‹ Lettres de la mère Agnès Arnauld, abbesse de Port-RoyalChapitre 202 sur 246 · CCXCII.— A LA nias MAUI-DOIOTHKE 0B L'|1ICARNAT10N. 4K · texte numérisé non relu

CCXCII.— A LA nias MAUI-DOIOTHKE 0B L'|1ICARNAT10N. 4K

parfaits. Or on ne s'ayîse pas de demander à Dieu qu'il punisse en ce monde les personnes que nous aimons beaucoup pour les sauver en Tautre ; nous nous contentons de demander leur salut à Dieu, sans lui prescrire les voies par lesquelles il lui plait de Topérer ; et comme la tendresse que nous avons pour nos amis nous empêche de désirer que Dieu les confonde et les humilie pour les convertir^ de même, Tamour de notm propre âme nous arrête dans le désir de l'humiliation àê itUf ennemis^ craignant d'y prendre quelque satisfaction en la vue de notre propre intérêt. Que s'ils comparent a Judas un vérît table disciple de Jésus-Christ^ leur disgrâce n'a pas le pouvoir de le séparer de la grâce de son maître. Ainsi les maux qu'ils tâchent de faire ne sont qu'en peinture ; et ceux qu'on se feroit à soi-même, en prenant plaisir que Dieu fit rentrer dans leur cœur leur propre épée, seroient réels et véritables, puisqu'il oflènseroit celui qui nous commande de rendre des bénédictions pour des malédictions. Je parle à moi , ma très-chère sœur^ en vous disant ceci, étant besoin de veiller à toute heure sur son cœur^ pour retenir la pente naturelle qu'il a de rendre le mal pour le mal, puisque même il se porte quelquefois par une étrange ingratitude à rendre le mal pour le bien. C'est pour éviter ce malheur que je vous assure que je suis avec une parlaite sincérité entièrement à vous.

CGXGn.— A la mère Marie-Dorothée de l'Incamation Le Conte,

prieure de Port-Royal-des-Ghaiaps.

C^esl une très-boniie chose de vouloir toujours être dépendante : comment il faut ponéder les secoars qoe Diett noas donne.

Ce lundi 34 {juillet 4656).

Ma très-chère mère, Si vous avez encore madame d'Aumont quand vous recevrez celle-ci (que j'écris sans savoir s'il y a occasion), je vous supplie de l'assurer que je suis à elle plus que vous qui êtes sa bonne amie^ el que personne du monde^ excepté ceux qui aiment plus son âme que moi, parce qu'ils sont meilleurs.

Les petites sœurs qui font leur première communion vont

4i4 LETTRES DB LA SËM AQVtê.

après les sœurs converses / devanl toutes les postulantes. Je me réjouis de ce que ma sœur de Rémicourt fait blen^ car c'est mon inclination entre ses compagnes. Je vous supplie qu'on renvoie le corps de toile à madame de Crèvecœur^ qui est demeuré à Port-Royal; elle ne Ta mis que deux ou trois fois. Je vous supplie aussi de nous renvoyer des étuis. Nous retenons la Considération sur la Nativité de la Sainte Vierge, faute d'en avoir.

Vous avez bien raison^ ma chère mère, de désirer que INeu vous laisse toujours quelqu'un pour conseil. C'est une très-bonne cliose de vouloir toujours être dépendante ; mais il ne faut pas ajouter qu'il vous seroit impossible de demeurer sans cela; car les bornes ne valent rien en matière de soumission qui doit s'étendre à tout. Vous ne serez jamais seule, puisque vous dépendrez toujours de Dieu premièrement^ et puis de ceux qui vous détermineront ce que vous devez faire. Nous serions trop heureuses si nous étions capables d'éprouver que Dieu est Dieu, c'est-à-dire qu'il a en lui-même la source de toutes les grâces qu'il donne à ses créatures pour nous les communiquer. Hais notre peu de foi nous rend cette vérité presque incroyable, et nous laisse quasi croire qu'il ne nous donnera jamais rien par lui-même. Cette ferme foi que Dieu peuttout, et que nous avons tout en n'ayantque lui, n'empêche pas que nous ne devions estimer infiniment les secouis qu'il nous donne, et ne manquera rien pour obtenir de sa bonté qu'il nous les conserve; et je crois que ce que Dieu demande de nous pour cela, c'est de ne les posséder qu'avec dégagement, et ne nous point satisfaire dans des entretiens superflus, mais se contenter du nécessaire ; et pour notre regard, nous aimons mieux ne les point voir que d'être cause de quelque voyage que Dieu n'approuveroit pas, et qui pourroit être suivi de quelque malheur \ Il faut être assis pour manger le pain de douleur; Ton nous disoit autrefois que cela vouloit dire qu'au temps de Taffliction, il ne falloit bouger de sa place et ne rien faire de nouveau. C*est pourquoi nous ne désirons

