‹ Lettres de la mère Agnès Arnauld, abbesse de Port-RoyalChapitre 59 sur 246 · XL.— A Monsieur Amaiil##|pidilly · texte numérisé non relu

XL.— A Monsieur Amaiil##|pidilly

Après une maladie que M. d*Andiliy avait eue à la suite des extrêmes

fatigues qu*il avait souflerles.

Ce 24 oc(o6r(? 4635.

Depuis avoir reçu votre dernière lettre du \k août je suis demeuré sans parole^ n'en ayant point pour vous exprimer la douleur de mon cœur du pitoyable état auquel vous étiez réduit^ que votre lettrine me disoit qu'à demi , comme si vous eussiez eu peur de vous plaindre; mais j'apprenois le reste de la mère Marie-Angélique qui me représentoit vos soufiTrances avec tant de pitié que je ne pouvois faire autre chose que de m'affliger avec elle. Pendant ce temps je vous ai mis en la protection de la sainte Vierge et de Jésus-Christ son fils^ leur représentant l'état saint de servitude vers eux que vous avez embrassé^ et qui obligeoit leur charité divine de vous être favorable^ vos travaux n'étant qu^ine suite de leur dépendance, puisque vous avez plus regardé dans votre emploi (oomme vous me Tavez bien voulu découvrir) l'obéissance à

la providence qui vous y destinoit^ que votre intérêt particulier.

J'apprends que vous êtes maintenant hors des périls^ mais pas encore remis de votre maladie ni des extrêmes fatigues que vous avez souffertes. Vous avez passé cette dernière année, mon très-cher frère, dans les renversemens étranges; il vous a fallu un courage nonpareil pour y persévérer, et nous ne savons ni vous ni moi quelles seront les suivantes.

Il faut être à Dieu d'une manière bien puissante pour se pouvoir promettre quelque repos en la vie, n'y en ayant point que dans une adhérence immobile à Tordre de Dieu, voulant par-dessus toutes choses que ses volontés saintes soient accomplies en nous. Je vousabandonne à cette divine conduite, mon très-cher frère^ afin que ce soit elle qui vous dirige en tout. C'est une excellente condition dans la prudence humaine d'êlre capable de prendre de bons conseils, mais c'est une chose encore plus nécessaire pour la perfectioq de la vie chrétienne de dépendre de Tcsprit de Dieu qui veut être le directeur des âmes, choisissant pour elles les voies qui les doivent acheminer à leur salut éternel^ non-seulement en général mais aussi en particulier; *comme je crois qu'il a voulu expressément que vous portassiez le fardeau qui vous a pensé accabler, pour faire voir qu'il a des âmes non moins fidèles à se prodiguer par vertu, que le monde qui en a qui le font par intérêt ou par vanité, et qu'on ne dise plus que la dévotion af»prend à n'aimer que son repos, y ayant de bonnes âmes qui se jettent dans les hasards quand leur condition leur fait connaître que Dieu les y oblige.

Nous entretenons notre agréable communication avec madame de Saint-Ange; il n'y a encore que deux jours que nous lui avons écrit, et reçu une des siennes peu de temps auparavant. Elle m'est extrêmement chère dans la recommandation que vous m'avez faite de Thonorer, déférant plus à votre connoissance que si j'avois lait expérience de sa vertu, sachant que vous êtes heureux en ces rencontres; témoin cette âme incomparable qui est maintenant devant Dieu, et celui qui vous l'avoit donnée duquel vous jouissez maintenant, et Dieu veuille que ce soit dans toute l'étendue de la oonflanoe

Page 1