LETTRES PE LA W^RE AOHÂ
au sort parmi ceux que le petit Jésus nous a donnés en Tenant au monde^ puisque le commencement de ces prières sont les paroles que le Saint-Esprit a dites par la bouche d*un prophète. Si vous y trouvez de la dévotion, nous nous trouverons heureuses d'avoir contribué à vous donner une bonne pensée.
GGGXXXI.— A Madame de Foiz, coadjntrice de Saintes.
Elle répond à plusieurs questions qu*elle lui avait faites sur la manière de se conduire k regard des infirmes, des malades, etc.
Fm4660.
Je réponds, ma trèsr-cbère mère^ à tout ce quMl vous plail nous proposer, !<> Je ne fais qu'un article de ces deux sortes de personnes : les uneç infirmes et les autres qui prennent des remèdes^ toutes ces deux sortes ne doivent point être exemptes liu silence, hormis deux heures d'entretien qu'on leur donne après le diner et le souper. Je vous envoie Tai'ticle de nos constitutions où il est parlé de cela, et dans lequel on tâche i leur adoucir ce points en les exhortant de se souvenir de la présence de Dieu; car certes c'est une chose bien rude que de demeurer à sec, étant obligé de garder la règle, sans trouver ailleurs une douceur plus grande que celle dont on se prive, et c'est ce qui arrive quand on porte de bon cœur le joug de Noire-Seigneur, puisqu'il a dit qu'i/ étoit doux, el sa charge légère.
2» Nous disons matines à deux heures après minuit; l'on se recouche après une heure et demie durant^ et quelquefois deux heures. Les sœurs qui n'y vont point pour être indisposées se lèvent à quatre heures^ à quatre heures et demie ou à cinq, selon le besoin qu'elles en ont, et tout aussitôt elles disent leurs matines. Elles se couchent à huit heures comme les autres.
3» On ne va point au parloir durant les offices, autant qu'il se peut, et durant le temps du Carême et des Avens; Tinfirmité de celles qui sont demandées n'a rien de commun avec cela, et serviroit plutôt d'excuse pour ne les y pas envoyer.
4» On donne des livres plus aisés à comprendre que les
GCOnP^I.— A MADAME PB FOl^C. 475
ordinaires à Pinfirmerie^ comme sont par exemple l'histoire de la vie de quelques saints écrite plus au long que dans la légende, où il $is trouve plusieurs choses agréables, comme les chroniques des ordres. Pour ce qui est d'aucune sorte de jeu, il ne s'en parle point; le divertissement des malades, quand elles sont mieux, c'est d'éplucher quelque chose pour Tapothicairerie et semblables choses qui les empêchent de s'endormir, ou bien de coudre quelque chose quand elles l'aiment mieux que de ne rien faire^ car op ne les oblige à rien, et on a soin de fournir d'entretien à celles qui sont au lit, hormis pendant les heures de Tofflce.
5» Il n'est point permis de manger hors des heures du repas^ sinon par besoin ; mais pour des fruits qui ne suppléent pas ai; défaut de la nourriture, on croiroit que ce seroit un péché (d^immortiflcation.
60 On ne quitte point les chemises de serge toute l'année^ sioon que Ton soit malade à l'infirmerie. Il y a pourtant des llifirmes qu'on en dispense pour toujours^ parce que cela feroit pp dommage notable à leur santé.
7<» Pour ce qui est des austérités, on ne permet que trèsrarement des pénitences singulières^ et si les sœurs en faisoient sans permission, on les estimeroit fort coupables, et que tout leur zèle ne seroit que tentation.
Pour nos pensionnaires, elles ne sont point obligées au silence, mais on les veille soigneusement afin qu'elles ne s'entretiennent point de badineries. Les plus grandes de seize à dix-sept ans se lèvent à quatre heures l'été, et k quatre heures et demie dans l'hiver. Depuis douze {ans) elles dorment une heure davantaiçe ; et pour celles au'-des^ sous de cet âge, on les laisse éveiller d'elles-mêmes, ce qui ne va (ptu) plus loin que six heures. Elles vont toutes à Vêpres les jours de fêtes et dimanches, et les jours ouvriers il n'y a que les plus grandes qui aillent à Vêpres. Elles font leurs prières du soir et du matin, et disent ensemble Prime, Vêpres et Complics^ excepté les plus petites.
