CCCLIX.— A MADAME DE SABLÉ
80118 les ailes de Dieu qui nous serviront d'une forte et imprenable défense.
Après tout, Monsieur, que vousa-i-on fait, sinon jeter Thuile sur le feu de votre charité el de votre dévotion pour Tallumer davantage, puisque venantde plus loin chercher No tre-Seigneur dans sa maison, il vous regardera de meilleur œil, et comptera tous les pas que yous aurez faits pour le Tenir trouver? Que si rimpuissance où Ton tous a réduit vous oblige de demeurer à votre logis, il y entrera comme chez Zachée , pour y apporter le salut. Mais quelle pitié qu'avec tout cela vous ayez encore Taffliction de Toir Totre bonne mère ' et la nôtre en rétat où elle est; si ce n'est que vous la considériez déjà comme allant devenir toute-puissante auprès de Dieu pour TOUS aider à vous soutenir dans la voie étroite où elle a tant désiré que tous entrassiez.
GCCLEL.— A Madame la marquise de Sablé.
Sar la mort de la mère Marie-Angélique de Saiote-Mideleine Aroaald,
le samedi 6 tout 4664.
Ce jeudi à midi (1 4 août 4 661 ).
Il n'y a, ma très-chère sœur, que ceux qui ont le cœur semblable au TÔtre qui soient capables de consoler, parce qu'on les trouTe dans les sentimens où l'on ne peut souffrir que les autres ne soient pas, lorsquUis se Teulent mêler de donner de la consolation. Vous me faites l'honneur de me dire une parole que je trouve fort juste, de dire que nous ne devons pas même nous consoler selon Dieu, puisque, en effet, nous ne sommes affligées de la perte de cette chère mère que parce qu'elle nous portoit à Dieu, et que la grandeur de sa foi réveilloit la foiblesse de la nôtre, et que nous ne sommes pas assez spirituelles pour éprouver les effets du pouToir qu'elle a maintenant de le faire avec plus d'efflcace. Je reçois, ma trèschère sœur> les offres qu'il tous plait de me faire de l'honneur de Totre amitié, comme un don gratuit que je démérite tout à fait dans la nature, et que je ne mérite point du tout dans la
^ \a mère Angélique, qui était à Textrémité.
510 UITM» D« LA VÂRB AGlltS.
gr&ce ; mais vous avez tant de bonté que de mé Touloir regarder à la place d'une personne qui étoit digne de la grftce que vous lui faisiez de Taimer^ dont elle avoit une parfaite reeon- Boissance qu^elle a fait paroilre deux jours avant sa mort qu^elle ne parloit presque plus^ que nous entendîmes qu'elle disoit : Ua pauvre marquise ! Elle aura sans doute^ ma chère sœur, porté ces sentimens de tendresse devant Dieu, puisqu'ils naissoient de la charité, et qu'elle en possède maintenant la plénitude. Mais il ne se faut pas attendre à elle de tout; quelque pouvoir qu'elle puisse avoir auprès de Dieu, elle n'agira point qu'autant qu'elle connoitra et que vous ouvrirez votre cœor à la grâce qu'elle a tant désiré que Dieu vous fit d'être entière^ ment à lui. C'est ce que j'ai aussi toiyours désiré avec elle, que je continuerai de lui demander de toute retendue démon cœur.
GGGLX,— A Monsieur Hermant, ehanoine de Beauvais*.
Elle répoDd à U lettre qu'il lai avait écrite sur la mort de la mère liarie-
AnKéliqoe Aroauld *.
De Part'Royal, ce 20 août 4661.
Monsieur, Vous ne pouviez me donner une consolation plus solide que celle que j'ai reçue par la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire, et que j'ai rendue commune i toutes nos sœurs, qui n'ont guère moins besoin que moi d^ètre fortifiées dans une perte aussi grande que celle que nous avons faite, qui se renouvelle dans toutes les occasions où nous manquons d'une personne qui étoit si éclairée et si forte pour soutenir les autres , qu'une de ses paroles étoit suffisante pour donner du courage aux plus foibles, en leur représentant les choses d'une manière si sainte qu'il falloit se rendre à ses sen-
1 Godefroi Hermant, prêtre, docteur de Sorbonne, chanoine de BeauT»U. Défenseur de la vérité pendant plus de cinquante ans, il eut des liaiso» intimes avec Port-Hoyal, où il faisait quelquefois des retraites asseï lengaee. Il mourut subiiement il Paris le 14 juillet 4690, à Tâge de 73 ans.
