‹ Lettres de la mère Agnès Arnauld, abbesse de Port-RoyalChapitre 155 sur 246 · CCII. — A LA MÈRE MARIE ANGÉLIQUE ARNAULD · texte numérisé non relu

CCII. — A LA MÈRE MARIE ANGÉLIQUE ARNAULD

M. Singlin flt hier un très-bon sermon où il n'y avoit rien pour les gens du monde. 11 dit, sur ce que les anges nous gardent dans nos voies^ quil falloit être ( Esto firmtAS in viam Domini) ferme dans sa voie quand Dieu nous y avoit engagé^ encore qu'on y trouvât beaucoup de difficultés : Expecla Dominum, et ciislodi viam ejiis: qu'il y en a qui s'y découragent quand ils voient qu'ils ne réussissent pas^ ce qui montre qu'ils sont dans leurs propres voies^ et qu'ils se cherchent euxmêmes en croyant chercher Dieu. Que les anges nous préservent, comme le jeune Tobie, d'être dévorés du poisson. ( Saint Augustin. ) Que ce grand poisson est le monde qui dévore ceux qu'il transforme en lui en leur inspirant ses maximes. 11 parla fortement des scandales contre ceux qui se relâchent et qui sont occasion aux autres de s'affoiblir; qu'il vaudroit mieux à celui-là de n'avoir point été né, c'est-à-dire^ selon saint Bernard, de n'être point régénéré par le ba|>tême et de n'être point né du Saint-Esprit par un renouvellement de vie^ parce que ceux-là seront traités de Dieu avec plus de rigueur que ceux qui sont demeurés dans le monde et dans leurs crimes. Que le scandale n^est pas seulement quand on se malédifle^ mais que les plus grands scandales sont quand on ne se scandalise point, et que les défauts des personnes religieuses et les crimes des gens du monde tournent en coutume et qu'on n'en a point d'horreur, et qu'à présent l'Église est toute remplie de scandales dont on ne s'aperçoit presque pas.

Voilà un petit abrégé des trois points qui furent trois grâces que nous recevons des anges^ le premier qu'ils nous conduisent en nos voies^ le second quMls nous préservent d'être dévorés, le troisième qu'ils nous rendent la lumière comme à Tobie; mais il ne dit rien de cette lumière.

11 dit une chose bien pressante^ qui est que nous devons être dans la terre ce que nous serons dans le ciel. Or^ Jésus- Christ dit que nous serons des anges. 11 faut donc être des anges dans l'Église en les imitani, non pas seulement dans la pureté^ mais dans l'humilité; et que c'est la seule différence qu'il y a entre les bons et les mauvais anges, que les uns sont humbles et les autres superbes.

Madame d'Aumont se porte mieux, Dieu merci. Elle eut hier

un entretien de deux heures avec M. de Sacy, dont elle est fort satisfaite: il a une grande réputation en ce pays^

Madame de Raffetot * n'est point du tout si bourrue que le premier jour. Ma sœur Anne Gertrude * ne Taime pas trop; elle ne se gâtera pas a\ec elle.

J'ai parlé à H. de la Place ^ de notre affaire; il s'est rendu aussitôt, et a trouifé les raisons bonnes.

Je suis toute à vous, ma très-cbère mère. Avec votre permission , Je salue toutes nos chères sœurs professes et no-^ Tices.

CCm.— A la sœur Angélique de Sainte-Agnès de Marie

de la Falaire^

11 est des circonstances où Ton peut conseiller la commanion, sans que ce doÎTe être pour cela une règle générale.

Gloire à Jésus au Très-Saint-Sacrement !

6 octobre 4653.

Ha très-chère sœur, Je crois que vous aurez bien su que j^ai été autant surprise de notre voyage' comme vous l'avez été. Je savois bien que ce seroit dans la semaine que je partis, mais je ne savois point assurément le jour, qu'après le dtner^ dont je partis deux heures après.

Vous aurez pratiqué en cette rencontre, ma chère sœur> la dévotion aux additions^ ayant ajouté à notre absence^ si elle a été digne de vous toucher, le regret de ne nous avoir pointdit adieu. C'est le moyen de profiter des choses qui arrivent contre notre gré^ de ne se pas contenter de souffrir le nécessaire, mais d'y lyouter quelque chose par-dessus, pour témoignt:r à Dieu que notre sacrifice est volontaire.

Je ne sais pourquoi vous me pressez, ma chère sœur, de vous expliquer ce que je vous ai dit au siget de la commu-

1 A Port-Royal-des-Champs.

* Voyez, sur madame de Raffetot, Lettrée de la mère Angélique, t. 11, p. 63 et 300.

* Sœur Anne de Sainte-Gerlmde Robert.

* Le docteur Antoine Arnauld.

* Cette sœur était à Paris.

* A Port-Royal-des-Champs.

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