CCLXXXV.- A LA MÈRE RKNÉB DB SAINT-PAUL. 4i
de retour^ et qu'elle vous aura rendu compte de notre état, on il n'y a point de changement^ Dieu merci. Ce n'esl pas que les mêmes bruits qui courent à Saumur n'aient aussi courus ici; mais nous les avons moins crus, ne voyant point d'apparence de croire qu'on voulût faire tant de violences^ sinon en un point qui nous auroit été le plus sensible de tous, qui est de nous changer de conduite. Nous sommes maintenant dans quelque sorte d'assurance que cela ne sera point, et qu'on nous laissera en paix. Nous vous sommes bien obligées, ma trèschère sœur^ de la part que vous avez prise à tous nos maux; et je crois que la part de nos amis leur a été plus pesante qu*à nous-mêmes. Dieu tempère les afflictions en diverses manières, dont la plus heureuse et la plus avantageuse de toutes, c'est quand il fait la grâce de les attendre en paix et avec une parfaite soumission à ses ordres. Nous avons eu un exemple de cela en notre mère *, et en la mère Marie-Angélique qui nous a soutenues dans notre foiblesse.
Je crois ; ma chère sœur^ que comme Dieu vous a fait la grâce de changer dans le fond de votre cœur, que vous changerez aussi de manière d'agir, n'estimant plus être capable de bien faire les choses par votre propre capacité, mais par la dépendance entière que vous aurez de Tobéissance^ sans laquelle rien n'est bien fait dans la religion. Avec cela, vous ne pourrez manquer de mériter beaucoup pour votre âmC; les charges que vous avez étant d'une grande charité. Vous trouverez dans la règle les vertus qui conviennent à votre charge de cellcrière ; et j'admire combien de qualités diflérenles saint Benoit a jointes ensemble dans ce chapitre^ qui ne peuvent être ralliées que par TËsprit de Dieu ; c'est pourquoi il dit que surtout le cellerier doit être humble, et l'Ecriture sainte nous assure que le Saint-Esprit repose sur les humbles, et, comme il est l'Esprit de sagesse, de conseil, de force, de piété, il fait que ceux en qui il demeure agissent sagement, fortement, doucement, charitablement^ et comme faisant l'œuvre de Dieu et non pas la leur; c'est-à-dire, en ne nous cherchant pas nous-mêmes.
1 La mère Marie des Anges Saireau.
éïA LÈTT1189 DB LA MÈRE AGNÈi.
mais setileitient pour plaire à Dieu et à hoi sôèiirs qu'il tent (jue nous aitnions domme il nous â âtttié^.
Je tous en aurois dit peut-être davantage, ma chère sœur; mais voilà une dame qui entre dans tiotre chambre^ qu'il me faut entretenir : c^est assez que tous sachiez que Je suis trèssincèremeât et autant que voire charité pour moi m'oblige d'être,
Ha chère sœur, Votre très-htimble et très-afTectionnée sœur et senrante en Jésus-Christ,
Sœur Agnès de Saint^Paul, R. ind.
CCLXXXVI.— A la mère Marie-Dorothée de rincamatioU te Conte,
prieure de Port-Royal-des-Champs.
Sur la visite de M. du Saussai à Port-Royal de Paris, et la vériBcation
du miracle de là sainte Épine.
43 juin (1656).
Ha très chère mère, Les professions^ ont été faites dans une précipitation étrange, vous Tavez bien vu par les billets où il n'y avoit guère de sens; je me promets que tout aura bien été selon Dieu, les sujets étant bien disposés. La visite commença hier*. L'exliortation fut Irès-favorable, el plus qu'à nous n'appartient^ car nous ne sommes pas telles qu'on nous présuppose. La conclusion fut de souhaiter avec saint Paul que Dieu brisât bientôt Satan sous nos pieds, c*est-à dire l'envie et l'aversion qu'on a de nous. Mais je suis de voire opinion, ma chère mère, que nous devons plu» craindre l'ingratitude et l'insensibilité dans les grâces que Dieu nous fait, que les persécutions qui nous éloient préparées et qu'il semble que sa bonté veuille éloigner de nous. Et il me semble que Ton se sent plus proche de Dieu dans les afQictions que quand elles nous manquent. Il faudra y suppléer en nous persécutant nous-mêmes et en
* Le H juin 4656, la sœur Suzanne de Sainte-Julienne Olier 6t profession, ainsi que la sœur Charlotte de Saint-Bernard de Saint-Simon, et la sœur Marie-Gabrielle de Sainte-Justine de Conseil.
* De M. du Saussai, grand-vicaire et oiticial de Paris.