GGCXXXII.— A Monsieur de Séyigné.
Le premier jour de l'an. Elle lui envoie un billet.
(4 «r janvier 4661.)
Le rehaussement que vous faites de Tétat de pénitent^ et Festime que j'en fais nrioi-même^ m'a donné la liberté de vous traiter selon cette qualité ett supprimant les respects que je devois rendre à une personne qui ne les mépriseroit pas comme vous faites. C'est ce qui m'a fait différer à vous témoigner la joie que j'ai reçue des bons sentimens dont vous faites l'expression dans votre billet^ qui me donne sujet de méditer les paroles qu'un saint prophète vous a mises en la bouche, et les autres dont vous vous servez sans les ciler : que Dieu n'a pas favorisé les autres, et ne leur a pas manifesté ses jugemens, pour les obliger de les prévenir par la pénitence. Hais je laisse un si grand sujet dans le silence et l'admiration qu'il mérite, pour vous supplier de considérer le second sort qui vous est arrivé autant à propos que le premier. Ce n'est pas une parole de Jésus-Christ comme celui de Noël, mais une demande qu'on lui fait en Fhonneur du Nom qu'il prend anjourd'hui, comme il nous ordonne de faire; il n'y a point de meilleure marque de réconciliation qu'une bague, qui est le don que votre billet demande.
Vous recevrez aussi un billet du mois, dans lequel le Fils de Dieu prend la marque d'un pécheur, pour obliger les pécheurs de n'avoir point de honte de montrer leurs cicatrices, étant juste qu'ils veuillent bien paroitre ce qu'ils sont, voyant que leur Sauveur a bien voulu paroitre ce qu'il n'étoit pas. Mais il parott. Monsieur, que vousi^avez ces sentimens si fort imprimés dans le cœur, que la vue de ee grand exemple ne fera que vous y confirmer. En quoi vous aurez saint Augustin pour modèle, qui vous est échu pour toute Tannée, pour achever les conformités que la providence de Dieu fait à votre égard.
J'exposerai à toutes nos sœurs le désir que vous avez qu'elles demandent à Diw des miettes |K)ur vous, qui feront un double
GGCXXXIII.— A MADAME DE SABLÉ. Ail
effet pour nourrir voire âme et pour la guérir, puisque la grâce qu'on lui demande dans la prière a le pouvoir de faire tous les deux. Je me joindrai à elles pour éviter l'inutilité de mes prières si elles étoient séparées des autres.
GGCXXXIII.— A Madame la marquise de Sablé.
Elle la remercie de la bonté avec la<|«ille elle avaîl reçu un petit présent
qu*eUe lui avait envoyé.
Gloire à Jésus au Très-Saint-Sacrement I
Ce 3« jour de Vannée h6^h .
Je n'avois osé^ ma très-cbère sœur, me donner l'honneur de vous écrire avec le rosier, pour ne pas joindre un chétif billet avec un si petit présent. Hais vous avez une bonté qui vaut mieux que la pierre philosophale^ car elle convertit tout en or. C'est une chose bien commode, quand on est dans Tindigence, de trouver des personnes qui enchérissent sur les choses de moindre prix. Vous faites cela, ma chère sœur, en perfection, parce que vous ne regardez pas les choses visibles^ mais les invisibles^ je veux dire l'humble et sincère disposition qui nous a fait vous rendre un petit hommage au commencement de l'année^ pour marque des devoirs que nous vous voulons rendre tant qu'elle durera. Qui ne vous remercieroit donc très-humblement^ ma chère sœur^ pour un remerdment si bon et si cordial qu'il vous a plu de nous faire? C'est Fintention de ce billet que je finis par Tadmiration de vos bontés, et par la satisfaction que j'ai de mes reconnoissances.
QGCXXXIV.^A ime religievM de Ptrt-Royal, à P.-R.-da8-Ghamp8.
Elle lui apprend dans quel esprit eHe doit remplir Tobéissanoe {où elle est. — 11 faut prier et agir avec foi.
(ComiSIèencêmmê de 4661.)