* Voyez cette lettre de M. Hermant, Mém. d'Utr., 1. 11, p. 47i, et HùiL. de Port-Royal (D. Clémencet), t. IV. p. 97.
GGGLXI.-^A aUDAMl D« SAHit. 5il
timens^ sans écouter ceux de la nature qui répugnent à la persécution, au lieu qu^elle la regardoit comme une faveur de Dieu, ce qui lui faisoit dire : La dignité de notre affliction eii ii grande, qu'elle me fait trembler de penser que Dieu noue aie eturisies pour souffrir pour sa vérité ; il n'y a point de grâce pareille. Vous savez que cette chère mère a été entièrement privée de ceux en qui elle avoit le plus de confiance, de quoi je pensois qu^elle avoit beaucoup de peine, quoique je crusse bien qu'elle se soumettoit pleinement. C'est ce qui me fit lui dire un jour. Ma mire, vous avez beaucoup à donner à Dieu^ de n'être point assistée de M. Singlin. A quoi elle me répondit promptement : Je n'en ai point de peine; je sais qu'il prie Dieu pour moi , et cela me suffit ; je V honore beaucoup, et tous ceux qui ont tant de charité pour nous; mais je ne mets point un homme à la place de Dieu.
Vous voyez, Monsieur, qu'elle ne nous pouvoit point dire de parole qui nous fût plus nécessaire en ce temps*ci, et que nous serons heureuses si nous pouvons ouvrir notre cœur à Dieu, pour tenir la place de tous ceux qu'on nous a ôtés, avec autant d'avantage que Dieu en a sur toutes les créatures. C'est ce qui nous oblige d'espérer plus que jamais en lui seul, ayant perdu un si grand appui. Si ce n'est, comme vous nous rapprenez, que nous ne l'avons pas perdue, puisqu^il n'y a que notre peu de foi qui nous la fera croire absente de nous, et que nous la pourrons recouvrer en Dieu qui nous est plus intimement présent que nous ne le sommes à nous-mêmes. Je vous supplie, Monsieur, de continuer toujours votre extrême charité envers cette maison.
CGGLXI.— A Madame la mar^se de Sablé.
Sur rhoDoeur que Ton reud aux Saints.
Gloire à Jésus au Très-Saint-Sacrement!
(Ff'nd'aoûl 4661.)
Je vous envoie, ma très-chère sœur, ce que votre dévotion vous a fait désirer de feu notre mère'. Je ne doute point que
i La mère Angélique.
5li LETTRES DE LA MÈRE AGNES.
Tons n'ayez en cela Tintention qu'il faut avoir, qui est d'honorer Dieu dans la grâce qu'il a faite à cette personne, de laquelle la mémoire nous doit servir pour nous animer à nous rendre semblables à elle. Je pensois hier^ en honorant une sainte relique^ que Dieu répand sur la tête des saints^ comme il fit sur celle du grand-prêtre Aaron^ un parfum spirituel qui descend jusque sur la frange de leur robe; et j'ose interpréter que cette frange est leur corps, que l'Église nous ordonne de révérer par respect à leur âme qui est dans le sein de Dieu, et parce que ce même corps a été et eSt encore le temple du Saint- Esprit. L'Église se réserve le discernement de ceux qu'elle veut qu'on traite de la sorte ; et néanmoins elle ne condamne pas ceux qui préviennent son jugement, quand cela se tait en secret et par un mouvement que Dieu donne, qui fait croire qu'on peut étendre sa dévotion jusqu'à des personnes dans lesquelles l'Esprit de Dieu a régné durant leur vie, et qui sont mortes de la mort des justes de qui l'on doit avoir une mémoire éternelle.
Je vous sais tout à fait bon gré de juger des choses aussi bien que vous faites, et de ne vous pas imaginer qu'un si grand éclair ne sera pas suivi d'un plus grand tonnerre ; encore vaut -il mieux prévoir les maux que d'en être surpris, et ceux-ci principalement qui sont d'une nature à les rendre plus supportables quand on s'y est préparé par la prière et la soumission à Dieu.
Je suis biea en peine du renouvellement de votre rhume; si c'est madame Anne qui vous l'a donné, c'est bien assurément contre son intention, n'y ayant personne qui ne vous en voulût délivrer, à peine de le prendre pour soi; mais il n'y a rien en quoi l'on fasse moins ce que l'on veut, que dans le soulagement qu'on voudroit donner à ceux que l'on aime.