‹ Lettres de la mère Agnès Arnauld, abbesse de Port-RoyalChapitre 189 sur 246 · CCLXIX.— A la sœur Angélique de Saint-Jean Amanld d'Andilly · texte numérisé non relu

CCLXIX.— A la sœur Angélique de Saint-Jean Amanld d'Andilly

Elle prend part à la grâce aue Dieu faisait à celte sœur en Tadressant à M. de Sacy, en la place ae M. Âmauld, qui fut obligé de quiUer Port- Royal-desïhamps et de se tenir caché*.

24 octobre 4655.

Ma Irès-chère sœur. Voire lettre m'a donné une joie trèssensible^ voyant que Dieu a conduit si heureusement les ouvertures que lui-même a données pour vous engager d'entrer dans ses voies et de les suivre sans interruption. Il s'est accommodé à votre foiblesse en vous adressant à une personne • proportionnée à votre inclination^ et en qui sa grâce et son autorité divine vous est sensible, afin de la rendre victorieuse de votre esprit qui ne'se rend pas aisément à tout esprit. C'est ainsi, ma très-chère sœur, que la bonté de Dieu se rabaisse en s'atcommodantànous; et puisqu'il Ta fait en sorte qu'un pélagien en soroit converti, j'espère qu'une fille de la grâce, comme vous êtes, en sera parfaitement gagnée et ne se détiera jamais de son avancement ni de sa persévérance, puisque c'est Dieu qui donne la volonté etTaccomplissement. Je donne à Dieu la consolation que j'aurois reçue de vous entretenir de ses miséricordes, afin qu'il vous les continue, croyant que c'est ce qui contribue davantage à nous les faire recevoir que de nous priver de ce qui nous est plus agréable (|uand Tordre de sa providence ne nous permet pas d'en jouir. Je ne doute point que vous ne priiez Dieu pour moi qui en i très-grand besoin^ mais parce que je n'oserois prouver ce q- c j'en dis, on ne me croit pas peut-être autant que je le désirerois.

* Mil^ de Liancourl était à Port* Royal de Paris auprès de la sœur Anne de SJinte-Eugénie, M»*» de Saint-Ange, qui était chargée de son éducation.

s 11 élail alors retiré à Paris dans la maison de madame de Bellisi.

* M. deSacy.

rXLXX.— A LIHE REUGIEISB DE PORT-ROYAL. 380

CCLXX.— Aune religieuse de Port-Royal, àPori-Royal-des-Ghamps.

Sur l'esprit de la pauvrelé chrélîenne.

Gloire à Jésus an Très-Saint-Sacrement!

2 novembre 4655.

Ma très-chère sœur, J'aurois été bien aise de vous rencontrer le jour de notre retour pour vous dire adieu. Ce nie fut néanmoins un sujet d'édification de voir que vous vous teniez dans votre règlement ordinaire , sans cherclicr Toccasion de nous voir. Je ne me tiens pas quitte pour cela, ma chère sœur, de vous souhaiter de nouvelles bénédictions du ciel. Je les demande à Dieu pour vors comme pour moi-même ; et, puisque vous me prescrivez une grâce particulière que vous désirez d'obtenir, je m'attacherai à celle-là qui en comprend plusieurs autres, puisque Tétat de pauvre et de mendiante oblige à rhumilité, à la patience, à l'obéissance, au silence qui est votre chère vertu, à être la plus mal partnj^ée, autant dans le spirituel que dans le temporel. C'est pourquoi vous ne voudrez point saluer la mère Angélique la première quand elle retournera, ni lui dire adieu quand elle reviendra; mais vous regardant comme la pauvre de la maison, vous ferez plus étonnée quand on se souviendra de vous que quand on vous oubliera. Je vous envoie un petit écrit sur les mystères de la semaine. Je ne pense pas avoir autre chose qui vous soit propre; et il ne faut pas qu'un pauvre demande plus d'une chose à la fois, autrement il perdroit sa pauvreté qui consiste à ne pouvoir avoir que le nécessaire.

Vous aurez bien sujet de vous confirmer dans votre dévotion pendant cette octave, où la pauvreté d'esprit tient le premier rang dans les paroles de TÉvangile. Je pense qu'il nous est permis de prendre la pauvreté d'esprit pour la simplicité qui fait qu'on ne s'occupe ni du passé, ni de l'avenir, mais seulement du moment présent pour donner tout l'usage à Dieu, ce qui nous fait posséder son royaume qui est dans nous ; au lieu que ceux qui se rendent propriétaires des lumières de leur esprit, et qui se divisent en plusieurs désirs, quoique bons, ne sont

pas assez petits, ni assez rétrécis pour entrer dans ce royaume intérieur dont la porte est fort étroite.

La lettre de ma sœur Lesueur n^esi pas passée par mes mains. Vous voyez comme elle prend bien le style du lieu où elle est. Il se trouve toujours de bonnes religieuses dans quelque religion que ce soit : il faut espérer qu'elle en sera Tune.

La mère Angélique vous salue de tout son cœur. Puisque vous sentez Teffet de ses prières, il est superflu de vous assurer qu'elle ne vous oublie pas devant Dieu. Je vous demande la même grâce, ma très-chère sœur, et que vous me croyez autant que je suis^

Votre très-bumble et affectionnée sœur et servante en Jésus-Christ^

Sœur Agnès, R. ind.

Ma très-chère sœur^ notre mère * vous salue^ et se recommande à vos prières.

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