ^A LA SCBCR MARIE-DOROTHÂB DE L'IRCARHATIOH. 26t
autre fille d'importance, je veux dire mademoiselle Constant^ qui a eu miasion expresse \to\ir s'adresser à tous. Je la vis dès le lendemain que vous nous eûtes mandé que M. Singlin me l'ordonnoit. Elle m'a raconté tous ses mouTemens, qui se rendent de jour en jour plus pressans et plus forts. Naisses directeurs ont grande prudence, et j^admire sa soumission à leur chéir sans discerner (avec le bon esprit qu'elle a) qu'ils ne s'y prennent pas comme il faut, usant d'empire et de commandement; ce qui n'est point la méthode des nôtres qui ont appris de saint Paul à ne point dominer sur la foi de ceux qui leur sont sujets, mais de leur aider seulement à suivre la grâce. Cest néanmoins une épreuve que Dieu fait d'elle par eux, qui nous rendra sa vocation plus certaine si elle y résiste, coDune il en sera besoin, car tous ces messieurs n'aiment point qu'on se fasse religieuse.
Void un papier pour la chantre, qui doit être mis dans les Constitntions quand il sera corrigé. Je vous supplie d'en faire une prière très-humble de notre part à M. de la Place \ pour ce qui est du point spirituel, car je crois tout ce que je dis de cette nature fort impertinent. Je l'ai mis pour adoucir les retraocbemens que l'on fait à cet office, qui ^oit autrefois fort honorable, les chantres étant comme supérieures dans le cbcrar, an lieu qu'on ne veut plus qu'elles se mêlent de rien que de chanter.
Noos avons donné les Constitutions à ma sœur Hélène pour les mettre dans une cassette qu'elle envoie; toutes les additions y sont insérées, et encore d'autres nouvelles, en sorte que les précédentes ne peuvent plus servir qu'à les lire en particulier. Je pense que ce sera toujours I^ouvrage imparfait.
J*ai beaucoup de joie que vous ayez vu M. Singlin, et qu'il vous ait confessée. Je désirerois tiien cette grâce pour moi, au moins à ce jubilé' (car je ne me confesse plus à lui); mais je ne l'espère pas ; c'a toujours été un don de Dieu, mais c'est maintenant un don parbit, qui n'est donné que par une providence particulière do Père des Imnières et des grâces. Je
* A. AfBsrid.
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VOUS supplie de le prier de me faire celle-là, avec celle d'en profiter mieux que je n'ai fait autrefois, que je la receTois si fréquemment.
L'assemblée sonne. Adieu, ma très-chère.
GLXXXII.— A nue postulante qne Ton avait envoyée à Port-Royd-des-Champs.
Sur Tabandon à la conduite de Dieu sur soi, et contre
les affections humaines.
Gloire à Jésus au Très-Saint-Sacrement!
Ce 29 mat 4653.
Ma très-chère sœur, Nous avons été bien aise d'apprendre de vous-même et des autres que vous vous trouvez fort bien au lieu où la providence de Dieu vous a conduite pour le plus gr&nd bien de votre âme. Je me promets, ma chère sœur, que votre sortie d'avec nous, pour aller dans ce désert, aura été plus agréable à Dieu que votre sortie du monde pour entrer dans cette maison, parce qu'il s'ngissoit alors d'être à Dieu ou de n'y être point, ce qui fait faire avec violence tout ce qui est nécessaire pour posséder Tun et pour éviter l'autre; au lieu que dans cette seconde action, vous n'étiez ()oint persuadée qu'il y eût une nécessité absolue de vous séparer des personnes auxquelles Dieu vous avoit unie. Et c'est ce qui me fait tspérer que vous recevrez beaucoup de fruit de ce voyage, pourvu que vous ne donniez point de bornes aux desseins de Dieu sur vous, selon ce que djt Notre-Seigneur à ses apôtres en montant au ciel, que ce n'est point à vous de savoir les temps et les momens que le Père éternel a mis en sa puissance. Je veux dire que vous ne devez point être en peine quand l'on vous donnera Thabit, mais désirer seulement d'être revêtue de la force d'en baut, qui est la grâce du Saint-Esprit, que toute rÉglise attend et demande dans la fête qui est proche *.
