CCIX. —A la sœur Marie-Angélique de Sainte-Thérèie Arnanld
d'Andilly.
Il faut soigner les maladies de notre ftme, dans la vue de lui
procurer une santé étemelle.
Vers novembre 4653.
Je serai bien fâchée, ma très- chère sœur, si ce petit grain TOUS a Mt du mal, ne pouvant croire qu'il fût si bigarré ique de faire tant de bien aux unes pour maltraiter les autres; si ce n'est qu'il faille dire que ce sera à vous qu'il aura bien fait, en ajoutant un diamant à la couronne de votre patience ; et il m'aura fait tort si la santé qu*il m'a rendue ne me sert pour mortifier mon esprit, puisqu'il faut toujours souffrir ou dans le corps ou dans l'âme, qui ne guérit point durantcette vie, c'est pourquoi on a toujours bien des affaires à la traiter. Il lui faut souvent donner de la nourriture qu'elle n'aime point, parce qu'elle est toujours dégoûtée des choses bonnes et saintes pendant qu'elle est malade. Il la faut aussi saigner quelquefois, en lui retranchant une partie des choses en quoi elle prend vie, et c'est lors qu'on lui fait beaucoup de plaies dont elle ressent bien de la douleur. Enfln on tâche de lui donner une petite drogue spirituelle pour guérir son mal de tête spirituel, et cette drogue s'appelle l'oraison et la contemplation, pour la faire reposer eu Dieu et pour guérir les agitations de son amour-propre.
Hais il se rencontre en même temps qu'il faut couvrir la maison qui n'est pas encore achevée, ce qui empêche son repos et par conséquent son soulagement; c'est pourquoi il ne reste plus qu'un remède qui est de vouloir bien être malade; car il ne faut pas faire tous ces remèdes spirituels afin de guérir son âme et de n'avoir plus rien à faire, car ce seroit un amour-propre; mais il les faut faire pour nous procurer une santé éternelle, espérant en Dieu qu'il nous guérira tôt ou tard, |)ourvu que nous n'ayons pas négligé les remèdes de la pénitence.