XXXVI.— A LA SCWJR CATUBRIKB DE LA MISÉRICORDE
VOUS offre à Dieu en celte qualité, que Jésus-Christ auteur d'une charité si sainte ne lui accorde ies bénédictions de $a grâce qu'elle lui demande pour vous. Elle vous salue très-humblement et ma sœur Marie, comme je fais qui suis toute à vous, mon bon frère.
ZXX¥I.->à la saur Catherine de la Miséricorde K
A ToecasioD de M. de Séricourt aue Ton croyait a?oîr été tué k la prise de
Philisbourg.
Si la compassion et la miséricorde qui fait prendre part aux afflictions d'autrui n'éloit pas une vertu divine^ je n'oserois pas croire si assurément comme je fais que vous êtes vivement touchée de douleur et de pitié vers cette pauvre sœur' avec qui vous déplorez la perte d un enfant que Dieu vous avoit donné aussi bien qu'à elle> et que, portant toutes deux une même qualité au regard de lui^ vous partagez le ressentiment d'une mort si rigoureuse et si peu attendue^ quoique devant Dieu eile n'ait pas été avancée d'un moment. Sa divine sagesse, ma chère sœur, avoit vu dans l'éternité qu*il finiroit de la sorte, et bien qu'il aimât infiniment cette créature (car il ne peut rien haïr de toutes les choses qu'il a faites), il veut néanmoins en disposer ainsi, ne voyant en cela rien d'opposé aux grâces éternelles desquelles il vouloit lui donner pari, mais plutôt une marque de son élection, puisqu'il est dit que Dieu retire les siens, de peur que la malice ne change leur entendement, qui, étant porté au mal dès leur jeunesse, iroit toujours croissant, et peut-être mia^foit enfin les desseins de leur s^iiut. \ft
Je me doute bien, ma très-cDè're sœur (encore que nous ne le sachions pas), que ce qui rend cette mort plus sensible c'est la surprise et l'incertitude où vous êtes de Tétat de celte âme ;
> Celte letU'e paraît écrite à madame Arnauld, sœar Catherine de Sainte- Féliciié. Elle était fille de Marion, et avait épousé Antoine Arnauld, afocat au parlement, dont elle eut vingt enfants A rage de 53 ans, le 24 fé- ▼rier 4626, elle prit Tliabiide novice .1 Port-Royal, et y fit profession trois ans après, le 4 février K)i9. Klle est morte le 28 février 4644, à Tâge de 68 ans.
s Madame le Maître.
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mais il faut avoir de bons sentimens de Dieu> et présumer de sa clémence^ qui est infinie, un succès aussi heureux pour réternité qu'il a été malheureux dans le temps. On dit que Dieu ne punit pas une faute deux fois^ aussi ne donne-t^il pas des récompenses temporelles et éternelles. Cet enfàlit étoit d'une profession qui lui dcToit acquérir de la gloire, et il en est privé pour an recevoir une meilleure. Pensere«-vous, ma chère sœur, que tant de vœux que tous avez offerts à Dieu pour lui fussent demeurés inutiles. Vous n^avez jamais rien demandé plus instamment que son salut, et pour cela vous eussiez mille fois sacrifié sa vie s*il en eût été besoin ; peut-âtre était-ce la seule voie qui le devoit conduire à Dieu; heureuse voie qui a conformité au moyen par lequel Jésus-Christ est entré aux lieux saints, ne s'étant point servi du sang des animaux, mais du sien propre. Que s'il y a un baptême de sang, pourquoi ne croirons-nous pas que ce pauvre enfant en a reçu le fruit , et que si Dieu tient le compte des cheveux de ses élus, il n'aura pas détourné ses yeux de tant de blessures qui auront satisfait à sa justice et rendu cette âme digne de sa miséricorde? Vous n'avez pas encore ofiert d'enfans à Dieu qui aient vécu à eux-mêmes, ils sont retournés à lui dans la pureté de Tinnocence qu'il leur avoit rendue^ et je crois sans doute que sa divine bonté aura associé celui-ci aux autres, réparant par sa miséricorde ce qu'il avoit pu détruire de la première grâce. C'est pourquoi nous devons rendre des témoignages au cher défunt de l'amour que nous avons pour lui ; et je crois, ma chère sœur, qu'il en reçoit de vous de très-particuliers, et que Notre-Seigneur y aura beaucoup égard pour sa délivrance. Je demeure, ma très-chère sœur.
