‹ Lettres de la mère Agnès Arnauld, abbesse de Port-RoyalChapitre 154 sur 246 · CCI.— A MADAME d'aUMONT. Î9I · texte numérisé non relu

CCI.— A MADAME d'aUMONT. Î9I

tout ce qui est au dehors, savoir la sacristie, la nouvelle chapelle ^ et le reste, elle commença à croire qu'il étoit vrai que c'étoit mon indigne personne^ qu^elle reçut le plus dignement qu'elle put et par-dessus mon mérite et mon grade* en me rendant des respects abbatiaux^ car elle se mit à genoux pour recevoir la paix, et les autres faisoient de méme^ quoiqu'à moi n'apparlienne pas. Je visitai le chœur et fis la procession à Tentour du chœur^ où je vis des créatures qui avoient la tète où je leur avois vu autrefois les pieds, dont je me réjouis, parce que leur abaissement est notre exaltation. L'on nous conduisit ensuite dans Saint-Bernard par une nouvelle galerie^ par où Ton voit encore le ciel aussi bien que la terre, sans qu'il soit besoin d'ouvrir les fenêtres^ parce qu'il n'y en a point; mais cela ne me fait point de peur, car tous les vents seroient rangés en bataille, je ne les craindrois point avec mon grand voile. Le bruit s'étant répandu que la mère Agnès étoit à Saint-Bernard, ma sœur Marguerite Gertrude ' se mit à genoux sur son lit pour essayer si elle ne pourroit point venir jusqu'à nous. Je courus à elle, n'étant point du tout lasse. Je la^ trouvai sans fièvre, que l'accès n'étoit venu ce jour-là, mais mal tout ce qui se peut, le visage bouffi et pâle conune un linge, la voix tremblante quoique son cœur fût fort épanoui. J'en demeure là, ma très-chère sœur, parce que le pourvoyeur veut partir de bonne heure. Je ne vous dis point ce que je vous suis, vous le viendrez apprendre vous-même s'il vous plaît de le savoir, i

CCL— A Madame d'Aumont.

Elle rengage à venir k Port-RoyaUdes-Cbamps.-^Ne pas réussir dans set désirs, cest le moyen de faire du progrès dans le chemin de la vertu.

Samedi matin (27 septembre 4653).

Ha très-chère sœur, Voyant que vous avez tant de peine à trouver le chemin du désert, je vous envoie un guide pour

< De saint Laurent. La consécration de Tautel de saint Laurent se fit par M. révéque d*01onue, le mercredi, 24 août 4658.

* La mère Agnès éiait alors prieure de Port-Royal de Paris* ' Sœur Marguerite de Saiule-Gertrude du Pré.

29â LETTRES DE LA MÈRE AGNÈS.

VOUS y amener eif prospérité et en joie. Notre mère ^ nous mande que M. Singlin ne \iendra pas avec vous. J'aurois désiré que Yous eussiez cet avantage sur nous, de venir en si bonne compagnie; mais comme vous dites, ma très-chère sœur^ il est le temps de ne pas réussir dans ses désirs, c'est le moyen de faire progrès dans notre chemin^ et de n'avoir point peur d'Hérode corn me saint Joseph, qui tourne la tète de peur de l'avoir en queue. J'avois prié H. Singlin de vous demander aussitôt que je serois partie; mais il nous donne l'exemple de ne pas faire ce que nous voulons, étant presque toujours obligé de faire le contraire de ce qu'il a délibéré. Encourageons-nous, ma trèschère sœur, à marcher par ce chemin qui nous mènera tout droit au lieu où nous tendons, et duquel nous nous détournons souvent pour plaire à nous-mêmes^ ce qui ne se |>eut faire sans déplaire à Dieu.

Mais Joseph est bien aise d'avoir la journée entière, encore n'aura-t-il pas tout fait; il restera peu néanmoins, et je crois que vous serez contente de son ouvrage; au moins fait-il du mieux qu'il peut, parce qu'il a grande affection de vous bien servir.

Mademoiselle de Bonœil m'a fait la faveur de me venir voir à notre chambre^ et de me promettre qu'elle agréera que je l'aille voir à sa cellule. Elle est assez gaie quand on l'entretient; mais hors cela elle fuit tout le genre humain.

Dieu me fas^e la grâce, ma très-chère sœur, de lui bien demander ce qu'il vous veut donner, afln que vous soyez toute à lui^ et moi toute à vous I

CCn.— A la mère Marie-Angélique Amanld.

Elle lui donne un peut abrégé du sermon que M. Singlin avait fait à Purt- Royal-des-Champs, le jour de la fête des saints Anges-Gardiens.

Gloire à Jésus au Très-Suint-Sacrement!

(3 octobre ^6^3.)

Ma très chère mère, 11 nous ennuie bien de ne point savoir de vos nouvelles; nous en attendons par le charretier^ mais j'ai peur qu'il ne vienne que ce soir.

* La mère Angélique.

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