Ma sœur, Je ne trouve point à propos que vous alliez travailler en votre cellule; c'est IVspritde notre ordre d'être toujours ensemble de corps^ et séparées par 1# silence qui vaut
478 LETTRB6 DE LA MÈRE ÂGNiS.
bien mieux qu'une muraille, qui n'opère point la Tertu dans rame. Ce n^est pas s'exposer à Toccasion que de demeurer dam son obéissance^ c'est plutôt en en sortant qu'otl témoigné que Ton ne se fie pas à la grâce de Dieu, qui ne délaisse point leÉ âmes dans les besoins où elle les a engagées. Vous n'airez point encore éprouvé la vertu de Tobéissance^ n'agréant point assez celles où l'ôri vous ttiet. Tous ne faiteil (|ue (;biisidéfër si elles TOUS sont propres, au lieu qu'il vous faudroit approprier i elles, et perdre votre âme pour elles, pour la retrouver en elles-mêmes. Je veux dire, par exemple, qu'il faut proposer le désir que vous avez du silence, à l'amour de l'obéissance, qui ne vous permet pas de le garder en statue comme vous feriei étant seule, mais en Religieuse qui porte partout ûiet elle le royaume de Dieu. C'est t)ieu même qui la soutient 6t Itt pré* serve, quand il lui platt, de tomber dans les occasions qui Itti sont présetitées. Que s'il ne l'en présetve pas, elle rie dtff attribuer sa cbùte qu'au défaut de la grâce dont elle rie ifeA pas rendue digne, peut-être par le resserrement de son cœlir; car qui sème chichement, il moissonnera aussi cbichemeni; Dieu traitant les âmes comme il est traité d'elles, selon quH nous l'apprend dans TÉvangile en la guérison d'iih âvetiglé à qui il demanda : Crois-tu que je le puisse faire? et ayant ré' pondu que oui, il lui rendit la vue. Examinez-vous sur la foi que vous avez en l'aide de Dieu, et vous trouverez ce que dit saint Jacques, que vous hésitez toujours, et que votre cœur est comme les Ûots de la mer agitée : or il conclut après, qu'utie telle âme ne doit point s'attendre de rien recevoir de Dieu, parce qu'il faut prier avec foi, et agir ensuite avec foi, cVst-àdire, se jeter dans les périls quand Dieu y engage. Vous estimez que c'en soit un de travailler à la sacristie, et cependant Dieti vent qtie vous y soyez; que ferez-vous en cela, sinon enn brasser la volonté de Dieu qui est notre sanctiûcation, et chasser par la charité la crainte de nuire à votre âme?
Voici donc ce que vous devez faire quand on vous met en quelque obéissance, qui est de la regarder en toutes ses parties, qui consistent dans les actions de la même obéissance, comme les seuls moyens qui vous doivent conduire à Dieu, en faisant une échelle dont chaque action sera un échelon qui vous
cccnxrv.— A une religieuse de port-rotal. 479
approchera de lui^ et tontes les autres que vous ferez en omettant celle-là seront autant de descentes. Par exemple, aller promptement à la sacristie après l'offlce pôtir y If atâlllcr , c'est un échelon que vous montez ; retarder un peu pour faire quelque dévotion, c'est eu descendre un ou deux; faire une chose exactement, soigneusement et avec application, comme plier un mouchoir, c'est se rendre digne que Dieu s'applique à vous avec amour, qu'il accommode tous les plis de votre âme; au lieu que faisant cela, ou quelque chose encore moindre, négligemment et à la légère, sous prétexte que le temps n'est pas bien employé à cela et qu'il en faut retrancher autant que Ton peut pour vaquer à son intérieur, Dieu vous y laisse penser toute seule, en sorte que votre occupation vers vous-même sera une pure oisiveté stérile de tout bien, parce que ce n'est pas la voie par laquelle Dieu veut venir à vous; vous le cherchez au dedans de vous, et il est au dehors en la manière que je le viens de dire. Quand je voudrai donc savoir s! vous profitez dans la vie intérieure, je m'enqiierrai à ma sœur G. de L.^ si vous donnez tout votre temps à la sacristie, si vous y faites toutes choses avec soin et affection, si elle est libre avec vous de vous dire tout ce qu'il faut faire, si elle ne condescend point à votre inclination en vous laissant aller à votre cellule : et quand tout cela ira bien, je dirai que Kiëu est avec vous^ qiie voUs êtes son temple et son ciel, puisque sa volonté s^accdmplit en votre âme comme en celle des bienheureux.
