‹ Lettres de la mère Agnès Arnauld, abbesse de Port-RoyalChapitre 191 sur 246 · CCLXXI.— A UNE RBUGIEUBI DB POBT-ROTAL. 39f · texte numérisé non relu

CCLXXI.— A UNE RBUGIEUBI DB POBT-ROTAL. 39f

Dieu en vérité ; et en possédant cette paix ^ nous nous possédons nous-mêmes, et Ton n'a plus de peine à demeurer recueillie» puisque ce qui nous y fait trouver de la difficulté, n^est autre chose que la dissipation de nos pensées qui nous tourmentent le cœur. C'est pourquoi les paroles qui précèdent celles de la paix sont : Déloumez-^otis du mal et faites le bien. Vous savez, ma chère sœur, qu'il y a plusieurs sortes de mal et plusieurs espèces de bien ; et il faut embrasser tout ce qui est bon, et fuir tout ce qui est mal ; car c'est en cela que nous témoignons plus de fidélité à Dieu, d'éviter autant qu'il nous est possible les petites fautes, notre intérêt pouvant être le motif pour lequel nous nous abstenons des plus grandes.

Souvenez-vous, ma chère sœur, de ce que M. Arnauld nous a dit, que nous devions être des victimes immolées, et que trois sortes de personnes y contribuent, qui sont Dieu en nous envoyant des afflictions, les hommes en nous persécutant, ou nos supérieurs en nous éprouvant; mais qu'il faut sur toutes choses que ce soit nous-mêmes qui fassions cette immolation par une mortification continuelle, dont les occasions se présentent à toute heure, comme de s'abstenir d'une parole inutile, d'une curiosité, d'un amusement, d'une distraction ; et que cette pratique n'est pas triste ni difficile, mais qu'elle produit une source de joie, par ce qu'il n'y a que l'amour-propre qui meurt, pendant que l'âme reçoit une nouvelle vie. C'est ce que nous avons promis à notre profession de convertir nos mœurs, ce qui ne se peut faire sans mortifier sans cesse ce qui s'élève en nous de contraire à la volonté de Dieu.

Je vous ai dit, ce me semble, ma chère sœur, que vous deviez veiller sur vos prières pour remarquer les fautes que voil^ faites dans les exercices de Poraison, de l'office, de l'assistance, pour vous en accuser, quand vous y manquez notablement. Mais quand Dieu vous fait la grftce de vous en acquitter assez bien, il n'est pas nécessaire que f ous en parliez, vous devez plutôt en remercier Dieu comme d'une grftce qui vous doit être précieuse, la dévotion étant un instrument général pour toute sorte de bien. Que si vous remarquez, comme vous dites, que vous ne faites pas moins de fautes dans les occasions, cela vient de ce que vous ne vous maintenez pas dans les bons mouve-

mens que Dieu vous a donnés dans vos exercices. C'est |K)urquoi Notre-Seigneur dit qu'il faut toujours prier, et jamais ne défaillir; ce qui s'entend d'un simple souvenir cbi Dieu ^ qui porte avec soi un désir de lui plaire. Que si ce souvenir se perd cent fois le jour^ il le faut reprendre autant de fois ; ou plutôt, il faut recevoir le mouvement de Dieu qui nous rappelle, et ne l'étouffer pas par une multitude de distractions qui nous emportent ailleurs.

Je vous supplie, ma très-chère sœur, quand vous demande^ r^'z cette grâce à Dieu pour vous, de n'oublier f>as le grand besoin que j'ai d*en recevoir une pareille. En priant Dieu pour les autres, on mérite d'obtenir plutôt pour soi-même, puisqu'on témoigne eu cela (|ue c'est In gloire de Dieu qu'on désire , et l'on doit croire qu'il sera plus gloriflé par un autre que par soi-même.

Je suis toute à vous, ma très-clière sœur.

GCLXXII.— A une religieuse de Port-Royal.

Dieu ne nous donne pas les lumières de sa grâce toutes à la fois ; il nous prive quelquefois des personnes qui nous conduisaient ù lui : mojfCD de tourner à notre proût celte conduite de Dieu.

26 novembre 1655.

Ma très-chère sœur, Je n'ai point accepté la permission que vous me donnez de ne poini répondre à votre leltrc, et je Taurois fait plus toi, si je n'en avois été divertie* par d'aulresclioses plus prcs^ées. J'ai remercié Dieu de cecpi'il vousavoil fait voir ce que vous ne voyez pas auparavant, et qui éloit caché sous la 4)aix dont vous étiez remplie; non que ce fut une fausse paix, ou que vous fussiez trompée dans celle disposition; mais c'étoit plutôt une miséricorde de Dieu, qui ienoit votre esprit dans , cette tranquillité, pour le rendre plus fort pour comlxittre la nature dans le temps qu'il vous voudroit découvrir vos défauts naturels, et ceux-là niénre (|uc vous avez entretenus sans vous en apercevoir depuis (|ue vous êtes relif^ieuse, qui ne vous sont peut-être pas encore uianifcblés ; car lu sagesse de Dieu, qui est

' Détournée.

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