LIX.— A Monsieur Singlin
Sur une petite rechute qui la retenait au Ut.
Dimanche, i 9 octobre 4642.
Mon père, Je vous écris du lit on Dieu m'a réduite ces deux jours, lui ayant plu de choisir deux fêtes pour m'exclure de la sainte messe et de la communion. Je vous confesse, mon père, que j'ai été fort surprise de me voir en cet état, et que je suis obligée d^avouer que j'abuse de la santé, me reprenant si fort moi-même que j'en oublie la mort intérieure dans laquelle nous devons vivre pour nous bien disposer à la mort. J'ai été bien marrie de cette petite rechute, parce que j'avois des desseins qui s'en iront par terre. Je voulois aller chanter à la fête des onze mille Vierges, mais Dieu veut que je les honore plus secrètement ; c'est le jour que je suis entrée en religion, il y aura quarante-deux ans. Je vous supplie très-humblement de m'offrir à Dieu pendant leur octave. Nous avons bien langui après vos nouvelles qui ne vinrent qu'hier samedi. Ce seroit maintenant à moi à demander vos maux qui vous viennent bien mal pendant que vous serez continuellement occupé à votre visite et à la consolation de la malade. Mais pour dire le vrai, je vondrois que vous en fussiez quitte et moi aussi, tant j'appréhende de souffrir. Je n'ai plus aucun mal sensible maintenant, dont je suis fort aise. Je prie Dieu de me faire la grâce de dire Paratus sum et nonsum turbattu, en vérité.
Ma sœur Marguerite de la Trinité vous salue très-humblement.