Je me réjouis extrêmement de ce que vous ne craignez plus la mère Angélique. Vous avez raison d'en remercier bien, car c'est une grâce importante qu'il vous a faite, c'est sighe que vous ne haïssez plus là lumière; car vous ne la craigniez qud parce qu'elle mettoit au jour voâ cachettes et vos attaches; prenez bien garde de ne retomber pas dans cette mauvaise disposition. Ne pensez point à itie revoir, ce ne sera de longtemps, espérant de faire itiie retraite quand je serai guérie. Dieu veut des dons éternels, ceux qu'il nous fait sont àe cette sorte. Donnez-moi à lui pour toujours. Adieii.
* Sœigr GenevièYe ie rincaroatioD Pineau. Elle fut sacrUtioe à Paria dët>ttiil 4M4 just{a'ft là Art de septembre kMl,
GGCXXXV.— A Madame de Foix, coadjntrice de Saintea.
Elle s*excase de ne lui avoir pas encore écrit, et lui fait quel(|ues réflezioot sur 1* Évangile du 2* dim anche après rËpiphanie.
44 /onmfT 4664.
Je suis dans la confusion^ ma très-chère mère, de ne in*étre point donné Phonneur de vous écrire au commencement de cette année; mais je m'excuse moi-même, quand Je fais réflexion que ce défaut vient d'une fort bonne cause, qui est que je ne m'aperçois point que le renouvellement du temps puisse augmenter la disposition où je suis à votre égards qui ne m'a pas permis dès le commencement de laisser rien à faire de ce qui peut rendre parfait mon respect et mon affection pour une personne aussi obligeante que vous êtes. Il y a une chose à quoi je n'ai point manqué, et je n'y manquerai jamais s'il plaît à Dieu de m'en faire la grâce^ qui est de le prier qu'il vous donne de nouvelles bénédictions pour faire un plus parfait usage de celles que vous avez déjà reçues, que vous devez estimer beaucoup, n'y ayant rien qui lui plaise davantage que la gratitude. Ce qui n'empêche pas que nous ne ressentions toujours noire indigence, et qu'après lui avoir rendu grftces de tes bienfaits, l'on n'expose à sa bonté ce qui nous manque en core, qui sera toujours beaucoup plus que ce que nous avons déjà.
C'est aujourd'hui un mystère de confiance par le change* ment que Notre-Seigneur y fait de l'eau en vin, ce qui fut le premierde ses miracles, et qui devoit être le plus ordinaire dans la loi évangélique, où sa grâce ne cesse point de faire cescbangemensen faveur de ceux qui s'adressent à lui comme à l'unique réparateur de tout ce qui nous manque; et, pourn'en être point empêché par l'indignité qu'il trouve en nous, ^ en détourne ses yeux pour les jeter favorablement sur une créature qui lui est infiniment agréable, et qu'il nous donne pour médiatrice, après lui avoir donné pour nous un cœur de mère et de Mère de miséricorde aussi bien que de maîtresse, pour nous apprendre comme nous devons prier, qui n'est pas avec beau-
CCCXnyi.— A MONSlEUrDE SÉYlGNÊ. 481
coup de paroles, puisqu'elle n'en dit qu'une à son Fils qui nous doit servir d'oraison jaculatoire toute cette semaine^ en disant seulement : Je n^ai point de vin^ je n^ai point de ferveur, je n'ai point de fidélité ni de fermeté dans mes résolulions. Et cela voudra dire qu'on désire^ qu'on demande et qu'on gémit de n'avoir pas ce que l'on connoît qui est si nécessaire ; et pourvu que la confiance succède à la confession de notre pauvreté et de notre misère^ et que la persévérance ne nous manque pas pour attendre son heure, elle ne manquera pas de venir.
GGGXXXVI.— A Monsieur de Sévigné.
Pour le remercier d*une lampe quMl lui avait envoyée.
