‹ Lettres de la mère Agnès Arnauld, abbesse de Port-RoyalChapitre 223 sur 246 · CCCLVI.— A lladame de Foix, coa^jatrice de Saintes · texte numérisé non relu

CCCLVI.— A lladame de Foix, coa^jatrice de Saintes

Elle lui donné des nouvelles de la mère Angélioue.— M. le lieu tenant dnl vient visiter le dehors de la maison de Port-noyal; deux commissaires du Châtelet font la même chose ^ Port-Royal-des-Champs.

27 juillet 4661.

Nous n'avons pas de meilleures nouvelles à vous dire de notre chère mère que par le dernier ordinaire. Ses maux augmentent au lieu de diminuer, et elle souffre de si grandes douleurs qu'on nelasauroitvoir sans pitié. Toutes les prières que vous avez la bonté de faire pour elle ne sont pas pourtant sans effet, puisqu'elle a besoin d'une grâce particulière pour subsister dans la douceur d'esprit où elle est. Dieu lui demande un sacrifice nouveau, qui est de ne plus voir une personne qui la consoloit beaucoup, à quoi elle s'est rendue avec des sentimens et des paroles qui témoignent que Dieu lui est toute chose.

Pour ce qui nous regarde, nous avons encore un témoignage

• » Voyei Hist. des Persécutions, etc., ch. xu.

CCGLTII. — A MONSIEUK Dl iBVlGNÉ. M)7

de la bonne volonté que Ton a pour nous^ qui est que MM. le lieutenant civil et le procureur du roi sont venus ^ faire une exacte recherche du dehors de la maison^ pour savoir qui demeuroit céans, et qui occupoit tous les logemens^ sans épargner la maison de Madame la marquise de Sablé et de Mademoiselle d'Atrie *; ils ont fait un procès-verbal de tout^ sans déclarer le dessein qu'ils ont en cela. Ils n'ont demandé personne du dedans^ et nous n'avons eu que la peur lorsque nous avons appris leur arrivée^ qui est toujours redoutable.

Le même jour^ qui fut lundi dernier^ deux commissaires du Châtelet et le substitut de H. le procureur du roi arrivèrent à Port-Royal-des-Champs^ dès cinq heures et demie du matin, pour y faire la même chose dont nous attendons l'événement.

Notre visite est achevée pour ce qui est du scrutin^ et les personnes qui l'ont faite nous ont avoué avoir trouvé une grande union ; d'autres disent que c'est une forte cabale que nous avons faite entre nous, de ne rien dire qui nous pût faire tort. Âinsiy soit que nous fassions bien ou mal^ nous subirons toujours un même jugement.

Je vous supplie très-humblement^ ma chère mère^ de croire, lorsque vous ne recevrez point de nos lettres, que c'est qu'il n'est rien arrivé de nouveau^ nos embarras ordinaires nous ôtant le pouvoir d'écrire comme nous le voudrions toujours taire pour vous obéir.

CCGLYII.— A Monsieur de Sévigné.

Au sujet de It mère Angélique, et des sept uoyices qui étaient sorties

de Port-Royal le 44 mai.

Vers juillet \%6\.

Monsieur^ Je vous puis assurer que celle que vous appelei votre bonne mère vous a toujours présent dans l'état où elle est, qui ne la sépare point de la présence de Dieu , et qui Té* loigne de toutes les choses qui ne se rapportent point à lui^

1 Le lundi 25 juillet.

* M^i« d*Atrie habitait un corps de logis qu^elle s*était fait construire tu dehors de Port-Royal.

c^esl pourquoi tous n'êtes pas du nombre, puisque vous voulez être un vérilable pénitent.

Nousne vous saurions refuser les choses qui vous donnent de rédiOcation^ mais c'est sous la condition qu'il vous plaît d'y mettre vous-même, que vous n'en ferez part à personne; vous avez trop de sagesse et de discrétion pour mettre des novices sur le ctiandelier; il est vrai que Dieu nous donne beaucoup de consolation de ces pauvres filles, qui auront plus profité dans leur exil que dans leur pays natal, hormis que ce n'a pas été avec la douceur qu'elles trouvoient dans la religion, le monde étant fort insupportable.

CGGLYni.— A Monsieur de Sévigné.

Au sujet de la visite de M. le lieutenant cÎTil, le ^«r août, qui ordonna de faire murer la porte du logis de M. de Sévigné donnant dans la cour du dehors de Port-RoyaP.

(Vers le "i août ^eei.)

Ne croyez pas, s'il vous plaît, Monsieur, que je sois insensible au déplaisir que vous recevez; le sujet en est si juste qu^il nous oblige de le partager avec vous. Ce qui me console le plus, c'est que nous sommes en la même condamnation, étant coupables des mêmes crimes pour lesquels on vous traite avec une injustice si extraordinaire. Après tout, comme personne ne peut être offensé que de soi-même, selon la maxime de saint Chrysostome, vous ne devez pas vous prendre à d'autres du traitement qu'on vous fait. Car pourquoi êtes-vous venu chercher des personnes déjà livrées à Tindignation des puissances, si ce n'a été pour vous associer à leur ignominie? Que si vous ne vous en repentez, apprenez donc, comme nous tâchons de faire, à vous réjouir avec les apôtres de ce que vous soufl'rez des maux pour Jésus-Christ. Et maintenant que Dieu nous a donné un pontife 'qui marche devant nous, et qui témoigne dans son billet ne point craindre Forage, ne le craignons pas non plus, mais retirons-nous, selon notre Evangile,

* Voyez. HisL des Persécutions^ ch. xxi. ' L*évèque d* Angers.

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