CCLXXXVI. — A LA MÈRE M AU lE- DOROTHÉE DE L*I!<iCARNATION. >i1î)
nous séparant de la vaine joie dans Ic^ bons succès^ qui est ce qui sèche le cœur et le rend incapable de rendre des actions de grâcîes à Dieu en esprit et en vérité. Notre bonne sœur* dont nous faisons aujourd'hui l'anniversaire se seroit bien acquittée de ces devoirs. Je vous envoie son billet. La mère Angélique* dit qu'il n'y arien que de vrai ; mais ne le faites pas écrire que M. deGoutnai' ne Tait corrigée
11 est temps^ ma chère mère^ que vous commenciez à vous persuader que vous devez vous appliquer autant à la perfection des autres, qu'à la vôtre propre, et plus encore, parce qu'il y a plus de charité. Saint Jean nous recommande d'aimer notre prochain, et il ne disoit autre chose sur la fin de sa vie; et il ne dit point qu'il se faille aimer soi-même, quoique l'amour de sa propre âme en la bonne manière soil autant un effet de la grâce de Dieu, que d'aimer son prochain ; mais les premiers effets de la charité nous portent à nous procurer cet amour ; c'est pourquoi nous ne devons être avertis que du second qui nous est si avantageux, que saint Jacques dit : Que si quelqu'un retire son frère de f égarement, il couvrira une multitude de péchés et sauvera son âme de la mort. Et pour ce qui est des petits soins qu'on est obligé d^avoir, c'est à quoi il me semble qu'on doit avoir plus de dévotion, parce que cela n'est pas an-dessus de notre portée, et que nous y appliquant volontiers. Dieu nous donnera ce que nous ne saurions avoir de nous-mêmes pour servir utilement nos sœurs.
Je vous enverrai une image qui aura touché la sainte relique.
Il faut laisser passer votre rhume avant que de vouloir asr sister à l'offlce. Je pense que, vous tenant assise autant que vous en aurez besoin, et ne mettant point de manteau, que vous en pourrez venir à bout; et c'est la meilleure chose que vous puissiez faire pour vous et pour les autres. Je vous supplie très-humblement de me recommander aux prières de H. de Gournai pour notre fête *.
1 Sœur Marie de Saint-François Grimoult.
* Elle était à Paris depuis les premiers jours de juin.
* M. de SacY.
* Du Saint-Sacrement, jeudi 45 juin.
L'on est après lu vcriflcalion du miracle. Il y a plusieurs de nos sœurs qui ont prélé le serment pour cela^ et qui font leur relation : c'est un peu de tabut^ ; mais trop heureux d'être empressé pour un tel sujet.
CGLXXXVn.— A la mère Renée de Saint-Panl, à Samniir.
Elle lui montre dans quel esprit elle doit recevoir les contradictions qa*elle éprouvait dans sa charge; et lui répond au sujet d^une sœur cooTerse novice.
Gloire à Jésus au Très-Saint-Sacremeut!
28 jtiin 4656.
Ma très-chère sœur, J'ai longtemps différé à répondre à votre lettre du 9 juin, à cause des grandes fêles, et depuis |M>ur une fluxion que j'ai eue sur les yeux qui m'a interdit l'écriture plusieurs jours, et dont je ne suis pas encore entièrement quitte.
Je ne me mettrai point en peine, ma chère sœur, de vous consoler sur la répugnance que vous avez à exercer les ofDces dont vous êtes chargée, parce que c'est voire avantage de n'y trouver point d'autre satisfaction que celle de Tobéissance, et Toccasion c|ue vous y avez de réparer les fautes que vous y avez faites autrefois en les exerçant avec moins de dépendance que vous ne deviez. Ce n'est pas assez de cesser de faire mal, mais il faut satisfaire à celui qu'on a fait; c'est pourquoi Dieu permet que vos anciennes vous donnent de l'exercice pour vous aider à payer vos dettes; et vous ne devez non plus vous en souvenir *, qui si elles s*adressoient à une autre, où vous n'auriez point d'antre sentiment que celui qu'on doit avoir des fautes d'autrui. C'en est une bien grande que de se mêler de ce {|u'on n'a pas en charge; mais c'est assez que la révérende mère le sache pour y remédier; et après lui en avoir rendu compte, vous n'avez rien à faire qu'à souffrir en silence sans faire paroître à ces anciennes que vous
* Mouvement, turbulence-
* (De leurs fautes. )
CCLXXIVII. — A LA MËR£ BÉNÉE DE SAINT-PAUL. 417
voudriez être hors de charge, puisque c'est une grande imperfection à vous de le désirer par ce motif d'être exempte de leur contradiction.
