XI.— A la sœur Marie de Saint-Joseph K
Elle la remercie, en lui faisant quelques réflexions sur ces paroles : J'écouterai ce que le Seigneur mon Dieu 'parlera en moi, car il parle la paix.
Le i janvier 4634.
Ha f rès-chère sœur, Vous pratiquez le conseil de l'Evangile de faire vos aumônes si secrètement que la main gauche ne sache pas ce que fait la droite. Ainsi il vient des présens par le coche qui semblent être tombés du ciel, et on ne sait presque à qui en faire les remercîmens. A tout hasard, ma chère sœur, je vous les adresse, croyant que ce pourroit bien être vous qui auriez fait le coup, car on ne trouve pas tous les jours une main si charitable et un si bon cœur pour ne se point lasser de faire du bien à ceux de qui on n^en reçoit point, mais qui voudroient bien vous en pouvoir faire; et me voyant si pauvre, j'ai demandé l'aumône à un grand roi qui m'a donné des paroles toutes d'or pour vous en faire une étrenne. Voici ce que c'est : J'écouterai ce que le Seigneur mon Dieu parlera en moi, car il parle la paix. U m'a semblé, ma sœur, que vous feriez bien usage de cette disposition-là, et que ce pourroit bien être celle que la grâce demande de vous.
* La sœur Marie de Saint4oseph Midorge, religieuse de SaÎDt-Anioinedes-Champs, associée à Porl-Rojal. En 4626, elle fut envoyée pour quelque temps avec la sœur Marie de Sainte-Claire Arnauld, au monastère des Isles, à Auxerre, pour aider la supérieure de ce monastère à y établir la réforme. Elle est morte le 4 janvier 4 656.
iS LETTRES DE LA MÈRE AGNES.
Tout est compris dans le premier mot : J'écoulerai Dieu parler y et sa parole est la Tie éternelle; mais Tâme n'écoute pas parce qu'elle n'est pas attentive, ou bien autre chose parle en elle qui emporte son attention. I^a nature parle ^ les répugnances parlent et on leur prête tant d'audiences qu'il n'en reste point pour les paroles intérieures de Jésus-Christ qui sont si intimes et si secrètes qu'on manque aisément à les entendre. Que si l'on écoute^ il faut prendre garde que ce ne soit pas par soi-même^ mais par Tesprit et l'oreille de Dieu, car il n'y a que lui qui soit capable de s'entendre soi-même. Je veux dire, ma sœur, qu'il faut entrer dans les choses de Dieu si purement, qu'on n'y contribue rien que le simple consentement et acquiescement à ce qu'il veut faire en nous^car c'est à lui d'opérer notre sanctiQcation, laquelle se devant faire par des impressions divines que la grâce met en nous , nous n'y devons contribuer qu'une simple souffrance des mêmes effets; comme une personne qui écoute , souffre que ce qui lui est dit soit reçu en elle^ et se laisse persuader par ce moyen sans faire autre chose que de laisser parler^ et à mesure que les paroles sont efficaces, elles prennent plus d'ascendant sur son esprit.
Or les paroles que je vous supplie d'écouter sont celles dont parle saint Paul quand il dit que la parole de Dieu est pénétrante, qui atteint jitëqu*à la division de F âme et de l esprit. C'est le langage que Jésus-Christ tient aux âmes auxquelles il demande toujours la séparation et la division d'elles-mêmes d'avec elles-mêmes^ afin que de cette guerre il en sorte la paix que le Fils de Dieu promet aux âmes de bonne volonté. Je vous supplie^ ma sœur^ faites expérience de ceci la première fois que vous vous mettrez devant Dieu; que ce soit pour l'écouter^ et rangez tout votre esprit à cette seule intention^ et vous verrez que sans rien entendre^ car t oreille ne ta point entendu^ les vérités divines s'insinueront en votre esprit, et vous demeurerez dans une sérénité qui vous disposera à toutes choses '.
* Il est II observer que, les erreurs et les illusions du système des quiétistes D*élaDt pas encore nées, les personnages recommandables par leur haute piété qui vivaient alors n*ont pas toujours mesuré leurs expressions et leurs vues avec toute la discrétion qu*ils auraient Tait, s*ils avaient parlé après la naissance de cette hérésie. Le docteur Amauld pense ainsi de l'abbé