‹ Lettres de la mère Agnès Arnauld, abbesse de Port-RoyalChapitre 25 sur 246 · XII.— A Madame le Maître · texte numérisé non relu

XII.— A Madame le Maître

Sur la maladie de madame la ducbine de Longaeville, Louise de Bourbon- SoissoDs, fondalrice de raistitut du SaÎDl-Sacrement.

Ce 48 janvier 4634.

Ma très-chère sœur. Il ne me fut pas possible de vous écrire par le dernier ordinaire^ tant j'étois en grande appréhension de la maladie de Madame. Je voulois m'imaginer qu'il n'y avoit que Dieu et moi au monde, afin de n'être pas divertie un seul moment de lui demander sa santé qui nous est si précieuse. Maintenant que sa divine bonté a eu pitié de nous, nous rendant notre chère princesse, je ne saurois parler d'autre chose que de la joie que j'en ressens, et des désirs que j'ai d'être reconnoissante envers le Fils de Dieu d'une si particulière miséricorde. Je me console à repasser par mon esprit le grand nombre de personnes qui sont ravies de joie de cette guérison, et après avoir honoré les Principautés et les Puissances, je descends aux anges du dernier ordre où je vous trouve (car ils sont esprits administrateurs comme vous avez eu l'honneur d'être) dans un ravissement particulier, qui correspond aux agonies que vous avez portées pendant l'extrémité de la maladie, où je m'assure que vous avez toujours été dans le désespoir, car c'est votre coutume de vous promettre toujours plutôt do mal que du bien; et c'est de quoi je vous veux faire des reproches de la part de Jésus-Christ, comme s'il pouvoit oublier les âmes qui sont si particulièrement appartenantes à sa majesté divine. Il est vrai que^ quoi qu'il fût arrivé, c'eût toujours

de Saiot-Cjran au tome 2 de ses Lettres, lettre 422, et y établit la yraie idée de Feraifloo. Cette obsenratioD regarde encore la lettre XVI ci-eprès, du I8niara4634.

été une conduite de grâce et d'amour sur cette âme élevée de Dieu. Aussi regardons-nous sa demeure en la terre plus à Tayantage de la gloire de Jésus-Christ qu'à la sienne qui la suivra partout. Et c'est pour cela que toutes sortes de personnes l'ont demandée à Dieu avec une affection non pareille, ne pouvant consentir que le monde fût privé d'un exemple de piété si rare et si admirable en ce siècle. Que si Dieu récompense l'amour et la fidélité qu'on lui rend dans les souffrances, par un accroissement de ses dons^ je considère notre bonne princesse dans une grâce plus sainte que celle qu'elle a eue jusqu'à présent; et ensuite je se puis désirer que ce mal ne soit point arrivé, puisque Jésus-Christ l'a voulu^ et qu'il sera cause que sa divine majesté sera davantage glorifiée en elle et en plusieurs autres qui lui rendront une infinité de grâces de l'avoir sauvée, et changé les pensées des hommes qui pensoienl peut-être que les pauvres filles du Saint-Sacrement alloient être abandonnées; mais il y a bien paru qu'elles ont un Père au ciel qui a pris un soin si particulier de leur conserver la protection qu'il leur a donnée en la terre, et qui veut donner à notre princesse, avant que de la tirer à lui, la gloire d'avoir offert à Jésus-Christ quantité d'âmes pour environner ses autels et rendre sa louange perpétuelle dans l'Église. Il nous reste un extrême désir d'apprendre des nouvelles de ce pauvre petit prince qui sera un sujet de miracle s'il est demeuré comme les trois enfans au milieu de la fournaise de cette étrange fièvre sans consumer. Nous demandons sa vie à Dieu sans condition, car, puisqu'il a reçu celle de la nature, il faut qu'il participe à celle de Jésus-Christ, et qu'en le voyant vivre on se souvienne que sa vie n'est pas dans Tordre commun, mais dans une préservation tout extraordinaire, qui fasse dire de lui comme de saint Jean-Baptiste : Que sera-ce de cet enfant, car la main de Dieu est avec lui? Nous serons encore cinq mois dans cette attente, qui ne sera pas trop longue pour obtenir un si grand bien. Vous gagnerez les œuvres de miséricorde de nous donner tous les samedis des nouvelles de Madame, c'est le moyen de vous obtenir beaucoup de bénédictions de toutes nos sœurs qui vous aiment déjà comme vous savez, je dis les sœurs spirituelles^ car de parler des autres, ce seroit dire qu'il fait jour

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