‹ Lettres de la mère Agnès Arnauld, abbesse de Port-RoyalChapitre 162 sur 246 · CCI. — A LA SCÈUR MARIË-ANGÉLlQUfi t>B dAlNTETHÉRÈSB. SOt · texte numérisé non relu

CCI. — A LA SCÈUR MARIË-ANGÉLlQUfi t>B dAlNTETHÉRÈSB. SOt

GGX.— A la sœur Marie-Angélique de Sainte-Thérèse

Amanld d'AndiUy.

Les seuliments d'action de grâces et de confiance en Dieu doivent accompagner l'aveu du peu de profil que Ton fait de la grâce de Dieu.

Vers le 45 décembre 4653.

J'étois biçr fort foible quand je reçus votre billet, ma trèschère fllle^ c'est ce qui m'empêcha de vous témoigner la satisfaction que j'avois de ce que vous avez écrit à M. Singlin^ et de ce que vous Tavez fait dans une véritable reconnoissance de votre état. Il me semble néanmoins^ qu'encore que vous ayez raison de reconnoître que vous faites très-peu pour Dieu> vous devez d'autre part estimer beaucoup le peu que vous faites^ puisque c'est une grande miséricorde de Dieu de vous avoir fait venir jusques-là. Et pour moi, ma chère fllle, je vous avoue que j'ai été fort occupée de cela dans la commémoration que j'ai faite de votre habit*, ne pouvant assez admirer d'où Dieu vous a tirée pour vous mettre comme je crois (appuyée sur sa bonté qui est infinie) dans la voie du salut; car encore que vous n'y marchiez guère^ vous n'en sortez pas toutefois; et c'est un si grand bonheur d'y être, qu'il y auroit autant de mal à ne point ressentir cette grâce^ comme il y en auroit à ne pas avouer qu'on en fait très-peu de profit. Il faut donc, ma chère sœur, vous partager entre ces deux sentimens, et je crois que celui de l'action de grâces et de l'espérance en Dieu doit avoir le dessus, à présent que Dieu vous fait faire pénitence en toutes manières^ et plus que vous n'en ferez quand vous serez en santé. C'est pourquoi je ne vous demande que cela, de vous souvenir souvent de ce que Dieu a fait pour vous et de lui dire comme sainte Thérèse : Misericordim Domini in œternum cantabo; car encore que la vôtre soit fort inégale à la sienne, elle ne laisse pas d'êtredigne d'une reconnoissance éternelle. Adieu, mon cher enfant, je vous appelle ainsi par le ressentiment que j'ai vers Dieu de ce qu'il vous a donnée à nous.

> Le 4 3 décembre.

T. I. iO

CGXI.— A la mère Marie-Dorothée de l'Incamation Le Conte » prieure de Port-Royal-des-Champs.

Sar divers sujets. — La sœur Augélique de Sainte-Âguès est envoyée

à PortrRoyal-des-Champs.

Gloire à Jésus au Très-Saint-Sacrement!

Jettdi matin (18 décembre ^ 6^3).

Ma très-chère mère^ Je vous renvoie saint Thomas^ que je donne à H. Singlin : j'ai peur qu'il ne nous le rapporte^ faute de s'en souvenir, mais je n ai point d'autre voie assurée entre-ci et demain.

Je crois que vous savez bien que nous n'avons point l'Annonciation de la sainte Vierge , ni le second et le quatrième dimanche de carême, ni saint Hathias.

Cela est bien triste que saint Joseph n'ait rien : je ne me souviens que d'une petite page qui ne dit pas grand' chose.

Je ne me suis point encore avisée de faire aller nos sœurs converses professes à Peau bénite devant les postulantes du chœur, commes elles font à la communion et à toutes les cérémonies des cierges, des cendres, des rameaux, et je crois que celle-là doit aller de même; mais voyant que je ne m'en suis point encore avisée, j'ai pensé qu'il valoit mieux le mander à notre mère* afln d*en prendre son avis, et que l'on fît de même à mie maison qu'à Pautre.

La première sœur qui doit communier ne se prosterne plus seule, on le réserve pour notre mère; toutes les autres vont deux à deux, et celle du premier chœur communie la première bien que plus jeune.