Ce jour de sainte Agnès, 24 janvier (4664).
Je me rends, Monsieur^ à l'avantage que vous avez sur moi en qualité d'une pauvre qui ne puis refuser sans orgueil les aumônes qu'on me veut faire. 11 m'est arrivé depuis peu de Jours une disgrâce : c'est la rupture d'une lampe qui m'a voit été donnée avec autant de charité, qu'il vous plaît de m'en offrir une encore plus belle et plus durable, et si lumineuse qu'elle me servira d'un soleil de nuit. Je ne pouvois moins que d'en être privée quelque temps^ mais la sainte impatience que TOUS avez de bien faire ne tous a pas permis de retarder TOtre présent^ duquel je tous rends grâces très-humbles, quoique ce soit aTec mortification que je souffre que vous en soyez privé pébdant que l'on n'apportera pas celle que vous aTcz commandée. Je demande pour tous à Notre-Seigneur Jésus- Christ une lampe d'une des vierges sages^ et j'aurois désiré que le billet qui vous est échu de ceux que nous avons tirés sur les paroles de cet Evangile eût été celui où il parle d'une lampe, mais le vôtre est encore plus aTantageux^ puisqu'il TOUS approche plus près de l'Epoux. La sainte épouse que nous honorons aujourd'hui tous Teuille récompenser. Monsieur, de tontes les bontés que tous avez pour moi, en tous obtenant par ses prières un accroissement de feu et de lumière pour marcher toujours plus sûrement durant la nuit de la péni-
482 LSTTRB8 ^B LA MÈRE AftlliS.
tence jusqu'au jour de votre réconciliation, dont je célébreiti la fête avec vous, et avec autant de joie que vous aurez eu de patience pour l'attendre.
Le billet que nous vous avons envoyé a été tiré aussi simplement que les autres. C'est la providence de Dieu qui tous les fait rencontrer si conformes à vos senUmens; et c'est ellemême qui vous inspire de vous les appliquer et d'en taire tant de cas. Il est vrai que ce vous doit être une extrême consolation que Jésus-Christ; qui est venu pour la ruine de plusieurs, vous donne tant de marques qu'il veut être votre rérârreclioti et votre vie. C'est ce qui oblige toutes les personnes qui sont à lui; de se joindre à ses desseins pour y contribuer tout ce qui leur est possible.
GCGXXXVII.— A la mère Renée de Saint-Paul, à Saornur.
Elle rassure de U Gdéliié de son affection pour elle, et lui doone diftrses
nouvelles.
a janvier 4661.
Il est vrai, ma très-chcre sœur, qu'il y a longtemps que je ne vous ai point dit de mes nouvelles par moi-même, mais je n'ai point appréhendé que cette omission vous fit de la peine, ayant su que mon impuissance en étoit la cause, et non pas le changement de mon cœur pour vous^ qui demeurera toujours aussi fidèle à l'affection que je vous dois, comme je suis obligée de l'élre à Dieu qui est l'auteur de Tunion qu'il me donne avec votre âme. Ne soyez donc plus fâchée, ma chère sœur, de ne point recevoir de mes lettres, puisque Dieu ne me permet pas de vous donner ces témoignages extérieurs de ce que je vous suis.
Ha santé est assez bonne pour le présent, mais il y a si peu d'assurance^ que je retombe dans mes accidens lorsque je m'en crois plus éloignée. Tout ce que je désire pour vous et pour moi, c'est de nous attacher uniquement à Dieu qui est immuable ; et pour cela de ne rien aimer et de ne rien cniindre de ce qui est au-dessous de lui. Je compatis beaucoup à la pauvreté de votre maison pendant cette année pour la cherté du blé; nous en avons notre bonne part, quoique Dieu nous fasse
CCCXXXVII.-^A LA làRI Rtllil M SAIIIT-PAUL. 403
toujours éprouTer sa providence en ne nous laissant pas suoooBiber à la grande dépense de nos deux maisons. Je supplie sa divine bonté de pourvoir aux besoins de la vôtre, et de vous faire la grâce d'en profiter pour votre salut.