Votre très-humble et très-obéissante fille et servante.
Sœur Agnès de Saint- Paix, 1. R. B.
XZXVII.— à Moatienr le Maître.
A rooca«ion de M. deSéricouri qw Ton croraît avoir <^t4^ tué h la prise de
Philiftt>ourg.
Le 24 /wnVr 4635.
Mon très-cher neveu, Après avoir considéré avec une extrême compassion les ressenlimens de ma sœur en la perte
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qu'elle a faite, il me semble que vous êtes la seconde personne sur qui je dois jeter les yeux, comme y recevant un coup plus sensible en la mort de ce cher frère, auquel et à tous les autres TOUS tenez lieu de père; et c'est en cette qualité que Dieu veut que cette hostie lui soit offerte de votre main, quoiqu'elle soit déjà consacrée à sa divine miyesté par la disposition qu'il en a bite, à laquelle il ne manque plus que votre consentement pour faire que sa volonté soit accomplie en la terre, comme elle Test dans le ciel. Ne croirez-vous pas, mon très^cber neveu, que ce seroit inhumanité que*de consentir au massacre <|e votre frère ? j'avoue que cela est odieux; aussi n'est-ce pas à cette barbarie que Jésus-Christ veut que vous acquiesciez, mais à l'usage qu'il a fait de ce malheur pour l'avantage de celui qui par une porte si étroite est entré à la vie. Regardez où il est, et oubliez le chemin qui l'a conduit à une fin si heureuse; ou si vous ne pouvez éloigner ce douloureux objet de votre pensée, souvenez-vous, s'il vous plait, de celui que le Père éternel nous expose sur le Calvaire, afin que ses prédestinés se rendent conformes à son image, et consolez- vous que ce pauvre défunt ait porté devant Dieu une ressemblance si particulière à Jésus-Christ, qui aura sanctifié ses plaies par les siennes. Vos larmes ne les guérissent pas, mais le sang du Fils de Dieu leur servira de baume dans réternilé, où elles lui sont mille fois plus glorieuses que s'il les eût portées en la terre avec les marques de sa fidélité. La condition qu'il avoit choisie l'auroit tous les jours précipité dans de pareils dangers, et peut-être de ceux où avec la vie on perd encore le ciel, qui seroit une affliction tout à fait inconsolable, et qui n'a pas lieu de s'approcher de nous en cette rencontre, où nous voyons une personne innocente qui meuit pour un sujet fort injuste, dans l'obéissance et le service des puissances auxquelles Dieu Tavoit assujettie, et qui par cette voie est retournée à son principe qui sera désormais son unique but sans craindre de le l>erdre. Cessons de plaindre celui qui a plus de sujet de nous porter compassion pour la plus grande de toutes les misères qui est l'incertitude de notre salut. 0 Dieu ! mon très- cher neveu, qu'est-ce que de toutes les disgrâces de la vie au prix de celle-là? et puisque les malheurs sont favorables pour l'éter-
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*nilé, ne les souffrons pas avec tant de répugnance. C'est le moyen dont Dieu se sert pour nous détacher du monde^ de qui l'on feroit une idole si Ton ne venoit à connoitre qu'il n'est que )K)udre et cendre. Autrefois Dieu promeltoit les biens de la terre et une longue vie à ceux qui gardoient ses commande* mens; maintenant Jésus-Christ ne donne à ses serviteurs que des persécutions et des traverses, afin qu'ils désirent la vie éternelle qui vaut mieux que tout.
Je m'emporte insensiblement^ mon cher neveu, à vous dire ce que je dois apprendi*e«de vous; mon intention n'a été que de vous faire voir que dans ma propre douleur je n'oublie p^ la vôtre, ni à demander au Fils de Dieu qu^il la soulage en voiiis faisant la grâce de lui rendre par elle ce qu'il demande de vous. C'est,
Mon très-cher neveu, votre, etc.
Sœur Agnès de Saint-Paul. I. R. B.