CCCXLI.— A Monsiénr dé Sévigné
Une personne qui goûte Dieu ne se rebute de rien, quelque austère
qu*ii soit.
(Vers la Septuagésme^U février ^6^^,)
Nous avons tiré des billets cette semaine en l'honneur de It triste solennité de la Septuagésime, où nous avons reçu la pkie du premier péché. C'est pourquoi nous avons eu dessein de tirer des remèdes par rapport à ceux qu'on fait aux personnes qui ont reçu des blessures dans le corps. Je ne sais si
CCGXLU.— ▲ MOMSISIIR DB givlGNÉ. 487
celui qui tous est échu vous sera propre, mais je tous renvoie par respect au sort, sans avoir dessein d'en faire l'application.
J'ai appris. Monsieur, que vous aves trouvé le désert florissant et fertile en délices spirituelles. 11 seroit difficile que ce qui est austère vous pût rebuter à présent que vous avez commencé à goûter Dieu, qui fait que tout ce qui conduit à lui vous est agréable. Il pourra peut*étre arriver de mauvais jours, à qud Dieu vous prépare par la consolation que vous receves, mais j'espère que dans les uns et dans les autres vous serez toujours également à lui.
CCGXLn.— A Monsieur de Sévigné.
Sur le premier dimanche de carême.
(6 nkir8l6S4.)
Vous savez qu'il est aujourd'hui un jour de combat, et que notre capitaine est à la tête de tous ses soldats qui promet de les rendre victorieux, pourvu qu'ils se servent des armes qu'il leur donne, qu'il diversifie selon le besoin qu'ils en ont. Ces armes sont sur le modèle de celles que ie Fils de Dieu a prises contre le Démon, étant toutes tirées de l'Écriture sainte. Voici celle que le sort vous a fait rencontrer; je crois qu'elle pourra vous être propre, et qu'il est difficile que vous soyez pur et net de ce défaut qui enveloppe presque tout ie monde. Priez Dieu, Monsieur, que les impuissances où mon infirmité me réduit ne me rendent point esclave d'un si grand mal comme est Pinutilité et la perte du temps.
CCCXLIII.— A Madame deFoiz, coadjatrice de Saintes.
Au sujet de Tordre donné aux grands-yicaires de Paris d'ôter aux religieuses de Forl-Royal leur supérieur ei leurs confesseurs, et de Tordre du roi de renvoyer toutes \e% pensionnaires des deux maisons de Port-Royal. — Douleur et affliction des pensionnaires, et aussi des postulantes, qui craignent d^éprouver le même traitement. .
26 avril 4 664 .
J'avois tous les désirs du monde, ma très-chère mère, de ne
pas manquer de me donner l'honneur de vous écrire par le dernier ordinaire^ mais il me fut impossible, et je crois que vous me le pardonnerez quand vous en saurez la raison qui couvrira cette faute, comme j'ose espérer que ce qui se passe effacera nos péchés devant Dieu, si nous sommes si heureuses que d'en faire l'usage à quoi il nous oblige. Je vous dirai donc, ma chère mère, que nous sommes montées d'un degré dans rétat de personnes suspectes et calomniées, en ce que Ton en vient maintenant aux effets. La première chose que Ton a faite contre nous, a été que le roi a ordonné à MH. les grands-vicaires de nous ôter notre supérieur' et nos oonfesseurs, et d'eu mettre d'autres qu'ils lui présenteroient pour les agréer. Les grands-vicaires répondirent qu'ils n'avoient pas ce pouvoir-là, notre supérieur nous étant donné par M. le cardinal de Retz immédiatement. Le roi ne se satisflt pas de cette réponse , il leur commanda de mettre leurs raisons par écrit et de les donner à M. Le Tellier pour les lui envoyer. Cette réponse ne partit que d'hier 25, et comme je crois qu'elle n'aura point d'effet, les voies canoniques venant à manquer, on viendra à la violence pour exiler ceux qufoo ne nous pourra pas ôter.
Il est inutile, ma chère mère, que je vous témoigne la peine où nous sommes sur ce point, puisque vous la concevrez mieux que je ne vous la pourrois dire, et que je n'ai intention que de vous dire simplement les choses sans les exagérer; à rimitation de TÉvangile qui rapporte la passion du Fils de Dieu, eu disant seulement Thistoire, sans blâmer les personnes qui l'ont exécutée, ce qu'il auroit fallu faire avec des pensées et des paroles qui surpassent la capacité de tous les hommes: et parce que le traitement qu'on nous fait est infiniment audessous de ce qu'on a exercé envers Jésus-Christ, nous sommes encore beaucoup plus obligées d'en parler avec toute la modération qui nous sera possible.
Nous apprîmes la première nouvelle mercredi dernier*. Le
1 M. Singlin. Il éviia uno lellre de cachet, en se reliranl de Porl-Royal. Tons les confesseurs sonirenl le 12 juin suivant.
* Le mercredi de la semaine sainte, 13 avril 1661, on lint conseil contre Porl-Royal, et ou publia un arrêt du roi pour Texécutiou de ce qui afsiit