Pour ce qui est de la sœur converse novice^ la révérende mère a fait très-sagement de différer sa profession^ et n'avant point profité de ce retardement, au contraire étant si superbe que de dire qu^on lui fait tort d'en user ainsi , il me semble qu'elle mériteroit d'être renvoyée. Que si elle a les voix de la communauté; il seroit difficile. Au moins doit-on retarder sa profession jusqu'à ce qu'elle soit humiliée, non-seulement de paroles^ mais en effet, et qu'on la voie changée dans cette inclination de plaire aux sœurs au préjudice de l'obéissance; autrement elle ne sera jamais qu'une mauvaise religieuse, et ce seroit un grand mal pour elle et pour celles qui la recevroient de l'engager à une perfection de laquelle elle parolt si incapable, n'ayant pas les premiers principes^ qui sont de croire qu'elle est indigne de la religion, et qu'on lui fait trop de grâce de lui donner du temps pour s'y disposer^ et surtout son ingratitude envers la révérende mère est insupportable. Que si elle ose témoigner ces sentimens dans le temps où elle doit être dans la plus grande humilité, que ne feroit-elle point étant professe? Quand une fille a fait un bon noviciat, où elle a donné sujet d'espérer qu'elle sera une bonne religieuse^ s'il arrivoit qu'elle changeât après la profession^ on n'auroit pas sujet de se repentir de Tavoir reçue ^ parce qu'on ne pouvoit pas prévoir l'avenir.- Hais quand on les a bien connues, et que par je ne sais quelle compassion on se laisse aller à les recevoir, il me semble que ce malheur est inconsolable, et que ce qu'on en souffre est plu lot un châtiment de Dieu qu'un exercice de vertu et de patience. Je prie Dieu que cette fille se convertisse si bien que l'on ait sujet de lui donner l'accomplissement de la charité qu'on a commencée envers elle^ ou bien qu'il vous en délivre si elle doit continuer à faire un si mauvais usage de la religion.
J'ai reçu une lettre de la révérende mère^ où elle me mande que le petit tabernacle n'étoit point encore arrivé : j'ai peur que vous ne l'ayez pas eu pour l'octave; je croyais que le messager vous le rendroit au bout de huit jours. Mandex-
nous s'il sera bien, et si vous n^êtes point mortiflée de ce qtill n^est pas assez beaa.
Je crois que ma sœur Marguerite aura fait profession pendant la sainte octave ; nous ne l'avons pas oubliéci et je m*asiure bien que nous aurons aussi été dans son souvenir ea cette sainte action. Je crois qu'elle aura reçu notre lettre avee celle de madame d'Aumont. Je vous supplie de l'assurer de nouveau que je Taimerai toujours dans l'espérance qu*elle sera toujours de plus en plus fidèle à sa vocation.
Présentez, s'il vous platt, mes très-humbles respects h la révérende mère, et croyez, ma très-chère mëre^ que je suis entièrement à vous et votre très-humble servante.
CCLXXXVm.— -A la mère Marie-Dorothée de rincamationLe CobUi
prieure de Port-Royal-des-Champs.
Au sujet de la nomination de M. Singlin, supériear de Pori-Rojil,
et des miracles opérés par la sainle Épine.
Dimanche 2 juillet (4656).
Ma très-chère mère, la mère Angélique est en élat de vous répondre. J'ai vu votre lettre à M. votre frère, que j'ai trouvée fort juste, et vous deviez cette correction fraternelle que personne n'ose lui faire que vous.
Que direz-vous, ma très-chère mère, de la bonté de Dieu, qui nous a comblées de ses miséricordes en cette dernière occasion* ? mais il ne faut encore rien dire , sinon à celles à qui on dit tout, car cette grâce est de la nature de la grâce même que l'on possède avec crainte et avec espérance tout ensemble, et dont on se réjouit en tremblant. Vous apprendrez la capture de celui * de qui nous tenons ce bienfait, j'en ai le cœur pénétré.
1 M. Singlin venait dVHre nommé supérieur des deux maisons de Port- Royal, en la place de M. du Saus5ai.
* Jean-Paul de Goudi, cardinal de Retz, archevêque de Paris, ayiol élé engagé dans les ti ouhles de la Fronde, fut arrélé, puis obligé de s^expatrter. En 1661, il donna sa démission et il eut la liberté de revenir en France. Il est mort ^ Paris le U aoiH 4679, Agé de 66 ans.