Vous serez encore mieux disposée à le recevoir par l'absence de notre mère *, [>uisque Dieu ne nous donne ses grâces
1 La Pentecôte, le 4 «r juin.
* La mère Angélique. Elle retourna à Port-Hoyai-des-Cbarops le samedi 7 juin.
CLXXXIII.—A imE RELIGIEUSE DE PORT-ROTAL. %3
qu'autant que nous sommes vides de Tamour et de rattache que nous avons aux créatures et à nous-mêmes. La leçon que notre mère vous a faite vous étoit bien nécessaire pour vous faire connoîlre que les affections que vous croyez être si Spirituelles ne rétoient pas; vous avez besoin qu'on vous donne des maximes fortes et solides contre votre mollesse.
Je ne doute point que vous ne rendiez à ma sœur Marie de rincarnalion * tout ce que vous êtes obligée^ en lui parlant avec une entière confiance; c'est le moyen de témoigner que vous regardez Dieu dans les créatures, et non les créatures en Dieu, en quoi il est bien aisé de se tromper, comme vous avez faitjusqu*à celte heure. Mais il ne faut plus parler du passée puisque vous êtes, comme vous dites, une postulante nouvelle qui deviendra une fille forte^ au lieu que la première postulante étoit si foible, qu'elle ne se pouvoit passer d'une affection humaine qui lui servoit d'appui.
Je vous remercie, ma chère sœur, de m'avoir fait part du sermon de M. Singlin à Port-Royal. Le dernier qu'il nous a fait à l'Ascension a été du détachement, qui est la grâce particulière à ce mystère; mais vous n'avez pas besoin qu'on vous le rapporte, puisque vous l'avez pratiqué par avance. 11 n'y a plus qu'à persévérer et à s'affermir dans la résolution de ne plus tenir à rien qu'à la volonté de Dieu sur vous. Je vous supplie de lui demander la même grâce pour moi, qui suis toute à vous, autant que Dieu veut que j'y sois.
Sœur Agnès de Saint-Paul, R. ind.
CLXXXIIL— A nue religieuse de Port-Royal.
Elle ne doit pas se décourager de ses défauts. — Les saints jours de la Pentecôte nous doivent remplir de confiance.
Samedi, veille de la Pentecôte, 34 mat 4653.
Ma très-chère sœur, Ce seroit faire un mauvais usage de la charité de notre mère, que de vous décourager de votis-méme, au lieu d'iffiiter un exemple qui lui fait espérer que Dieu vous
1 La sœur Marie>Dorothée de Tlncamation le Conte, qui faisait la fono- Uon de prieure à Port-Royal- des-Champs.
aidera par sa miséricorde à corriger vos défauts. Et cepeDdaDlsîls vous servent à vous humilier sincèrement devant Dieu et devant les hommes^ vous gagnerez d'un côté ce que vous perdrez de Tautre. Voici des jours saints qui nous doivent remplir de confiance, et tout ensemble de bonne volonté et de courage pour nous rendre plus fidèles à Dieu, et s'appliquer pour cela au principal de ses défauts, qui est celui qui met plus d'empêchement aux grâces de Dieu. L'on peut dire généralement que le silence remédie au plus grand mal qui soit en nous; c'est pourquoi, ma chère sœur, il y faut toujours avoir recours dans les temps où nous désirons de nous mieux disposer pour recevoir les dons de Dieu. Les langues de feu qui parurent à la Pentecôte nous apprennent que nous ne parlons jamais bien si Dieu ne nous donne une langue descendue du ciel et animée par le Saint-Esprit, afin qu'il arrive ce que nous disons aujourd'hui dans notre office : Que celui qui parle, que ce soil comme les paroles de Dieu. Je vous supplie, ma chère sœur, qu'en demandant celte grâce à Dieu pour vous, vous la demandiez aussi pour moi qui en ai un besoin trèsparticulier. Je suis toute à vous, en Jésus-Christ, Notre Seigneur.