CCCXUU. — A MADAME DB FOIX
samedi suivant, M. le lieuienaot civil et M. le procureur du roi au Chfttelet vinrent de la part du roi nous faire commandement de rendre toutes nos pensionnaires à leurs parents, et cela dans trois jours, avec défense d'en plus recevoir à l'avenir, ni pour les élever^ ni pour les faire novices. Ils ont même écrit le nom des filles qui sont dans le noviciat, c'est-à-dire les postulantes, quoiqu'ils ne nous aient encore rien dit sur leur sujet. Mais il ; a lieu de juger qu'elles passeront comme les petites filles, qui étoient au nombre de vingt et une. On a aussi compris celles de Port-Royal des Champs, où il a été un commissaire faire le même commandement. On ne sauroit s'imaginer la douleur de ces pauvres enfants qui fait fendre le cœur. Toutes les personnes qui se rencontrent dans le dehors de la maison lorsqu'elles sortent, ce qui ne se fait que Tune après l'autre, en pleurent de pitié. Mais c'est encore pire des postulantes dans la crainte qu'elles ont qu'on n'en vienne jusqu'à elles. Nous attendons tout ce qui pourra arriver de plus, avec le plus de soumission qu'il nous est possible, dans l'espérance que Dieu nous veut éprouver, et non pas nous abandonner entièrement.
été arrêté dans rassemblée du clergé contre ceux qiron appelle Jansénistes et touchant la signature du formulaire. — Le samedi de Pâques, 23 avril, on fil commandement aux religieuses de Port-Royal de renvoyer toutes leurs pensionnaires.
Il T avait alors plus de 200 personnes dans les deux maisons de Port- Rojal : 414 religieuses professes, savoir : 90 de chœur et 24 converses; 5 novices de chœur , 4 9 postulantes, 47 jeunes pensionnaires et 8 grandes, et plusieurs autres personnes dont on n'a pas les noms ni le nombre.
Le dimanche ocUive de Pâqurs, 24 avril , on donna Thabit de novice k quatre filles, savoir : les sœurs Lombert, Richer, Gourtin et Baudrand. Le lundi 25, on le donna à trois autres filles, mesdemoiselles de Monglat, Bazin et Boissard.
Le mercredi, 4 mai, le lieutenant civil apporta un nouvel ordre de renvoyer toutes les uo vices et les postulantes. La mère Agnès, qui était abbesse, écrivit au roi à ce sujet.
Le vendredi 43 mai, le lieutenant civil vint une troisième fois à Port- Royal, avec les ordres du roi, pour faire 6ier le voile aux novices et les faire sortir, ainsi que les postulantes. Le samedi 4 4 mai elles sortirent an nombre de quinze, savoir : 8 postulantes et 7 novices. (Voyez Histoire des Persécutions des Religietumde Port-Royal écritepar eUes-mémes, in-4o 1753.)
490 unniBB db la mérb Aaiite.
GGGmV .— A la mère Marié de Sainte-Madeleine dn Fargie, prieure de Port-Royal-dee-Champs^
GoDsoUtionR que donnent les saintes Écritures. — TranauîlUté des religieuses de Port-Royal au milieu de la persécution. --La fidélité à ses defoirs est le meiiicMir inoyea d^attirer le secours de Dieu.
28 awrU 4S64.
Ma oMre mère^ Je vous aurois prévenue^ mais je n'en ai pas 60 le loisir, cuire que je nie repose sur la mère Angélique qui TOUS fortifie sans doute plus que je ne saurois faire, avec le secours de oelui qui est appelé h Dieu de patience et d'espérance, dont nous devons être toutes remplies de la force du Saint-Esprit, quoique sans joie, comme tous le dites, n'étant pas le temps propre d'en avoir. Il me semble que j'oserois presque dire comme Jonatbas, que nom n^avons besoin de rien atfant la consolation des saintes Ecritures, si Dieu nous ftiit la grâce de les concevoir et de nous nourrir de sa sainte parole qui inspire des remèdes à tout. Mais nous pouvons dire qu'on met du bois dans notre pain, en nous remplissant d'angoisses, pour nous empêcher de digérer cette nourriture divine. J*espère pourtant, ma chère mère, que Dieu allumera tant de feu dans notre cœur, qu'il sera capable de consumer les choses les plus dures.
Je salue très-humblement nos très-chères sœurs*, que je crois comme celles d'ici dans une douleur sans trouble, sans raisonnement sur les remèdes qu^on pourroit apporter aux maux présens, et sans^'curiosité de savoir ce qui se passe, sinon autant qu'on leur en peut dire, c'est-à-dire, ce qu'il est nécessaire de savoir. 11 me semble que le meilleur moyen d'attirer la grâce de Dieu sur nous, c'est de nous préparer aux
* La mère Marie de Sainte Madeleine d'Angennes du Pargis fut baptisée le 6 décembre 4618. Elle fut reçue novice à Port-Royal le 2i février 46SI^ et fit profession le H novembre 1640. On rétablit prieure de Port-Rovaides-Cnamps le 3 janvier 1660. Elle Tut élue abbesse de Port-Rojal-des- Chnmps le 33 juillet 1669, continuée le 30 juillet 4672, et une troisième fois le 30 juillet 4675, jusqu'en 4678. Elle fut de nouveau élue abbesse le 2 février 4684, et continuée en 4687. Elle est morte le 3 juin 4694.
• De Port-Royal-des-Champs.