GCtXXXIX.— A LA UkM MAEIK-DOMTHtB M L^INGAEKATIOK. 449
Ce n'est pas moi qui ne tiens pas vos miracles pour orthodoxes^ car J'y ai une grande foi et les crois aussi Téritables que le premier, quoiqu'ils soient d'un ordre inférieur, car pour celui de la petite S il est si merveilleux qu'on le compare à la résurrection de Lazare. Celui de ma sœur Marie de Saint-Ignace * est au-dessous des vôtres, car elle se sent encore un peu de son mal de dos, mais elle fait Tinclination fort facilement^ ce qu'elle ne pouvoit faire il y avoit trois ans, et cela s'est fait en un instant, à l'heure qu'elle étoit dans des douleurs extrêmes^ et qu'on étoit quatre à lui mettre la chemise qui avoit touché à la sainte relique.
11 est bien raisonnable de ne pas laisser oublier l'humilité de ma sœur Marie de Saint-François. Il n*y auroit qu'à mettre h l'endroit où il y a qu'elle s'exerçoit dans le mépris d'ellemême, qu'à ajouter, a jusques à désirer d'être tenue pour insensée. » Nous ne lisons ces éloges que de trois en trois ans.
J'avois oublié à vous envoyer le sermon de M. Singlin du deuxième dimanche de mai. Vous excuserez s*il est mal écrit et aussi mal orthographié. Nous eûmes hier une conférence incomparable dont nous vous ferons part, IHeu aidant.
CCLXXXIX.— A la mère Marie-Dorothée de llncarnation Le Conte,
prieure de Port-Royal-des-Ghamps.
Elle lui envoie quelques reliques, etc.
46 juiUet 4656.
Ma très-chère mère. Nous vous envoyons des saintes reliquee que nous avons trouvées éparses çà et là. Il y en a dans un reliquaire de cuivre qui étoit à ma sœur M.-Mad. de Saint-Augustin, qui sont assez considérables; elle saura si elles sont assurées.
Madame d'Aumont a eu dévotion de vous donner la sainte Vierge que feu madame de Gif lui donna. Elle est de deux bois saints; le corps est du bois de Montagu^ et la tête et le petit
^ Marguerite Périer.
< Sanir Marie de Saiol-Igoace Pougio, conrerse» professe en 4637. Elle est morte le 2i février 4683, Agée de 73 ans et demi.
4âO LETTRES DE LA MÈRE AGNES.
Jésus de Sainte-Lucie. C'est afin que vous en ayez une à exposer comme nous. Elle auroit bien désiré être du voyage, mais la petite vérole volante lui fait peur. Vous Tavez remerciée bien froidement des images : ce n'est pas qu'il faille enchérir, mai^ quand les choses vous plaisent vous êtes éloquente à le témoigner. L'humilité fait cas de tout, et n'aime rien d'exquis.
Vous allez voir pour la seconde fois ceux qui nous sont invisibles. C'est pour le respect de notre novice que nous en sommes privées, car elle voudroit y avoir part, et ce seroit tout découvrir que d'entrer.
Voici une lettre pour ma sœur de Bernières ^ qui m'apprend qu'elle est bien fervenle; je ne crains que sa mélancolie. Je vous suppUe de prendre la peine de dire à ma sœur de Brégy ' que je ne Toublie point, encore que je n'aie point répondu i sa lettre. Je les salue toutes quatre, s'il vous plait, et ma sc&ur Angélique^ leur dircclrice.
CCXC— A la mère Marie-Dorothée de rincamation Le Conte, prieure de Port-Royal-des-Champs.
Au sujet d*un remercimeot qu'elle eût désiré qu'elle fil à M"« d'Aumont
21 juillet 4656.
Ha très-chère mère. J'ai élé lout attendrie que vous ayez pris si acerles ce que je vous ai mandé du remerciment de madame d'Aumont. Ce n'éloit rien d'extraordinaire que je demandois, ni qui surpassât votre portée ; au contraire je m'étonnai de ne pas trouver en votre lettre un certain agrément qui vous est naturel^ et que vous avez même pensé, mais il vous échappa en écrivant ; qui est ce que vous me mandez, que vous vous teniez fort obligée de la bonté qu'elle avoit eue de penser à la communauté en cette occasion ; qu'elle a pré-
* Sœur Françoise de Sainte-Thérèse Maignard de Bernières. Elle fit profession le 49 mars 4658.
* Sœur Anne-Marie de Satnte-Eustoquie de Plesi^elles de Brégy. Elle prit riiabit de novice à Purl-RoyaUdes-Clianips le 28 septembre 1656 et fit profession le \ \ novembre 4657.
' Sœur Angélique de Saint-Jean Arnauld d*Andilly.