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personne pour les profetiîoii»; timtle monde y peut être inyisiblement comme les anges. Four moi^ je m'imagine qu'on ne pourra plus faire de professes^ cause des brouilleries qui se font dans la juridiction.

Madame de Crèvecœurlàit fort bien dans sa retraite; il y auroit sujet de s'en contenter ^ si elle avoit passé une année de la sorte. Sa sœur ^ qui est ici^ est bonne> simple et judicieuse.

Il est certain que ma sœur Anne de rAssomption s'en fait accroire; c'est un sujet assez médiocre, et elle croit n'être pas du commun ; elle craint bien Dieu^ et c'est ce qu'elle a de plus mauTais qui paroit au dehors.

Je suis toute à vous, ma très-chère mère ^ et à ma sœur Angélique de Saint-Jean^ s'il vous platt.

CSCXCm.— A la mère Marie-Dorothée de llncamatioii Le Gonte,

prieure de Port-Royal-des-Ghamps.

Elle lui parle de son prochain voyase ^ Port-Royal-des-Champs» et de la nomination de M. Singlin.

{Versle^^aaùl 1656.)

Ma très-chère mère, J'ai parlé tout ouvertement de notre voyage* à la mère Angélique^ à qui j'ai dit qu'il seroitbon d'avancer, parce qu'elle s'en retourne aussitôt que je suis revenue. Elle en est fort d'avis. J'en parlerai aussi à M. Singlin. Rien ne presse encore, car je prévois une certaine conférence le jour de saint Augustin, que je ne voudrois pas perdre. Après cela je suis à vous, Dieu aidant.

Je remets nos paquets à la meixi des sœurs du tour, qui les placent où elles veulent, et cela n'étoit pas mal pour éviter que les écrits ne se moluillent quand il pleut, mais cela oblige d'où* vrir tous les paquets.

Je remercie très-humblement H. de Gournai de sa diligence; j'ai peur que la copiste à qui je Tai donné ne tienne longtemps.

Je n'ai point douté de l'applaudissement universel de la no-

1 Sœur Charlotte de Saint-Bernard de Saint-Simon.

« A Port-Royal-des-Champs. Diaprés ceci, et la lettre du 2% octobre 46S6, la mère Agnès a dA aller ^ Port- RoyaUdes- Champs à la fin d*août, jti<mrik la ini-octohre 4656.

416 LETTRES DE LA MEU AQJUiS.

miiiatioD de M. Singlin. J*espère que si cette joie D'est précédée de la justice et de la paix^ qu'elle en sera suivie , et qu'il représentera le règne du Fils de Dieu duquel il est dit : Oritdur in diebus ejus justitia, et abundantia pacis. Je suis ravie de œ que Yous^ue l'appréhendez plus. Dieu vous failéprouver la douceur de son joug, que vous avez cru par imagination être fort rude. Il est certain que nous avons besoin de quelque cbosej et que la vérité languit parmi nous. On nous a instruites Jusqu'à présent en nous laissant sur notre bonne foi ; il est temps qu'on nous dise : Redde rationem villicalionis luœ. Je ne doute point que la nature n'en souffre, mais c'est notre bonheur qu'on nous secoue un peu , et que ce soit par une conduite forte et douce comme celle de la sagesse de Dieu. Préparons nos cœurs^ ma chère mère, afln de ne point contrister celui qui a tant de charité pour nous. Il me semble que cette surséances dans laquelle nous le possédons sans le posséder pleinement, est un temps que Dieu nous donne |K)ur nous faire mériter ce trésor incomparable^ pour lequel il faut vendre tout ce que nous avons, en promettant à Dieu que nous nous dépouillerons de tout pour cet unique don qu'il nous veut faire. le suis toute à vous, ma très-chère mère.

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