‹ Lettres de la mère Agnès Arnauld, abbesse de Port-RoyalChapitre 56 sur 246 · XXXVIII.— à Monsienr Amanld d*AndiUy, à Langres · texte numérisé non relu

XXXVIII.— à Monsienr Amanld d*AndiUy, à Langres

Elle lui iémoigne la juie qu'elle a eue de voir M. Isaac Amauld et M- de Séricourlqui, faits prisonniers de guerre, avaient réussi à s*échapperdu château oh ils étaient enfermés ^

De Notre-Dame du Tard, ce 2« mai 1635.

Mon Irès-cher frère, Je m'estime heureuse de renconlrrr cette occasion de vous aller saluer très-humblement en qualilé (le noire voisin habitant de notre province, et dans le bcrc^til de notre même pasteur. Ces conditions mérileroient plus d'étendue que l'on ne me donne le loisir, que je veux employer à vous dire la joie que nous avons eue de voir en notre grille des personnes que nous croyons plus enfermées que nous, sinon que leur prison n^étoit pas volontaire comme la nôtre. Nous sommes fort glorieuses d'avoir donné cette nouvelle à Paris, et j'aurai une bien plus grande satisfaction si vous l'apprenez de nous, de qui vous serez assuré de la santé de ces pauvres réchappes du naufrage, qui ont Tesprit plus hbreque le corps,

* Eu K>37, de Séricourt, n*étant âgé que de Î6 ans, renonça au inonde, et \\n\ ><* jciixire ii sou hèn* atné. le Maître, et fut comme lui solitaire à Port-R<»val. Il est mort le i octobre MiôO, âgé de 39 ans.

miX.«£-A MONSIEUR ARNAULD D^AIOMLLY. 81

n'ayant rien perdu dans leur perte de la constance et du courage d'uqe âme chrétienne. Ne soyez donc plus en peine de faire des échanges et des compositions^ puisque. FÉcriture sainte dit que cetix qui ont été vendis pour rietk doivent être rachetés sans argent. Vous dirai-je de qui je parle? ce n'est pas des pèlerins d'Emmaiîs, mais de ceux d'Esselindre, que le Fils de Dieu a mis en liberté par sa pure grâce. Il n^est pas moins facite à sa proiridence, mon très-cher frère^ de irous voir ici^ qu'il lui a été possible d'y amener les autres ; et je veux vivre dans cette espérance^ de peur d'en être privée par mon incré- ^ dulité. Cependant la visite du Saint-Esprit occupera les nôtres pour les retirer de tout ce qui est moindre que les richesses infinies de ce divin Esprit qui nous sont offertes de sa libéralité divine. Nous n'avons du temps que pour vous assurer, mon très-cher frère, que nous sommes à vous dans toute l'étendue de nos devoirs qui ne nous permettent pas d'y mettre des bornes^ puisque la charité n'en souffre point.

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