‹ Lettres de la mère Agnès Arnauld, abbesse de Port-RoyalChapitre 140 sur 246 · CLXXX.— A Madame la marquise de Sablé · texte numérisé non relu

CLXXX.— A Madame la marquise de Sablé

Au sujet du logement qu'elle désirait se faire construire à Port-Royal ; elle rassure que madame d*Aumont consentait volontiers au dessein qui lui serait plus commode.

Ce lundi 19 mat (1653).

Il es! aisé de reconnottre^ ma très-chère sœur^ que tout ce qu'il vous plail de nous dire est avec une entière sincérité. Cesl ce qui m'oblige de vous répondre de la même sorte. Je vous dirai donc, ma très-chère sœur, qu'il est vrai que M«°« d'Aumont eut de la joie quand on lui dit qu'on vous donneroit du bâtiment de l'autre côlé, à la place de ce petit logis. Mais ayant su depuis que votre commodité ne s'y trouvoit pas, elle a consenti de tout son cœur qu'on suivit le premier dessein, et elle a prié instanmient M. Singlin de vous en assurer; et vous savez que c'est à lui que Ton dit ses plus secrètes pensées. Pourquoi donc, ma très-chère sœur, étes-vous encore en peine? S'il y avoit eu sujet d'en avoir, j'aurois été la première à m'en éclaircir, car il me semble que je m'aperçois assez tôt quand M>n« d'Aumont a quelque chose dans l'esprit qui la facile. Mais au contraire je lui ai trouvé l'esprit si libre depuis la parole qu'elle a donnée à M. Singlin, qu'assurément elle ne (lense qu'à désirer Texécution de votre désir. Et elle m'a dit plus d'une fois depuis hier qu'elle auroit du déplaisir que vous eussiez d'autre pensée d'elle, sinon qu'elle voudroit faire toutes choses pour contribuer à votre accommodement. Après cela, ma très-chère, il me semble que votre bon cœur qui craint tant de donner la moindre peine, doit être pleine-^ ment satisfait de l'assurance que je vous donne, que je me rends caution de M"**" d'Aumont, qu'elle n'a jamais regret de ce qu'elle fait pour Dieu et pour ses amis. Je m'attends donc

* Madeleine de Souvré, veuve de Philippe de Laval, marquis de Sablé, «iécédc le 4 juin 1640, fut touchée de Dieu cette même année. Elle se lia étroitement à Port-Royal et y fit bâtir en 1653 un corps de logis qu'elle habita. Elle mourut le 16 janvier 1678, âgée de 79 ans.V. Madame de Sablée par M. V. Cousin.

que vous ferez travailler au premier jour ; et je vous supplie très-humblernent d'ordonner qu'on se dépêche, afin que le petit jardin ne soit pas si longtemps occupé des ouvriers.

Je vous suis très-obligée, ma chère sœur, de ce que vous me faites la grâce de croire que j'ai pour vous les sentimens que je dois. Je demande à Dieu qu'il me les augmente, et qu'il donne aux prières que nous lui faisons pour vous le mérite qu'elles n'ont pas d'elles-mêmes, sinon en tant qu'elles lui sont offertes par votre très-obligée et très-obéissante servante.

CLXXXL—A la sœur Marie-Dorothée de rincamation Le Conta*

Au sujet de plusieurs personnes.— Elle envoie quelques additions pour les Constitutions de Port-Rojfal, auxquelles on travaillait encore.

5am«dt24mat 4653.

Ma très-€hère sœur, J'ai eu plus de joie de recevoir de vos nouvelles depuis que notre mère est ici *, parce que je vous aime davantage quand vous êtes dans la privation, et je ne doute point que Dieu ne vous regarde de meilleur œil, puisqu'il est le père dos orphelins. Je suis toujours fâchée contre vous quand vous me faites des excuses de ne me point écrire, parce que je désire que vous soyez assurée que je ne croirai jamais que vous manquiez d'affection ; je vous permettrois plutôt de douter de la mienne, la croyant moindre que la vôtre; au moins vous en donné-je moins de témoignages, n'ayant que de la malgracieuseté pour les personnes qui ont de l'amitié pour moi. Vous savez bien que je dis vrai, ma trèschère sœur, mais voire charité ne vous permet pas d'y faire réflexion^ dont je suis bien aise, afin que vous m'aimiez toujours autant que vous avez fait.

Je suis bien aise que vous ayez de Tespérance de ma sœur Philberte, car j'aurois grande satisfaction qu'elle réussit, et je crois que cela pourra être si elle peut se défaire de ses badineries. Notre Mère nous a dit que votre fille fait bien : Dieu aura béni les prémices de votre maternité, afin de vous encourager à l'exercer de meilleur cœur. Vous avez encore une

i La mère Angélique, qui était venue à Paris vers le 20 mai.

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