Je ne sais ce que je dois vous dire, ma chère mère, sur le sujet du voyage de ma sœur Angélique' pour vous en consoler, sinon que je me promets qu'elle sera selon son nom comme les bons anges, qui épouvantent au commencement de leurs visites et qui réjouissent à la fln; car si ce change-

I Les Corwidérations de Tabbéde Sainl-Cvran sur la fête de saint Thomas.

S La mère Angélique.

* La sœur Angélique de Suinle-A^^nèb de Marie de la Falaire.

CCXll. — A LA SiEDB ANGÉLIQUE DE SAINTE-AGNES. 307

ment lui sert comme elle s'y .litend, ce sera un sujet de joie pour TOUS £ t pour nous. Elle se promet d'être bien solitaire, c'est ce qui sera le plus favorable afin de n'être pas tant sur ses gardes qu'il faudroit être. Si vous aviez encore des Considérations nouvelles à nous envoyer^ elle écriroit bien les nôtres sur les copies que vous en faites; ou elle pourroit transcrire les ConslituUons ; on n'a pas trop de deux copies, et il y a des renvois^ ce qui les rend moins commodes que si elles étoient de suite.

H. Singlin ne vous paroîtra ce voyage que comme un éclair. Je suis bien aise quand il demeure plusieurs jours^ aSn que plus de personnes y aient part. Je crois que vous êtes toujours préférée^ ou bien il ne tient qu*à vous, car il a grande disposition à vous faire du bien, mais il se faut un peu pousser^ et ne vous pas imaginer que vous êtes une personne incompréhensible ou inexprimable, car on vous entend fort bien quand vous voulez tout dire. Engagez-vous donc à cela, ma cbcre mère^ et croyez que Dieu vous aidera^ et que votre force est dans le silence au regard de vous-même^ et dans la parole au regard de ceux qui vous doivent connoître. Je crois que c'est ce qui vous aidera davantage à vous débarrasser, et à servir Dieu dans la paix. Je supplie Notre-Seigneur qu'il vous en fasse la grâce.

Je suis toute à vous, ma très-chère mère. Je salue ma sœur Angélique^ de tout mon cœur.

G GXIL— A la sœnr Angélique de Sainte-Agnès de Marie de la Faiaire, à Port-Royai-des-Champs.

Sur les avantages qu'elle U'ouvera à Port>Royal-des-Champs.

(Fmd<î4563.)

Ma très-chère sœur. J'ai lu avec une grande satisfaction celle que vous avez pris la peine de nous écrire, où j'ai vu vos combats et les victoires que la grâce vous a fait remporter sur vous-même; et peut-être que votre sortie de cette maison

^ Sœur Angélique de Sainl-Jean.

VOUS aura autant valu devant Dieu que de quitter le monde à ceux qui ne sont point encore entrés dans une religion ; car le monde se trouve partout où nos incli nations son tsatisfaites, et c'est une religion pour nous qu*un lieu où nous ne cherchons rien que de mourir à nous-mêmes. Je sais^ ma chère sœur, que c'a été votre seule intention en désirant d'aller au lieu où vous étes^ c'est pourquoi je ne doute point que vous n'y trouviez le renouvellement de vie que vous vous êtes proposé, et de plus que vous ne ressentiez aussi une douceur intérieure, à quoi vous ne vous êtes pas attendue. J'ai été toute émue en lisant la pitoyable histoire de votre voyage ; je ne sais comme vous pûtes résistera la foiblesse jointe au mal decœur^ sans ce qui étoit caché au dedans. Ce sont des circonstances qui sont enfermées dans la providence de Dieu et dans le dessein qu'il a d'exercer les âmes. Je ne sais quel récit je vous dois faire des sentimens de ma sœur N...; tout ce qu'elle m'a dit sur voire lettre a é(é que cela étoit bien étrange que vous n'eussiez point dit adieu, sans prendre garde aux raisons que vous lui disiez, pourquoi vous ne Taviez pas fait. Il faut, ma chère sœur, attendre de Dieu quelque moyen de la servir qui lui soit utile; c'est lui seul qui ouvre, el personne ne ferme, et quand il ferme personne ne peut ouvrir. J'espère que vos prières lui serviront plus (juc mes applications.

Enfln, ma chère sœur, vous êtes contente de toutes choses; je m'y attendois bien, étant véritable qu'il y a grande bénédiction de Dieu sur le lieu où vous êtes, et qu'on y respire un air de simplicité et de paix qu'on ne sent pas ici de la même sorte.

Je suis entièrement à vous, ma très-chère sœur.

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