V.— A Monsieur Ârnanld d'Andilly
Sor réiablissement de Tordre du Très-Saint-Sacremeot.
L6 25 im7/et 4629.
Mon cher frère , Je vous fais mille excuses d*avoir tant tardé à vous remercier, comme je fais très- humblement, de la
* Là mère Angélique.
s Beile-mère de M. d'Andilly.
* Madame d'Andilly.
^ Madame Amauld. Elle étoit à Port-Royal depuis le 30 mai 1625.
peine qu'il \ous a plu prendre pour nos lettres^ ësquelles il me semble que vous avez eu grande bénédiction ; et il ne se pouvoit autrement^ y ayant travaillé de si bon cœur, et dans la pensée que vous étiez fort honoré de cette commission. J* espère que ce sentiment sera inspiré à tous ceux qui prendront part à cette œuvre divine qui mérite le service de toutes les créatui*es.
Nous avons envoyé la minute à Monseigneur de Langres^ : je vous manderai sa réponse. Pour ce qui est de la difflculté sur le litre d'Ordre du Très-Saint-Sacrement, c'est moi toute seule qui en use indiscrètement, n'y ayant que la multiplication des monastères qui puisse former un Ordre ; et quand il plaira à Dieu que cela soit, le nom suivra nécessairement; la part qu'y a saint Augustin n'étant que comme une étoile en présence du soleil, et pour cela je pense qu'il seroit bon de dire dans les lettres : des filles gardant la règle de Saint- Augustin, et non de rOrdre de Saint-Augustin, comme porte la bulle : néanmoins on dit qu'on y gagnera toutes les grâces et privilèges octroyés à cet Ordre; mais je trouverois que c'en seroit un plus grand que d'appartenir uniquement à Jésus-Cbrist en ce mystère qui enferme toutes les grâces de Dieu, et le Dieu même de la grâce. La date de la bulle est de vingt et sept. C'est une pitié que ce trésor soit si longtemps caché en la terre, et que cette lumière demeure sous le muid; mais pourtant je ne m'en étonne pas, car où se pourront trouver des âmes dignes de cette vocation ; et qui ne dira comme saint Pierre : Retirez-vous de nous, Seigneur, etc. Encore en un besoin cette disposition tiendroit-elle lieu de quelque chose, sinon qu'il est aussi malaisé de bien connottre le néant de la créature que la dignité du Créateur, puisqu'il y a inflnité en l'un et en l'autre. Mon espérance est qu'une parole toute-puissante viendra détruire tout ce qu'elle trouvera contraire à son dessein, et fera sur les sujets raisonnables ce qu'il lui plaît d'opérer sur les inanimés, dans lesquels elle s'établit aux dépens de tout ce qu'ils sont. En attendant cette heureuse destruction, je subsisterai dans le désir de vous être plus unie
« Zamet.