Je vous ai recommandée aux prières de toute la communauté, et particulièrement à celle que vous spécifiez dans la lettre de] ma sœur Gabrielle> qui ne vous écrira point ce voyage, parce que je la réserve pour une autre fois que je ne le pourrai pas faire; et vous savez, ma chère sœur, qu'il faut retrancher tout ce qui est superflu, comme sont tous les témoignages d'affection, quand on est assuré (par une) personne de celle de toutes les autres.
Mais j'ai bien des excuses à faire à la révérende mère et à vous, de ne vous avoir point averties de la mort de ma sœur Anne-Marguerite d'Andilly, qui arriva le 7 octobre dernier. Je dis que je vous en dois des excuses, parce que votre charité a siget de se plaindre de ce que je ne lui ai pas donné occasion de s'exercer en l'assistant de ses prières, que je demande trèshumblement à la révérende mère et à la communauté pour elle. Dieu lui a fait la grâce d'aller à lui avec beaucoup d'hiimilité et de confiance en sa miséricorde. Elle étoit à Polrt- Royal-des-Champs depuis un an, où elle est morte en l'absence de la mère Angélique et de toutes ses sœurs. J'espère que cette séparation lui aura servi devant Dieu, puisqu'elle avoit désiré d'aller en cette maison croyant qu'elle y proflteroit davantage. Il y a eu trois autres de nos sœurs, en même temps, qui furent malades à Textrémité, et il lui a plu de choisir celle-là qui étoit la plus jeune de toutes et assez saine ; ce qui nous fait croire que c'a été son avantage pour la mettre dans un état assuré , étant toujours à craindre de ne persévérer pas. Je salue très-humblement la révérende mère, et la supplie de me conserver devant Dieu le rang qu'il lui a plu de me donner dans sa charité. Je lui envoie des images qui ont touché la sainte Épine; nous y avons joint le livre de Lanspergius, qui jera, s'il vous plaît, le dernier, après plusieurs autres que vous avez déjà reçus.
J'oublie à vous dire que madame de Crèvecœur n'est pas Mcore profefie, et qu'il ne lient pas ni à elle, oi à nous, mais
son heure n'est pas encore venue; priez Dieu qu'elle arrive bientôt, et qu'il soit glorifié en toutes choses. Je suis en lui^ ma très-chère sœur, entièrement à vous.
GGCXXXYIII — A Monsieur de Se vigne.
Tous ceux qui sont vérilablemeot à Dieu sont frères.
(2 AforÛT 4664.)
Puisque Dieu fait la volonté de ceux qui le craignent, il est juste ({ue je fasse la vôtre, en vous appelant mon frère en Jésus-Christ, qui est l'alliance qu'il nous commande d^avoir les uns avec les autres. C'est ce qui me fera toujours prendre part aux avantages qui vous arriveront pour vous rendre de plus en plus enfant de Dieu et frère de tous ceux qui lui ap])artiennent dans la même qualité. Et puisque vous étendez ces moyens jysqu^aux petits billets, je crois que vous jugerez que celui que le sort vous a donné vous sera utile pour ce dessein. 11 enseigne une vérité à laquelle on se peut aisément méprendre, qui est de se contenter de se voir délivré de ses attaches, sans éloigner de soi les occasions par lesquelles on pourroit retomber dans les mêmes pièges ; n'y ayant point de sûreté pour une âme qui a été captive de ses ennemis, que de se rendre l'esclave de Jésus-Christ, et qu'il l'enchaîne si fortement par un amour victorieux de toutes les inclinations où elle étoit autrefois assujettie, qu'il n'y a plus à craindre qu'elle veuille rentrer dans leur servitude. J'estimerai mon frère heureux s'il fait aujourd'hui cette offrande à Jésus-Christ, et qu*il la fasse si pleinement qu'après avoir renoncé à tout ce qui est illicite, il y ajoute de se priverméme de plusieurs choses qui lui seroient permises, afin de se rendre plus fort contre les foiblesses qui restent du péché.
GGGXXXIX.— A Madame de Foiz, coadjntrice de Saintes.
Sur le renouvellement de la persécution.— Elle lui parle de mideinoiselle
de Monglat.
6/'eort0r4664.
Enfin, ma très-chère mère, vous avez su ce qui se pane ici,