CCXG. — A LA MÈRE MARIE-DOROTBÉE DE L'INGARNATION. 4ii
venu le désir que vous aviez eu que toutes les sœurs eussent une image qui eût touché la sainte Epine^ mais que vous n'osiez dire votre pensée parce qu'il en falloit trop. Tout cela est de vous-même etauroitété fort joli à dire; maisil n'importe guère de l'avoir omis. Madame d'Aumont m'a fait reproche de vous avoir mandé cela et veut que je vous assure (|u'elle n*cn a pas eu une pensée. Il est vrai que ce fut mon humeur critique qui me fit faire cette remarque^ et Dieu l'a permis pour vous faire pratiquer la douceur et rbumilité.
Pour ce qui est de n'avoir rien témoigné à M. Slnglin sur le sujet présent*, il est vrai que vous avez manqué, mais d'un manquement qui vient d'une abondance de satisfaction et de joie. Il n'y a que lui qui ne manque à rien et qui sait les mesures de tout. 11 prend cette affaire d'une manière toute sainte, et y trouve un engagement tout autre que celui que la charité lui avoit donné jusques à présent.
Il y a déjà longtemps que je pense à ce que nos sœurs me font l'honneur de désirer, et si j'en suis crue^ ce sera un mois plus tôt que de coutume*. Je vous supplie très-humblement qu'on n'en parle point à la conférence^ de peur que nos postulantes ne le viennent dire ici.
Je ne sais si vous n'avez point des Points de la mort corrigés; je vous envoie les nôtres pour les faire revoir à M. de Gournai'; je le supplie très-humblement que ce soit bientôt^ car madame de Crévecœur* les désire fort, et je crains qu'elle n'en ait besoin bientôt, car on la menace de l'automne.
1 De ce qu*il éloil noire supérieur.
> G*étoit de venir h Port-Royal-des-Cbamps.
(Notes du manuscrit.)
* M. de Sacy.
^ La marquise de Crèvecœur entra & Port-Royal le 24 avril 4 653, avec dessein d*y être religieuse. Trois ans après, en 4656, elle demanda Fliabit de religion dans une grande maladie, dont elle ne mourut pas; mais comme on ne lui trouvait pas une véritable vocation, on la refusa toujours. Elle sortit de Port-Royal le 4 juillet 4662.
4t3 UTTUS DI LÀ MERS AfillÉS.
CGXd.— A la sœvr Angélique de Sainte-Agnèe de Varie
de la Falaire.
Elle lui témoigiie ses senCimenls sur la noraiDalion de M. Singlin, supérimir de mi-Royal» et rentretient sur Tamour des ennemif.
29 juillet 4656.
Ma très-cbère sœur^ Encore que je n'aie point douté de la grandeur de votre joie sur le sujet dont vous ni^écrivezje n'ai pas laissé d^ètre bien aise d'être conûrmée dans cette créance parce que vous avez pris la peine de me mander^ qui me donne sijyet de m' entretenir avec vous de cette grâce que je ne puis cesser d'admirer; et il me vient dans l'esprit ce verset : Secwidum muUitudinem dolorum meorum, eic, consolationes iuœ, etc. Car il ne peut y avoir de plus grandes douleurs que d'être estimées hérétiques; et sa divine bonté en récompense nous donne la plus grande de toutes les consolations^ en nous mettant entre les mains de la personne de l'Eglise la plus capable de nous conduire à Dieu (au moins de ceux que nous connoissons) ; ou pour mieux dire, il nous comble de ses faveurs pour des persécutions légères. Je dis légères, car encore qu'elles soient grandes, eu égard à la mauvaise volonté de ceux qui les font. Dieu en arrête les effets, en sorte que nous n'en souffrons rien. S'il y a plusieurs personnes qui disent du mal de nous, il y en a plusieurs autres qui en disent du bien. Les uns nous blâment, et les autres nous louent, et il y a plus d'avantage à être estimées de ceux qui nous connoissent qu'à être méprisées de ceux qui ne nous connoissent pas. Enfin, si nous pensons faire beaucoup valoir ce que nous souffrons, nous nous séduisons nous-mêmes. Nous devons bien plutôt avouer que Dieu nous donne le centuple avec les persécutions. Tout oe que nous avons à craindre c'est Tingratitude. J'espère que notre bon père nous en préservera, en nous faisant marcher droit dans les voies de Dieu, puisque c'est tout ce qu'il nous demande que d'aller à lui sans nous égarer ni à droite ni i gauche. Vous savez, ma chère sœur, que l'amour de nos ennemis est un sentier des plus étroits, et par conséquent des plus