VII.— A Madame le Maitrei
Sur le désir qu*elle avait d^entrer à Port-Royal, et d*y faire profession.
U k février K^ZQ,
Ha très-chère sœur, J'ai reçu beaucoup de consolation de celle qu'il vous a plu de m'écrire, en ce qu'il me semble que \otre esprit se rend puissant dans la grâce pour porter votre peine avec plus de force. Que si l'on voit en vous^ ma chère sœur^ une augmentation de grâces en récompense d'une souffrance endurée avec tant de contradiction , que seroit-ce si vous racceptiez avec plus d'agrément pour Tamour de celui qui vous la présente, et qui Ta soutenue pour vous le premier avec tant de charité? Il me semble, ma sœur, que vous devez être dévote au mystère d'Égy pie, auquel Notre -Seigneur Jésus- Christ et sa sainte Mère portèrent le bannissement du peuple de Dieu, et furent associés aux idolâtres qui affligeoient leurs âmes saintes en une manière qui ne se peut penser. Ce n'est pas pour vous faire peur des sept ans qu'ils y demeurèrent; mais je voudrois bien que^ comme ils n'en partirent que quand ils en eurent commandement du ciel, lequel ils attendoient sans soin et sans désir, de même vous fussiez séparée autant qu'il se peut de la véhémence de vos désirs et laissée à sa sainte disposition pour vous faire retourner, quand il lui plaira^ en la terre d'Israël. Cependantje crois que Jésus-Christ a fort agréable l'estime que vous faites de la religion et le sentiment d'humiliation que vous portez^ croyant vous en être rendue indigne. Si vous n'étiez point déjà trop avant dans cette pensée, je Tapprouverois bien fort, croyant que toutes les âmes ont sujet de croire cela; et, en effet, la demeure d'un lieu saint demande sainteté. Mais je crois que Dieu vous donne cette vue pour vous servir de disposition à rentrer dans cette grâce avec plus de révérence, et à estimer qu'elle demande de nous peu de chose au prix de ce que Ton souffre dans la privation, et aussi pour rendre témoignage de la vérité, qui dit que le joug de Jésus-
< Madame le Maitre, Catherine Ârnauld, Taînée des filles d*A. Amauld, Dée le 9 juin 4590 ; mariée à 45 ans avec M. le Maiire ; séparée en 4645 ou 4646, fit vœu dVntrer en religion le 47 juillet 4619. Elle prit Thabit le 44 octobre 4640, fit profession le 26 janvier 4644, et prit le nom de sœur Catherine de Sain(-Jean. Elle est morte Ie22 janvier 4654.